La gazette

Un cas de dengue en France ?

Docteur j’ai appris qu’un cas de « dengue » a été découvert en France. De quoi s’agit il ?
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La dengue est l’arbovirose (maladie virale transmise par un insecte piqueur) la plus répandue dans le monde. Ce virus de la famille des Flaviviridae est transmis par les piqûres des moustiques du genre Aèdes, moustiques tigrés en noir et blanc. (Il s’agit d’un moustique différent de celui qui est responsable de la transmission du paludisme). La dengue est habituellement une maladie bénigne mais elle peut parfois évoluer vers une forme sévère (dengue hémorragique).

Comment est on contaminé par la Dengue ?

La transmission de la dengue se fait obligatoirement par l’intermédiaire de la piqûre d’un moustique de genre Aèdes. C’est le vecteur de la maladie. Le moustique pique une personne atteinte de la dengue (celle-ci présente le virus dans son sang pendant les 5 premiers jours de la maladie), le virus se développe alors à l’intérieur du moustique et au bout de 10 jours celui-ci devient  infectant et peut transmettre la dengue en piquant une autre personne. Il n’y a pas de contamination directe d’homme à homme.

Où risque-t-on d’être contaminé par la Dengue ?

La maladie est endémique plus de 100 pays d’Afrique, des Amériques, du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique. Il pourrait y avoir chaque année plus de 50 millions de cas de dengue à travers le monde. Il semblerait que l’Asie soit la source primaire. Le virus aurait ensuite été transporté vers les autres continents dans les pneus de véhicules automobiles fabriqués en Asie et acheminés vers des régions du monde suffisamment accueillantes pour le moustique vecteur. On pense qu’avant le départ d’Asie, l’intérieur des pneus, préalablement remplis d’eau de pluie serait un lieu de ponte idéal pour des moustiques infectés. Les larves ensuite présentes et contaminées résisteraient au voyage, pour éclore et donner des moustiques contaminés dans la nouvelle contrée d’adoption. Même si cette petite histoire n’est qu’une supposition, elle illustre bien un vecteur primordial de cette affection : l’eau stagnante. Raison pour laquelle en région contaminée, il importe de se débarrasser de toute eau stagnante dans les 2 kilomètres avoisinant les habitations, distance maximale habituellement parcourue par l’Aèdes. Voila en tout cas un moyen bien écologique de faire face à une éventuelle endémie dans l’hexagone. En France, le virus circule de manière endémique en Guyane, Martinique, Guadeloupe, Polynésie et Nouvelle-Calédonie et de manière sporadique à La Réunion et Mayotte,.Le moustique responsable est Aedes aegypti, moustique diurne avec un pic d’activité en début et en fin de journée. Il est petit et passe souvent inaperçu

En France métropolitaine, il n’y a pas d’épidémie de dengue mais il peut exister des cas « autochtone » (c’est-à-dire des cas d’infection attrapé en France) en raison :

  • d’une part de la présence de personnes infectées lors d’un voyage dans l’une des zones intertropicales où la dengue est présente.
  • d’autre part, par la présence d’un moustique susceptible de pouvoir être le vecteur de la maladie : il s’agit du moustique Aèdes Albopictus (moustique tigre), implanté dans certains départements français (Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Haute-Corse et Corse-du-Sud).

Le risque d’une épidémie de dengue en France reste néanmoins peu probable car l’Aèdes Albopictus n’est pas le vecteur le plus compétent pour transmettre le virus et il ne résiste pas aux températures hivernales de la métropole.

Quels sont les symptômes de la dengue ?

Dans la majorité des cas, la dengue est une maladie bénigne. La durée d’incubation (temps entre la piqûre de moustique responsable et les premiers symptômes) est habituellement de 4 à 7 jours.

La dengue « classique » se manifeste par un syndrome grippal :
–   fièvre forte et brutale avec souvent des frissons
–   maux de tête intenses
–   Douleurs dans les muscles et les articulations (dos et cuisses principalement)
–   Nausées, vomissements
–   Conjonctivite
–   Fatigue importante
–   Parfois vers le 5ème jour, il peut y avoir une éruption cutanée.
–   Les manifestations hémorragiques limitées ne sont pas rares : pétéchies, purpura, saignement des gencives ou du nez, saignement digestif

La biologie sanguine montre un syndrome inflammatoire léger, une atteinte hépatique souvent minime, mais surtout une baisse des plaquettes sanguines qu’il peut être utile de suivre de jour en jours durant les premiers jours de la maladie (classiquement du 2°0 au 5° jour de la maladie), car cette baisse peut entraîner des hémorragies. La dengue guérit dans la plupart des cas sans séquelles en une dizaine de jour mais il peut persister chez certains une fatigue importante pendant plusieurs semaines. Dans de rare cas (1%), la dengue peut évoluer vers une dengue hémorragique : les troubles de la coagulations diffus entraînent des hémorragies graves avec ou sans syndromes de choc. Les enfants de moins de 15 ans et les immunodéprimés sont plus à risque de développer une forme grave de la dengue. Parmi les autres complications, on peut retenir la méningite.

