La gazette

J’ai des fourmis dans les doigts : c’est le syndrome du canal carpien ? ✋

Mis à jour en Janvier 2020

C’est quoi le syndrome du canal carpien, Docteur ? Au niveau anatomique, il existe un nerf du bras et de la main : le nerf médian. Ce dernier passe au niveau du poignet dans un espace appelé « canal ». Ce canal est compris :

  • entre les os du poignet (en arrière),
  • et un ligament (à l’avant) appelé « ligament transverse », qui fait comme un pont juste en dessous de la main.

Des trois nerfs principaux du bras et de la main, le nerf médian est le seul à passer dans ce canal. On retrouve aussi dans ce passage les tendons (qui permettent la flexion des doigts). Le « syndrome du canal carpien », c’est la compression de ce nerf au moment de son passage dans le canal décrit ci-dessus. En effet, en raison de son anatomie, celui-ci est inextensible. On comprend donc que toute anomalie (soit des os, soit des tendons, soit des tissus) puisse entrainer une compression du nerf. Les conséquences peuvent être ressenties au niveau de la main et des doigts, qui sont sous la responsabilité neurologique du nerf médian. Ce syndrome de compression affecte souvent la main dominante, mais il est bilatéral dans plus de 50 % des cas.

L’âge de prédilection est souvent compris entre 40 et 60 ans. Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes (3 à 6 cas féminins pour 1 homme).

 

Quelles sont les causes du syndrome du canal carpien ?

Les causes peuvent être locales, ou liées à des maladies plus générales :

Les causes locales :

  • Antécédents de traumatisme du poignet ou de l’extrémité inférieure des os de l’avant bras ayant entrainé un « cal osseux », qui épaissit l’os, et comprime le nerf dans le canal
  • Des microtraumatismes répétés, généralement pour raisons professionnelles (exemple du marteau-piqueur)
  • Beaucoup plus fréquente, l’arthrose, par les excroissances osseuses qu’elle entraine, peut être responsable de ce syndrome

 

Les causes générales :

Elles sont souvent la conséquence de différentes maladies qui modifient l’anatomie du poignet, soit au niveau osseux, soit au niveau des tissus. Nous ne citerons que les plus fréquentes :

  • L’hypothyroïdie. L’une de ses conséquences est l’infiltration œdémateuse des tissus et le gonflement des poignets, entrainant la compression du nerf médian
  • Le diabète. Par atteinte directe du nerf médian, c’est la « neuropathie périphérique des diabétiques »
  • La polyarthrite rhumatoïde entraine des déformations osseuses importantes au niveau des mains

D’autres maladies plus rares ne seront que citées pour exemple, car ce sont des pathologies complexes plus ou moins rares :

    • Maladie de Paget
    • Leucémies
    • Sclérodermie
    • Lupus Erythémateux Disséminé
    • Acromégalie
    • Sarcoïdose et Amylose (liste non exhaustive)…

 

Existe-t-il des facteurs de risque au syndrome du canal carpien ?

La littérature médicale ne rapporte que peu de facteurs de risque à ce syndrome :

  • Professionnel : en cas de microtraumatismes répétés (déjà signalé) ou d’activités prolongées et répétées (secrétariat sur clavier, couture, etc.).
  • Alcool et tabac : non spécifiques, car souvent retrouvés comme facteurs de risque en médecine.

 

Comment fait-on le diagnostic du syndrome du canal carpien ?

