Le management toxique : comment le repérer et faire face à la situation ?

Une dame assise au bureau, la main posée sur la joue.
Selon une étude menée dans quatre pays européens auprès de 7 000 employés, la performance au travail des employés dépend pour 1/3 de l’ambiance et du bien-être au travail. L’équation est plutôt simple : plus on est heureux au bureau, plus on s’investit dans son travail. Le rôle du manager ou du chef d’équipe est alors primordial pour instaurer un climat sain et serein au sein d’une entreprise, ce qui permet aux employés de mener leurs tâches avec efficacité. Pourtant, dans certains cas de figure, les managers peuvent s’avérer envahissants, toxiques, dénigrants ou même agressifs envers leurs équipes. On parle alors de management toxique. Un management toxique est un type de gestion qui nuit à la santé mentale, émotionnelle, et parfois physique des collaborateurs. Loin d’être une simple question de rigueur ou d’exigence, il s’agit d’un dysfonctionnement profond dans la relation hiérarchique, souvent à l’origine de mal-être, de turnover élevé, de burn-out ou de perte de performance collective. Mais comment reconnaître un manager toxique ? Quels sont les signes à observer ? Et surtout, comment réagir sans mettre sa santé ou sa carrière en péril ? Dans cet article, nous vous aidons à repérer les signaux d’alerte d’un management toxique, à mieux comprendre ses mécanismes, et à trouver des stratégies concrètes pour y faire face, que vous soyez salarié, RH ou manager vous-même.

Le management toxique, concrètement, qu’est-ce que c’est ?

Le management toxique désigne une forme de management qui affecte le bien-être et la performance d’une équipe de travail. Par ses actions, le manager en question détruit à la fois, la dignité, la confiance en soi, le moral et les performances d’un ou de plusieurs employés ou collaborateurs.

Le plus souvent, le management toxique se traduit par des critiques récurrentes et non appropriées, par une absence de reconnaissance, par une surcharge de travail ou même par des remontrances, une agressivité latente, des discours non adaptés et autres piques quotidiennes injustifiées pouvant entrainer du harcèlement.

On peut alors observer une ambiance anxiogène au sein de l’entreprise dont le management est considéré comme toxique : les employés peuvent alors se plaindre d’un non-respect de leur vie privée, d’une surcharge de travail et subir ainsi des humiliations répétées.

Bref, vous l’aurez compris : le management toxique désigne un ensemble de pratiques adoptées par des managers, dont les effets contribuent à instaurer un mal-être généralisé au travail.

Comment reconnaître un manager toxique ?

Il existe aujourd’hui de très nombreux types de management qui pourraient être qualifiés de toxiques. De ce fait, on identifie plusieurs profils de managers toxiques.

Il peut s’agir d’un manager « froid » qui brille par son absence d’empathie, et pour qui la vie personnelle doit s’effacer au profit de la vie professionnelle. La santé aussi bien physique que mentale de ses collaborateurs ne l’importe guère. Ce type de management occasionne le plus souvent une surcharge de travail.

On peut également identifier le manager « petit chef » qui aime briller et diviser ses employés pour mieux régner. Il aime la cupidité et le pouvoir et n’hésite pas à manipuler ses employés pour atteindre ses objectifs, en rejetant toujours la faute sur les autres.

Il existe également des managers de type « marionnettiste » ou « monarque » qui n’hésiteront pas à jouer de leur pouvoir pour avoir le contrôle absolu, sans n’avoir aucune confiance pour ses équipes. Ces deux types de management ne laissent alors aucune place pour l’intelligence collective et le travail de groupe.

En résumé, les formes de management toxique peuvent être :

  • Autoritaire à l’extrême : abus de pouvoir, absence d’écoute, harcèlement.
  • Manipulateur ou passif-agressif : communication indirecte, double discours.
  • Humiliant : critiques en public, remarques désobligeantes, dévalorisation.
  • Instable émotionnellement : colères imprévisibles, instabilité affective.
  • Contrôlant : micro-management, absence de liberté ou de confiance.

Les signes d’un management toxique


Ambiance de travail délétère 
  • Climat tendu, méfiant, compétitif à outrance.

  • Collaborateurs qui s’isolent ou se désengagent.

  • Rumeurs, délation, conflits non résolus. 

