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Les Epines calcaneennes

Les Epines calcaneennes : J’ai mal sous le talon du pied, après une radio on m’a parlé d’une « épine du calcanéum », c’est quoi Docteur ? 82481471

L’origine des Epines calcaneenne : On appelle aussi cette pathologie « Aponévrosite plantaire » ou « Talalgie plantaire », c’est un motif fréquent de consultation de son médecin traitant en raison de la douleur et de la gêne à la marche qui en résulte. Elle siège au niveau du « Calcaneus inférieur », qui est, pour rester simple, l’os qui constitue le talon du pied. Ce désagrément est lié à la mise en tension de l’aponévrose plantaire, une toile résistante qui « fait la corde » de la voûte plantaire et l’empêche de s’affaisser. Vers l’avant, l’aponévrose a des attaches étalées vers les orteils. En arrière, au contraire, elle s’attache sur un point très précis du calcaneum, et c’est lui qui est douloureux. La traction sur cette attache peut entrainer sa calcification, qui prend à la radiographie, l’aspect d’une épine (d’où le nom, aussi appelée « Epine de Lenoir »).

Remarque : La calcification (et donc l’épine), peut ne pas être présente (surtout au début du processus) et ce n’est pas elle qui fait mal, c’est la tension sur l’aponévrose. Pour soulager cette tension, le patient marche spontanément sur le bord externe du pied.

Quelles-sont les causes d’un telle pathologie, Docteur ?

Ce sont souvent des excès de charge ou d’étirements qui  sont responsables de l’inflammation de l’aponévrose plantaire. Les situations suivantes peuvent être retrouvées (Liste non exhaustive) :

  • La pratique intensive de sports, en particulier la course à pied ou le jogging, le saut, les sports d’équipe (volley-ball, etc.), le ski, le tennis, la danse aérobique et l’entraînement sur un simulateur d’escalier.
  • La marche ou la station debout prolongée sur des surfaces dures.
  • La morphologie des pieds, comme par exemple les pieds creux ou les pieds plats.
  • « Le coussin plantaire », c’est à dire la partie tendre sous notre pied qui sert d’amortisseur, qui s’amincit avec l’âge. On retrouve cette pathologie fréquemment entre 40 et 60 ans.
  • Le port de certaines chaussures (Mesdames, vos fameux « talons hauts ») qui soutiennent mal la voûte plantaire et le talon. C’est particulièrement le cas des chaussures dont les semelles ou les talons sont trop durs, ainsi que de celles dont les contreforts trop mous ne stabilisent pas suffisamment les talons durant la marche ou en station debout.
  • L’obésité et le surpoids en général.
  • L’arthrose et la « Polyarthrite Rhumatoïde » (Littérature médicale), en raison des phénomènes inflammatoires créés.

Quels-sont les signes de cette pathologie, Docteur ?

Les personnes atteintes de cette affection décrivent parfois cette douleur comme une vive sensation de chaleur dans le talon.La douleur apparait, en général, dès le lever matinal, quand on se met debout. La douleur a tendance à s’atténuer, voire même disparaitre après un certain temps de marche et d’activité. Mais souvent elle réapparait de manière vive et aiguë, dès que la marche ou l’activité sont reprises après un certain temps de repos. Cette douleur peut être le long du bord interne ou remonter sur la face interne du calcanéus sur 1 cm voire 2 cm. La douleur peut être ressentie en plantaire interne et /ou au milieu du talon. Les podologues disent qu’il existe un « point gâchette » de la douleur. Le point se situe dans le prolongement de la malléole interne au-delà du bord interne du talon environ 1 cm en plantaire. Cette pression s’exerce juste à l’attache myoaponévrotique. Il faut mettre le pied et les orteils en dorsiflexion; une pression forte recrée la douleur.

Comment fais-t-on le diagnostic après une douleur sous le talon, Docteur ?

Le diagnostic est essentiellement clinique d’où la nécessité de consulter son médecin traitant, devant des douleurs invalidantes du talon, qui ne passent pas. A l’examen, une forte pression du pouce sur le centre du talon réveillera la douleur. La douleur obtenue en appliquant une forte pression avec le doigt le long de tout le bord interne du fascia avec le pied en flexion dorsale confirme la présence d’une inflammation (« fasciite ») associée. Même si la mise en évidence d’une épine calcanéenne visible à la radiographie confirme le diagnostic, une radiographie normale n’éliminera pas une épine calcanéenne à son début. Rarement, les éperons calcanéens sont flous et montrent une simple déformation osseuse d’aspect duveteux, pouvant orienter sur d’autres problèmes inflammatoires comme une « Spondylartrithe ankylosante » ou une « Polyarthrite Rhumatoïde » ou même une « Goutte ». Cependant ces diagnostics inflammatoires articulaires peuvent habituellement être distingués des causes locales de douleur au talon, par la présence d’une chaleur locale et d’une tuméfaction plus ou moins marquées.

C’est très douloureux, Docteur, comment peut-on soigner cette pathologie ?

Tout d’abord quelques mesures préventives s’imposent :Les conseils suivants permettront de prévenir l’apparition de la fasciite plantaire ainsi que sa récidive, de même que l’épine de Lenoir qui peut y être associée.

