La gazette

L’alimentation dans la maladie d’Alzheimer

L’alimentation dans la maladie d’Alzheimersenior lit boire verre eau pijama

Une prise en charge pluridisciplinaire

La maladie d’Alzheimer est une maladie actuellement difficile à combattre. Une prise en charge pluridisciplinaire est donc souhaitable.

Une alimentation adéquate

Une alimentation adéquate peut enrichir l’arsenal préventif et thérapeutique de cette affection dégénérative, même si nous ne connaissons pas actuellement d’aliment miracle capable de guérir la maladie. D’une part, une alimentation bien orientée permettra d’éviter les déficits en certains nutriments (protéines, lipides, glucides) et micronutriments (vitamines, minéraux, oligoéléments) essentiels. D’autre part, cette alimentation contribuera à ralentir la survenue de certaines complications, dont la plus marquante est la perte de poids.

La perte de poids, la malnutrition

En effet, selon bon nombre d’études, 40% des patients souffrant de maladie d’Alzheimer présentent une perte de poids sans que la cause ne soit vraiment connue. Cette perte de poids aggrave nettement l’état du malade notamment suite à la survenue d’escarres, de chutes, d’infections et de ce fait, alourdit fortement la charge supportée par la famille dans cette maladie éprouvante. Devant l’ampleur de ce constat, un programme a notamment été mis en place par la Commission Européenne : « Nutrition Alzheimer’s Disease and Health Promotion ». Ce programme met d’abord l’accent sur l’importance de la formation de l’entourage du malade afin de mieux détecter les premiers signes de dénutrition, et de proposer une alimentation adéquate.

L’intérêt d’un soignant en bonne santé

Chose plus surprenante, une corrélation est établie entre le degré de « forme » du soignant et de la personne malade. Autrement dit, il importe que le soignant gère bien son stress et se nourrisse lui-même correctement ! Les risques de dénutrition sont alors moindre pour le patient.

Une bonne alimentation dès le début de la maladie

Ne perdons pas de vue que dès le début de la maladie, le patient présente des difficultés à déterminer ses menus, à diversifier son alimentation, à faire ses courses, à préparer ses repas, à gérer ses horaires de repas. Dès le début de l’affection, la malnutrition, amplificatrice de la maladie, guette donc le sujet. D’autant que la maladie d’Alzheimer engendre dès le départ une surconsommation nutritionnelle par hyper catabolisme, et ce pour diverses raisons. C’est donc dès le départ qu’il faut veiller à la bonne hygiène alimentaire du malade.

Une hygiène alimentaire personnalisée

Nous ne pourrons hélas rentrer dans le détail des divers éléments à prendre en compte et à  surveiller pour tendre à cette bonne hygiène alimentaire, tant le sujet est vaste, mais surtout parce que chaque cas est d’espèce, car chacun a ses antécédents médicaux et son état actuel de santé qui peuvent engendrer telle ou telle particularité. Il est donc conseillé de consulter son médecin traitant pour obtenir les conseils alimentaires appropriés au patient.  Néanmoins, le lecteur peut déjà  être guidé par quelques lignes directrices.

Des calories

Il importe tout d’abord d’apporter une alimentation suffisamment énergétique. En moyenne, de l’ordre de 2250 kcal chez l’homme et 1800 kcal chez la femme sont indiqués pour couvrir les besoins énergétiques journaliers, et ce même si le patient semble peu actif, eu égard l’hyper catabolisme lié à l’affection. Traditionnellement, il faut 50 à 55 % de glucides, 30 à 35% de lipides, et 15% de protéines. Il est recommandé de ne pas apporter trop d’aliments au goût sucré car ils rassasient trop facilement les malades atteints de la maladie d’Alzheimer.

Des oméga 3

Si l’on s’en réfère à certaines études, les poissons des mers froides, et d’autres aliments riches en oméga 3 sont à consommer régulièrement pour prévenir la maladie et pour en retarder l’évolution. Mais de nouvelles études paraissent souhaitables pour confirmer cette donnée.

Des vitamines B

Voila fort longtemps qu’on sait toute l’importance de l’apport des vitamines B dans le bon fonctionnement des neurones. Plus dans le détail, et en premier lieu, il est bien établi que la carence en vitamines B induit des troubles du comportement, ce qui va naturellement alourdir le tableau de la maladie d’Alzheimer. Ensuite, les hypovitaminoses B peuvent entrainer une anémie, d’où moindre oxygénation cérébrale, aggravant évidemment le déficit psychique de la maladie. Enfin, nous ne quitterons pas ce chapitre sans évoquer, en conséquence d’une hypovitaminose B, l’augmentation dans le sang d’un acide aminé, l’homo cystéine. Cette substance est d’abord un pro-inflammatoire dont le rôle dans l’athérosclérose, et donc de l’obstruction des vaisseaux est largement prouvé de nos jours. Mais par ailleurs, cette substance intervient peut-être dans la genèse de la maladie d’Alzheimer et dans son évolution. A suivre. Il importe donc que le patient atteint de maladie d’Alzheimer bénéficie d’un apport suffisant en vitamine B, que l’on trouve notamment  en abondance dans : viande de porc, poisson, œuf, légumineuses, céréales complètes (B1), produits laitiers, œuf (B2), viande, poisson, céréales, légumineuses (B6), légumes verts (B9), viande, poisson, œuf (B12).