Est-ce qu’il existe un traitement de la dengue ?

Il n’existe ni traitement préventif ni vaccin contre la dengue. La seule mesure de prévention est d’éviter de se faire piquer par les moustiques lorsqu’on voyage dans les zones endémiques :
–   porter des vêtements longs et amples
–   dormir sous une moustiquaire
–   utiliser des produits répulsifs (demander conseil à son médecin ou pharmacien pour savoir quels sont les produits recommandés en particulier pour les enfants et les femmes enceintes)

Il n’existe pas non plus de traitement curatif spécifique de la dengue. Le traitement symptomatique repose sur les antipyrétiques de type paracétamol, le repos et une bonne hydratation. Il faut impérativement  éviter les anti-inflammatoires ou l’aspirine car ces médicaments par leurs propriétés antigrégantes risqueraient de majorer le risque d’hémorragie. Les cas de dengue grave/hémorragique font l’objet d’une prise en charge adaptée en milieu hospitalier.

J’ai déjà eu la dengue, est ce que je suis protégé ?

La dengue comporte 4 sérotypes différents (DEN 1 à DEN4), l’infection par la dengue entraîne une immunité durable mais il n’existe pas d’immunité croisée entre les 4 sérotypes c’est-à-dire que l’infection par l’un des sérotypes ne protège pas de l’infection par les 3 autres. Il semblerait par ailleurs que les complications de la dengue se renforcent à chaque contamination d’un même sujet par un sérotype différent. Il est donc d’autant plus utile d’avoir un suivi médical et biologique strict si l’on est l’objet d’une récidive de dengue. Enfin, chaque sérotype a une virulence différente. Le DEN 2 serait le plus virulent. Or, les épidémies de dengue sont à chaque fois constituées de un ou deux sérotypes différents. Donc, chaque épidémie n’a pas la même virulence. Pour connaître le sérotype en cause, il existe deux tests. Le premier constate la présence du virus dans le sang. Ce test réalisé idéalement au 2° jour n’est pratiqué que dans des zones à forte endémie.  Un autre test existe qui mesure la présence d’anticorps récents (de 5 jours à quelques mois après l’invasion)  ou anciens contre la dengue. Il peut être intéressant de savoir si l’on a déjà fait une ou plusieurs dengues si l’on part en région endémique pour mieux prédire les conséquences d’une nouvelle infection et donc se faire suivre d’avantage médicalement.

Je suis de retour d’un pays où il y a de la dengue, je pense être malade, que faire ?

L’apparition d’une fièvre élevée associé à des symptômes grippaux dans les 7 jours qui suivent le retour d’une zone où le virus de la dengue circule doit vous faire consulter votre médecin. Dans tous les cas évitez de prendre des anti-inflammatoire ou de l’aspirine. Il est également important d’éviter de se faire piquer soit même durant les 5 premiers jours le la maladie si l’on habite une zone où il y a des moustiques de genre Aèdes (Sud de la France/ Corse). En effet, le moustique risquerait de devenir contaminant et d’infecter une autre personne.

J’habite dans le sud de la France, que dois je faire ?

Il n’y a pas d’épidémie de dengue en France mais les cas autochtones sont possible (1 cas à Nice il y a quelques jours). Il est donc important de :

–   de limiter la prolifération des moustiques de détruire les larves de moustique et les sites potentiels de reproduction de ces moustique : eau stagnante, soucoupes sous les pots de fleur ou pots/ récipients vides, etc…
–   de se protéger des piqûres de moustiques (port de vêtements long et ample, utilisation de répulsif cutané, de moustiquaires de berceau pour les nouveau-nés et les nourrissons)
–   protéger l’habitat en utilisant des diffuseur anti-moustiques, des moustiquaires, etc..)


Auteur : Dr Julie Rigotte

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

 

Un cas de dengue en France ?