Une communication dégradée
  • Ordres flous ou contradictoires.

  • Absence de feedback constructif.

  • Communication descendante uniquement, peu ou pas d’écoute active. 

Des comportements dévalorisants
  • Remarques blessantes, sarcasmes.

  • Critiques permanentes, objectifs irréalistes.

  • Aucun mot de reconnaissance ou de remerciement. 

Des effets sur la santé des collaborateurs
  • Stress chronique, anxiété, troubles du sommeil.

  • Symptômes physiques : migraines, douleurs musculaires, fatigue persistante.

  • Perte de motivation, de confiance en soi, burn-out, moral au plus bas. 

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Les risques et les conséquences d’un management toxique

Les risques psychosociaux et les conséquences d’un management toxique sont nombreux et particulièrement négatifs, aussi bien pour les employés que pour le manager en question ou l’entreprise elle-même.

On observe généralement une baisse d’efficacité de l’équipe soumise à un management toxique, et en toute logique, à une baisse de productivité de l’entreprise. Face à cette situation, le manager, voyant qu’il ne remplit pas ses objectifs, peut accroitre la pression sur le groupe, sans jamais reconnaître sa propre faute, contribuant ainsi à instaurer un véritable cercle vicieux.

L’on observe dans ce cas une augmentation de « burn-out », un syndrome d’épuisement au travail, et de « bore-out », une condition caractérisée par une perte de motivation au travail, observable notamment chez les employés soumis à un management toxique.

Le stress, le mal-être au travail, l’absentéisme, la dépression et la hausse des arrêts-maladie sont les premières des conséquences liées à l’action d’un manager toxique. Cependant, les conséquences peuvent être bien plus graves. Dans certains cas de figure, la pression émotionnelle chez les employés de l’organisation est telle que certains peuvent être amenés à attenter contre leur propre vie.

Management toxique : quels risques pour la santé des employés ?

Un management toxique peut avoir des conséquences sérieuses et durables sur la santé, aussi bien mentale que physique.  

Stress chronique

Le stress est l’un des premiers symptômes d’un management toxique. Il devient pathologique lorsqu’il est constant, non soulagé, et mal géré. Ses principaux signes sont :

  • Irritabilité, nervosité permanente
  • Perte de motivation et d’estime de soi.

À long terme, le stress chronique augmente le risque d’épuisement professionnel (burn-out), mais aussi de troubles cardio-vasculaires et métaboliques.

Burn-out ou épuisement professionnel

Le burn-out résulte d’une exposition prolongée à un stress professionnel excessif, souvent lié à un manque de reconnaissance, une surcharge de travail, ou une perte de sens. Ses symptômes sont :

  • Épuisement physique et mental
  • Cynisme ou détachement vis-à-vis du travail
  • Effondrement des performances
  • Incapacité à se concentrer.

Le burn-out peut mener à un arrêt de travail de longue durée, voire à une rupture de carrière ou de formation.

Troubles anxieux et dépressifs

Travailler sous pression, avec un management agressif ou dévalorisant, peut entraîner :

  • Troubles anxieux généralisés
  • Episodes dépressifs modérés à sévères
  • Isolement social et repli sur soi.

Cela peut nécessiter un suivi médical, une psychothérapie, voire un traitement médicamenteux.

Troubles musculosquelettiques (TMS) et douleurs physiques

Le stress émotionnel a souvent un impact somatique. Les tensions musculaires liées au stress peuvent provoquer ou aggraver des douleurs :

Ces douleurs sont souvent multifactorielles, mais aggravées par un environnement toxique.

 Altération du système immunitaire

Le cortisol, hormone du stress, affaiblit les défenses immunitaires à long terme, ce qui engendre des conséquences telles que :

  • Fatigue chronique
  • Moindre résistance à la maladie

Risque élevé d’addictions ou de conduites à risque

Pour « tenir » ou compenser le mal-être, certains employés adoptent des comportements à risque :

  • Surconsommation d’alcool, de tabac, ou de médicaments (anxiolytiques, somnifères)
  • Addictions comportementales : écrans, jeux, isolement numérique

 En résumé :