Les symptômes du syndrome du canal carpien sont souvent bien connus des médecins de terrain. Il faut dialoguer avec votre médecin référent si vous ressentez un ou plusieurs des signes suivants :

  • Picotements, impression de « fourmis », voire sensation de brûlure au niveau de la face antérieur des doigts (surtout les trois premiers doigts), de la paume de la main. Ces signes respectent en général les 2 derniers doigts (l’annulaire et l’auriculaire), mais ce n’est pas toujours le cas, car des connexions nerveuses existent, et il peut y avoir des sensations dans toute la main y compris dans l’avant bras. Durant mon exercice quotidien de médecin terrain, j’ai parfois été confronté à des douleurs remontant jusqu’au niveau des épaules, compliquant forcément le diagnostic.
  • Les signes apparaissent souvent la nuit, probablement en raison de la position prise pendant le sommeil, réveillant le patient.
  • Parfois, il s’agit d’activités manuelles répétées ou prolongées, ou de certaines positions prises par la main dans la journée (conduite automobile, lecture, écriture, travail sur clavier d’ordinateur ou machine à écrire, couture, etc.).
  • En général les signes cessent ou diminuent lorsque l’on réalise des mouvements en secouant ou en massant la main.
  • Parfois, il existe une perte de la sensibilité au niveau des doigts de la main, et la perte de la capacité de serrer, ou même de tenir un objet, sans le faire tomber, en raison de la fonte des muscles, qui sont innervés par le nerf médian qui est comprimé (gêne pour porter, dévisser, serrer, tourner un bouton, etc.).

Ces symptômes sont fréquents et doivent vous faire consulter un médecin pour qu’il puisse vous examiner et envisager le diagnostic. Vous avez des doutes ? Commencez à en parler avec un médecin par écrit, téléphone ou vidéo en optant pour la téléconsultation médicale.

 

Les signes recherchés

Votre médecin recherchera surtout deux signes après un interrogatoire précis, et un examen clinique général, pour rechercher une pathologie pouvant être la cause de la compression :

  • Le signe de Tinel : en percutant la face antérieur du poignet (avec un marteau à réflexes par exemple), on fait réapparaitre les mêmes symptômes que ressentis spontanément.
  • Le signe de Phanel : les signes reviennent quand on met le patient coudes sur la table, avant-bras levés, poignets fléchis et doigts relâchés.
  • La pose d’un garrot au niveau du bras, ou le gonflement de l’appareil à tension, fait apparaître la même symptomatologie.

Ces signes médicaux indiquent au praticien que le nerf médian est peut-être comprimé dans le canal carpien. Votre médecin vous orientera parfois vers un neurologue pour confirmation. Enfin, il existe un signe tardif témoin de l’évolution ancienne de la compression. Il s’agit de l’atrophie ou fonte des muscles situés sous le pouce au niveau de la paume de la main. Généralement, à ce stade, le traitement est souvent chirurgical.

 

Faut-il faire une prise de sang ?

La compression du nerf médian dans le canal carpien peut être la résultante d’une maladie générale de l’organisme. Un bilan biologique peut donc s’avérer intéressant pour la recherche d’une anomalie liée au sucre (comme le diabète), ou aux hormones (comme la thyroïde), et faire rechercher une éventuelle inflammation ou infection. Votre médecin vous indiquera quelle analyse réaliser.

 

Quels sont les examens spécialisés à faire, Docteur ?

Après avoir consulté votre médecin traitant, en fonction de son examen clinique et peut-être biologique, vous serez parfois orienté vers un médecin neurologue, qui confirmera ou infirmera le diagnostic. L’examen de référence pour le syndrome du canal carpien est la réalisation d’un électromyogramme, qui est perturbé dans 85 % des cas selon la littérature médicale. Le principe est d’analyser la circulation du courant électrique du nerf médian au travers des muscles et de vérifier s’il existe une différence avant et après le passage du canal carpien. Si les courants électriques (ou « blocs de conduction »sont diminués, cela indique que le nerf médian est comprimé et que sa fonction est gênée au niveau du poignet. Souvent, dans cet examen, la sensibilité du nerf médian est diminuée voire totalement abolie dans les cas les plus graves. Cet examen est souvent réalisé des deux cotés de manière comparative, permettant de retrouver assez souvent une atteinte bilatérale des nerfs médians. La radiographie du poignet peut aussi être utilisée, mais plus rarement. Elle permet de voir d’éventuelles déformations osseuses, de faire le diagnostic d’arthrose. La présence de cals osseux multiples peuvent être le témoin de traumatismes répétés ou de séquelles osseuses d’une ancienne fracture. C’est un examen qui reste cependant peu utilisé en médecine de terrain.

