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Approche nutritionnelle dans la lithiase rénale

Approche nutritionnelle dans la lithiase rénalefemme mal au ventre

Les mécanismes de survenue de lithiases sont extrêmement complexes et nombreux. Les voies thérapeutiques le sont presque tout autant. Ce qui suit n’est qu’une approche nutritionnelle de la lithiase rénale. A chaque époque, sa lithiase : S’il est vrai que les lithiases urinaires ne sont pas que la conséquence de nos modes de vies actuels (Les plus anciens calculs ont été trouvés dans des squelettes datant de l’âge de cuivre ; on en a retrouvé dans des momies égyptiennes de plus de 5000 ans; les données de l’Antiquité et du Moyen Age montrent que la lithiase était fort répandue), celles-ci ont tout de même évolué notamment quant à la composition des calculs qui a beaucoup changé: l’acide urique et le phosphate de calcium laissant progressivement la place à l’oxalate de calcium, vraisemblablement du fait des modifications des habitudes alimentaires. C’est une affection très répandue. En France, les enquêtes épidémiologiques effectuées en Bretagne (P.Simon) évaluent à 3 millions la population de lithiasiques.

D’où proviennent ces lithiases ?

La composition des calculs est en fait très variable, avec plus de 80 constituants identifiés. Très synthétiquement, on trouve des calculs calciques, oxaliques, uriques, et cystiniques Sans trop rentrer dans des détails complexes, les causes directes de la lithogénèse sont complexes et font intervenir plusieurs facteurs, dont :

  • La sursaturation des urines en substances lithogènes par apport excessif.
  • L’insuffisance de diurèse secondaire à une déshydratation.
  • Les perturbations du pH (parfois elles-mêmes secondaires aux infections urinaires).
  • Les maladies génétiques et donc souvent familiales.
  • L’existence d’un obstacle sur les voies urinaires.

Mais la recherche est encore en route. Par exemple, on a invoqué le rôle des « nanobactéries », capables de produire de l’apatite, et qui feraient de la lithiase une maladie infectieuse, comme il en a été de l’ulcère gastrique.

La présence des facteurs de la lithogénèse cités plus haut sera favorisée notamment par :

  • la possibilité d’erreurs diététiques : habitude de peu boire, un régime riche en calcium, en oxalate (noix, chocolat, thé), en protéines animales; un régime riche en sodium, pauvre en fruits
  • les antécédents familiaux : caractère familial de la lithiase
  • les antécédents personnels : maladie digestive (malabsorption, résection du grêle) maladie osseuse, antécédents d’infection urinaire
  • la prise de médicaments susceptibles de provoquer des calculs : les lithiases médicamenteuse constituant 1% des lithiases rénales

Passons maintenant en revue les grandes catégories de lithiases et en quoi l’alimentation intervient

LITHIASE CALCIQUE

Les lithiases calciques sont de beaucoup les plus fréquentes, plus de 70% des lithiases rénales. Parmi les facteurs alimentaires favorisants la survenue de lithiases calciques, on peut citer notamment:

  • L’excès d’apport alimentaire en calcium, essentiellement sous forme de produits laitiers
  • Le déficit d’apport alimentaire en calcium ! Ceci mérite une explication. La diminution d’absorption de calcium par l’intestin autorise une plus grande absorption d’oxalate. D’où plus d’oxalates dans les urines, qui se lient facilement au calcium présent, avec comme conséquence la synthèse facilitée de lithiase oxalocalciques
  • Une alimentation riche en protéines animales (mécanisme d’hyper résorption osseuse libérant les tampons osseux calciques pour contrôler l’acidose provoquée par le régime ; sulfate, en provenance du catabolisme de la méthionine, complexant le calcium)
  • Un apport sodé excessif (inhibition de la réabsorption tubulaire du calcium)
  • Un apport excessif en glucides (hyperinsulinisme qui inhibe la réabsorption du calcium)
  • Un apport excessif d’aliments riches en purines (l’excès d’acide urique résultant dans les urines favorise la lithogénèse calcique) ou oxalates
  • Un apport excessif d’eaux alcalines dont les boissons gazeuses et/ou d’eaux contenant beaucoup de calcium

Parmi les dispositions alimentaires à adopter en cas de lithiases calciques, en dehors de la crise de colique néphrétique (*), on peut citer :