Des antioxydants

Les radicaux libres sont des corps chimiques qui apparaissent dans notre corps lorsqu’il est exposé à divers agents polluants comme les rayons ultraviolets, les radiations ionisantes…ces radicaux libres vont ensuite attaquer notre organisme selon un processus qu’on a appelé le stress oxydatif. Heureusement, notre corps dispose de substances permettant d’atténuer ce stress oxydatif et baptisées les « anti oxydants ». Parmi les antioxydants, on trouve entre autre la vitamine A sous forme de béta carotène, la vitamine C, la vitamine E et les flavonoïdes. Il est possible que la survenue de la maladie d’Alzheimer soit favorisée par la présence des radicaux libres ; il semble par ailleurs établi que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer aient moins de substances anti oxydantes dans le sang que les personnes qui en sont indemnes. Certains chercheurs pensent même que l’apport d’un supplément de vitamine E chez une personne au taux normal peut ralentir l’évolution de la maladie ! Il est par ailleurs à souligner que la vitamine E protège d’une protéine neurotoxique, la protéine béta-amyloïde, impliquée dans la maladie d’Alzheimer. Enfin, la consommation régulière de flavonoïdes (café, thé, raisin, myrtille, oignon, etc..) semble diminuer le risque de démence.

Des protéines

Il semble que les malades atteints de la maladie d’Alzheimer aient une inappétence assez marquée pour la viande ou les sources protéiques animales en général. Or, les protéines animales sont la source principale des acides aminés essentiels (essentiels car non synthétisables par notre organisme), lesquels sont fortement impliqués dans l’élaboration des neuromédiateurs (substances chimiques permettant la communication entre les neurones). La dénutrition protéique peut donc aggraver le mauvais fonctionnement du cerveau chez des malades déjà déficients à ce niveau. Il importe donc de veiller à ce que l’apport protéique reste suffisant. Si besoin, divers techniques peuvent aider à cette fin : viande hachée, saupoudrage des mets par du lait en poudre, du fromage râpé, ajout de jaune d’œuf…les sources protéiques végétales sont certes intéressantes. Elles peuvent compléter l’apport protéique animal mais elles ne semblent pas pouvoir le remplacer pour autant.

Des petits trucs

Evidemment, ces patients doivent bénéficier comme tout un chacun d’une alimentation complète. Des petits trucs doivent être trouvés afin de nourrir convenablement ces malades au petit appétit ; on peut citer à titre d’exemple les potages concentrés en légumes, les compotes de fruits bien aromatisés (vanille, cannelle…), belles salades de fruits.

  • Boire suffisamment. Pour compléter ce tableau de conseils, il est utile de rappeler que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont souvent une sensation de soif émoussée. Ils sont facilement déshydratés. Il faut donc veiller à leur proposer très souvent eau plate, thé, tisanes…entre les repas.
  • Des causes alimentaires à l’affection. Pour terminer , énumérons simplement quelques idées établies sur la contribution hypothétique de l’alimentation dans la survenue des la maladie d’Alzheimer.
  • Une carence en vitamine B dès le plus jeune âge contribue peut-être à la survenue de cette maladie (végétalisme, nourriture industrielle pauvre en vitamines).
  • Des processus immuno-allergiques liés à certains aliments ou modes de cuissons sont évoqués.
  • La contribution de métaux lourds est souvent citée, et notamment de l’aluminium, depuis la découverte de quantités importantes de ce métal lourd dans l’hippocampe (région du cerveau) de certains malades, qui par ailleurs manquaient singulièrement de zinc et de sélénium.

En conclusion, tant sur le plan préventif que sur le plan thérapeutique, la maladie d’Alzheimer peut tirer bénéfice d’une bonne prise en charge nutritionnelle. Celle-ci s’organise principalement autour d’une alimentation riche en protéines, en vitamine B, en calories, en oméga 3, et en anti oxydants. Afin d’affiner, de compléter et ainsi d’optimiser cette prise en charge nutritionnelle de la maladie d’Alzheimer, il peut être utile de s’en référer au médecin traitant, voire au nutritionniste qu’il voudra conseiller pour mettre en place un programme personnalisé tenant compte des particularités éventuelles de terrain.


Auteur: Dr Philippe Vassart

Conflits d’intérêts : l’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

L’alimentation dans la maladie d’Alzheimer