Symptôme  Impact court terme Risques long terme
Stress Irritabilité, fatigue Burn-out, pathologies cardio-métaboliques 
Anxiété / dépression Troubles de l'humeur, perte de motivation Isolement, arrêt de travail prolongé 
Tensions physiques
Douleurs, inconfort
Troubles musculosquelettiques chroniques 
Troubles du sommeil  Difficultés à dormir  Dépression, fatigue persistante 
Baisse immunitaire  Infections fréquentes  Vulnérabilité accrue

Réagir face à un management toxique : mode d’emploi

Le plus souvent, un manager toxique ne sait pas que, dans sa gestion quotidienne, il a instauré un management empreint d’un haut niveau de toxicité. En effet, pour lui, la priorité reste l’atteinte de ses objectifs : il peut alors mettre en place, sans le vouloir, un environnement dégradant pour ses salariés.

Il est alors indispensable de prendre des décisions pour éviter que le niveau de toxicité n’empire davantage au sein de l’organisation. Le plus souvent, la solution la plus simple consiste à informer son manager des effets des conditions de travail qu’il est en train d’imposer à ses salariés ou collaborateur. Cela consiste à faire remonter son mal-être au travail à celui-ci ou bien à un responsable RH de l’entreprise.

Dans certains cas de figure, un manager ne souhaitera pas reconnaitre qu’il procède à un management toxique de ses équipes. Dans ce cas de figure, il est important de ne pas entrer en conflit avec celui-ci, mais plutôt d’aller chercher de l’aide auprès d’un autre responsable capable de prendre conscience de la situation. En effet, soyez rassuré : nombreuses sont les entreprises qui se soucient davantage du bien-être de leurs salariés qu’auparavant.

Le recours à la médecine du travail ou aux prud’hommes fait partie des solutions qui peuvent être utilisées en dernier recours, si les autres méthodes utilisées auparavant ne portent par leurs fruits.

En résumé : que faire face à un manager toxique ?

  • Consulter un médecin du travail : il peut reconnaître l’origine professionnelle des troubles et proposer un aménagement.
  • Se faire accompagner par un psychologue ou un thérapeute spécialisé en souffrance au travail.
  • Prévenir les RH ou le CSE si le management toxique est structurel.
  • Envisager une mobilité interne ou externe si la situation est intenable.
  • Recourir aux prud’hommes si nécessaire.

 

Et si vous êtes vous-même manager ? Le management toxique n’est pas toujours intentionnel. Parfois, la pression, le manque de formation ou une mauvaise culture d’entreprise en sont à l’origine.

Voici quelques pistes à destination des managers, pour éviter de tomber dans un management nocif :

  • Demandez du feedback à vos collaborateurs.
  • Travaillez votre intelligence émotionnelle : écoute, régulation du stress, empathie.
  • Formez-vous aux techniques de management bienveillant.
  • Mettez en place des rituels d’équipe positifs : reconnaissance, cohésion, droit à l’erreur.

Management toxique : que dit le Code du travail ?

Aujourd’hui, le Code du travail et la législation française ne font pas clairement de différence entre un « mauvais » et un « bon » système de management. Pour cette raison, le Code du travail ne punit pas spécifiquement un management dit « toxique » (en procédant à son licenciement par exemple), mais plutôt les conditions de gestion et actions qui y sont liées.

Ainsi, le harcèlement au travail, l’agressivité, l’autorité vexatoire, le dénigrement ou les relations inadaptées au travail sont bel et bien reconnus comme des manquements dans le management et peuvent être punis par la justice. Le droit du travail protège les salariés contre la toxicité et les comportements abusifs : l’employeur a une obligation de sécurité vis-à-vis de la santé physique et mentale de ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail).

Ainsi, en cas de jugement, peuvent être prononcés une résiliation du contrat de travail au tort de l’employeur, une reconnaissance d’un harcèlement moral au travail, ou même le paiement d’amendes et de dommages et intérêts.

L’avis des experts de MédecinDirect

Repérer le management toxique est déjà un premier pas pour s’en protéger. Qu’il soit le fait d’un individu ou le reflet d’une culture dégradée, il doit être nommé, documenté et combattu.

Si vous vous sentez concerné·e, n’attendez pas que la situation s’aggrave : parlez-en, cherchez du soutien, et explorez vos options. Votre santé mentale et votre bien-être au travail comptent.

SOURCES :
  • Culture RH : le lien
  • Université Paris Sarclay : le lien

EN BREF
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