 

Faut-il toujours réaliser une intervention chirurgicale pour le traitement ?

Il existe des traitements médicaux et chirurgicaux au syndrome du canal carpien. Tout va dépendre de la durée de l’évolution, du niveau de l’atteinte du nerf médian et surtout du niveau de la gêne occasionnée chez le patient. Dans certains cas, la vie quotidienne personnelle et/ou professionnelle peut être très pénalisée car les gestes courants deviennent très difficiles, voire impossibles.

 

Les médicaments

Ce sont les anti-inflammatoires qui sont les médicaments de référence. Ils permettent souvent de temporiser avant une éventuelle chirurgie. Attention, seul votre médecin pourra vous les prescrire, car il connaît votre dossier et vos antécédents. Il existe, en effet, des effets indésirables (gastriques par exemple), et des interactions avec d’autres médicaments qui peuvent contre-indiquer leur utilisation. Attention aussi aux risques d’allergie, qui sont souvent associés à ceux l’aspirine. Certaines maladies rénales (insuffisance rénale) ou hépatiques (insuffisance hépatique) contre-indiquent complètement l’utilisation des anti-inflammatoires. Beaucoup d’anti-inflammatoires sont interdits avant 15 ans. Pas d’utilisation dans le premier trimestre et contre-indication formelle au troisième trimestre de la grossesse et pendant toute la grossesse pour certains (exemple « l’indométacine »). Ce sont donc des médicaments utiles, mais qui doivent être utilisés avec prudence, sur prescription médicale, par un praticien qui connaît votre dossier.

 

Les mesures générales

    • Le port d’une attelle de poignet la nuit et parfois aussi le jour permet de diminuer les symptômes, parfois de manière significative. La mise en extension du poignet libère le nerf médian.
    • L’infiltration de produits à base de cortisone (puissant anti-inflammatoire) réalisé par un praticien expérimenté en infiltrations, peut être utilisée en seconde intention, solution d’attente parfois utile.
    • Souvent, c’est la chirurgie qui sera utilisée. La technique consiste en une décompression du nerf médian par la section du ligament transverse, dont nous avons déjà parlé, la libération des différents éléments et l’ablation d’éventuel matériel compressif. La littérature médicale signale 95 % de régression complète des symptômes. Ce geste est réalisé généralement sous anesthésie locorégionale. Elle ne présente aucune contre-indication. La cicatrisation se fait en moyenne en deux semaines et il faut compter deux semaines de rééducation.

 

Quel est le pronostic du syndrome du canal carpien et existe-t-il des complications ?

Une fois le diagnostic envisagé, la surveillance rapprochée du poignet doit être réalisée en attendant une éventuelle décision de chirurgie. Il faut évidemment réduire les activités déclenchantes, mais cela n’est pas toujours possible, surtout au niveau professionnel. Si le syndrome du canal carpien n’est pas traité, il s’aggrave progressivement. L’atteinte sensitive et motrice du nerf peut conduire dans les cas les plus graves à la perte du fonctionnement normal de la main. Pris en charge médicalement, les symptômes régressent transitoirement, et souvent, c’est la chirurgie qui permet de résoudre le problème de manière quasi définitive. En effet, les récidives après chirurgie sont exceptionnelles, selon la littérature médicale. Rappelons que votre médecin doit vous examiner rapidement et qu’il ne faut pas laisser évoluer ce syndrome sans traitement, en raison de ses conséquences qui parfois sont graves pour le membre atteint.

 

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Auteur : Dr Birman Laurent-David

J’ai des fourmis dans les doigts : c’est le syndrome du canal carpien ? ✋