  • Faire régulièrement des exercices d’assouplissement du tendon d’Achille ainsi que des muscles du mollet et du pied.
  • Être prudent en matière de pratique sportive. En plus d’avoir des chaussures adéquates, il est important de tenir compte des recommandations suivantes :
  • Faire des exercices d’étirement et d’échauffement avant toute activité physique un tant soit peu exigeante et prolongée.
  • Augmenter graduellement les distances lorsqu’on fait du jogging.
  • Éviter de courir longtemps sur des terrains en pente, sur des surfaces dures (asphalte) ou inégales. Préférer, si possible, les chemins de terre battue.
  • Respecter son besoin de repos.
  • Maintenir un « poids santé », pour éviter de surmener le fascia plantaire.
  • Porter des chaussures qui soutiennent bien la voûte plantaire et qui absorbent les chocs en fonction du type de travail ou d’activité physique. Pour plus de confort, on peut insérer dans les chaussures une talonnette ou un coussinet en forme d’anneau pour protéger le talon, ou ajouter une semelle pour bien soutenir la voûte plantaire. On en trouve en pharmacie. On peut aussi se faire confectionner une semelle moulée sur mesure par un spécialiste du pied.
  • Remplacer ses chaussures dès les premiers signes d’usure. Quant aux souliers de course, ils doivent être renouvelés après environ 800 kilomètres d’utilisation, car les coussinets s’usent.
  • Éviter de se tenir trop longtemps debout, surtout si l’on porte des chaussures à semelles dures.

Les traitements médicaux: Les traitements donnent presque toujours de bons résultats, mais cela peut prendre plusieurs mois avant de parvenir à une guérison complète

Application de glace : Appliquer un sac de glace pour soulager l’inflammation durant 5 à 15 minutes. Éviter d’appliquer le sac directement sur la peau. S’installer pour que les pieds soient plus élevés que le corps. Le meilleur moment pour appliquer la glace est en fin de journée ou après une activité physique.

Les exercices : L’omnipraticien, le podiatre (podologue) ou le physiothérapeute peuvent conseiller des exercices d’étirement du tendon d’Achille et du fascia plantaire, ce qui favorise à la fois la guérison et la prévention des récidives. En voici quelques-uns :

– En position assise

  • Déposer un mouchoir en papier sur le plancher, puis le saisir avec les orteils. Faire cela plusieurs fois.
  • Placer une bouteille ou une balle de tennis sous la voûte plantaire. Une fois que la douleur a diminué, il s’agit de faire rouler une balle de golf directement sous le talon.
  • Passer une serviette sous le pied comme si on le tenait en écharpe, puis allonger la jambe tout en tenant solidement la serviette. Tirer sur la serviette pour ramener le pied vers soi, puis relâcher.

– En position debout

  • S’installer debout en face d’un mur à une distance d’environ 60 cm. Puis poser la paume des mains contre le mur. Faire ensuite les deux exercices suivants l’un après l’autre et à plusieurs reprises
  • Tout en fléchissant la jambe gauche vers l’avant, glisser le pied droit vers l’arrière en le gardant complètement au sol, sans lever le talon. Maintenir la position durant 30 à 60 secondes. Ensuite, alterner avec l’autre pied
  • Plier le genou de manière à ce qu’il soit aligné avec les orteils afin de tendre le tendon d’Achille. Rester dans cette position durant 30 à 60 secondes.

– Les médicaments : Anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques.

  • En dehors des contres-indications classiques personnelles ou allergiques et après avoir informé les patients sur les risques d’effets secondaires et indésirables et les éventuelles interactions médicamenteuses, ils permettent de soulager et d’atténuer les douleurs.
  • Injections de cortisone. Si les autres traitements ne s’avèrent pas efficaces, des injections de cortisone peuvent aider à réduire la douleur en réduisant l’inflammation. Ce traitement procure un soulagement sans toutefois garantir la guérison. Les injections peuvent être répétées, en respectant un intervalle d’au moins trois mois entre chacune d’entre elles. Bien que cela survienne rarement, l’injection peut causer des complications comme l’amincissement du coussinet graisseux qui protège le talon ou la rupture du fascia plantaire. C’est pourquoi on ne les utilise qu’après avoir tenté d’autres traitements.

– La chirurgie : Pour la fasciite plantaire comme pour l’épine de Lenoir, la chirurgie n’est utilisée qu’en dernier recours. Elle n’est envisagée qu’après un an de traitements sans soulagement. La chirurgie consiste à sectionner partiellement le fascia plantaire à l’aide d’une incision, ce qui réduit la tension sur le fascia. Cette intervention est une réussite dans 95 % des cas. Mais, elle provoque souvent un affaissement de la cambrure du pied. L’ablation de l’épine de Lenoir s’impose parfois lorsque celle-ci forme une excroissance osseuse très large qui crée une pression locale. 

Remarque: Notons qu’en homéopathie certain produits peuvent aider au soulagement. Nous citerons pour exemple: « H ekla lava ».  Pour plus d’information sur ce(s) médicament(s), nous vous recommandons de consulter le site de l’ANSM


Auteur : Dr Birman Laurent-David

Conflits d’intérêts : l’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

 

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