  • Boissons abondantes neutres  L’eau du robinet, les eaux minérales plates non alcalines et peu chargées en calcium conviennent plus particulièrement. Pour une personne présentant un attrait important pour les produits laitiers, il faut recommander des eaux très pauvre en calcium : par exemple, Charrier (2,5mg/l), Volvic,10mg/l. Pour les personnes ayant une consommation modérée en lait, on peut proposer, par exemple, l’eau ville ou d’Evian (80mg/l), Vittel (200mg/l). Pour celles enfin qui consomment très peu de lait, on peut citer entre autre l’eau de Contrexeville (450 mg par litre), Hépar (600mg/l). A éviter entre autre la bière qui augmente l’uraturie, et le thé qui augmente l’oxalurie.
  • Eviter les régimes de restriction en calcium
  • Diminution du sel
  • Diminution des protéines animales en cas d’abus manifeste.
  • Diminution des glucides, surtout chez un obèse
  • Elimination des aliments riches en oxalate: oseille, épinards, rhubarbe, betteraves, asperges, cacao, chocolat, thé
  • Eviter le jus d’orange qui augmente l’élimination d’oxalates au profit du jus de citron, qui semble diminuer l’hypercalciurie.

(*) : Lors d’épisodes douloureux, un ou plusieurs calculs son enclavés dans l’uretère, qui est le canal qui conduit normalement l’urine d’un rein vers la vessie. Si l’on boit beaucoup à ce moment là, l’urine formée par le rein en amont de l’obstruction va créer une surpression entre le rein et l’obstacle, ce qui risque fortement d’endommager le rein, soumis à cette forte pression. Voila pourquoi, lors d’épisodes douloureux, il faut, paradoxalement, boire très peu !

LITHIASE URIQUE

5% à 10% des lithiases rénales sont constituées par des calculs d’acide urique. Elles sont liées à deux facteurs favorisant : l’urine acide et l’excès d’acide urique dans le sang

Parmi les facteurs alimentaires favorisants la survenue de lithiases uriques, on peut citer notamment:

  • La déshydratation. D’une part de par l’hyper concentration urinaire qui en résulte. D’autre part, parce que la déshydratation favorise l’acidification des urines
  • La consommation exagérée d’aliments contenant des purines (cfr infra)

La lithiase urique est une lithiase médicalement curable. L’efficacité du traitement repose entre autre sur les éléments suivants :

  • régime pauvre en purines contenues principalement dans: abats (ris de veau, foie, rognons, cervelle) certains poissons (saumon, anchois, sardines), chevreuil, bière
  • alcalinisation des urines : l’alcalinisation peut être apporté par exemple par l’eau de Vichy Saint -Yorre ou Célestin (4 gr de bicarbonates/l). Mais l’apport sodé conséquent de cette eau provoque la formation de cristaux d’urate de sodium, qui peuvent faciliter la formation de calculs d’oxalate de calcium. Certains auteurs recommandent d’autres eaux moins alcalinisantes mais moins chargées en sodium comme la Salvetat.

LITHIASE CYSTINIQUE

La lithiase cystinique, cause rare de lithiase (1% de l’ensemble des lithiases) est due à une maladie rénale hériditaire, liée donc à une anomalie génétique. Dans près de la moitié des cas, les calculs sont mixtes, avec souvent de l’hydroxy-apatite. Voici quelques conseils alimentaires aux personnes porteuses de cette anomalie :

  • Diminution de la concentration de cystine par :
    • un régime de restriction modérée en protéines animales riches en méthionine : néanmoins, la méthionine, précurseur de la cystine, est un acide aminé semi-essentiel, et sa restriction peut entraîne une malnutrition.
    • Maintien d’une bonne diurèse par des boissons suffisamment abondantes
  • Augmentation de la solubilité de la cystine par
    • alcalinisation des urines: eaux alcalines malheureusement insuffisantes pour maintenir un pH élevé, entre 7,5 et 8 (nécessité d’utiliser des traitements médicaux appropriés)

En conclusion Il existe un lien évident entre l’alimentation et la présence de lithiases rénales. Une bonne alimentation peut contribuer à éviter la survenue de ces calculs, dont on sait qu’ils peuvent être responsables de douleurs très vives. Cela vaut donc la peine de s’y intéresser quelques instants.


Auteur : Dr Philippe Vassart

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

 

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