La gazette

Geoffrey, interne aux urgences : « Les premiers jours de la crise COVID-19 ont été difficiles »

27 mars 2020 – Geoffrey Carat est à l’hôpital de Nice dans le service de médecine générale d’urgence. En ces temps de crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19, il réalise de nombreuses gardes aux urgences générales. À travers une interview face caméra, il nous raconte comment s’est organisée son équipe pour faire face à cette crise, comment il perçoit le COVID-19 mais aussi comment il se sent.

 

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MédecinDirect, téléconsultation médicale - Interview Geoffrey Carat COVID

 

Comment vas-tu ?

Eh ben je vais bien, les journées sont un peu longues, sont assez semblables les unes des autres dans ce contexte de crise sanitaire due au Coronavirus, mais sinon ça va plutôt bien.

 

Quel message voudrais-tu adresser aux personnes qui te lisent ?

Un merci pour tous les soutiens, au nom de tous les soignants. Rien que vos applaudissements le soir, c’est émouvant et important. Aussi, restez bien confiné : c’est malgré tout le nerf de la guerre, et c’est ce qui va nous aider à combattre ce virus !

 

Comment fais-tu pour dormir, en pleine crise COVID-19 ?

Souvent, lors des gardes, on arrive à tourner entre entre internes ou bien entre seniors pour “pouvoir couper” comme on dit. C’est vrai qu’on travaille beaucoup, les journées sont longues mais c’est important de dormir. Il faut garder une hygiène de vie et bien dormir.

 

Décris l’ambiance en ce moment au sein de l’équipe médicale de l’hôpital ?

En ce moment, l’ambiance est plutôt bonne. Les équipes ont su s’organiser à l’hôpital est au CHU de Nice en règle générale. Les premiers jours ont été difficile au début de la crise parce qu’il fallait que tout le monde soit dans les starting block, que tout le monde adopte la même organisation… Maintenant, c’est assez ancré.

 

Comment vous vous organisez ?

Les patients sont triés dès leur arrivée aux urgences par un médecin et / ou un infirmier d’accueil. selon le questionnaire standardisé auquel ils ont répondu et à l’examen clinique, ils sont dispatchés dans les zones COVID-19 ou dans la zone dédiée aux polypathologies classiques. Aux urgences, il y a plusieurs zones. Normalement, les urgences sont séparées en trois zones qui vont recevoir les patients polypathologiques (plusieurs pathologies) plus ou moins graves. Depuis la crise due au Coronavirus COVID-19, il ne reste plus qu’une seule zone des urgences organisée pour recevoir la polypathologie et le tout venant. Les deux autres zones au CHU de Nice Pasteur sont dédiées à l’accueil des patients suspectés de COVID-19.

 

🗣️ Pour les patients suspectés de COVID-19

S’ils sont emmenés en zone COVID-19, un médecin, avec l’équipe d’infirmières, d’aide-soignants et d’ASH (Assistant(e) de soin des hôpitaux) s’occupe de refaire un questionnement sur sur l’état clinique. Ensuite, le patient est testé pour le Coronavirus COVID-19 ou pour d’autres pathologies adjacentes qu’il faudrait aussi traiter. Le temps d’obtenir les résultats des tests COVID-19, les patients sont dans des unités « tampon » dans les étages de l’hôpital pour y rester en confinement dans une chambre individuelle.

Si les résultats sont :

  • Positifs : ils seront envoyés dans des zones infectiologiques pour être traités et surveillés
  • Négatifs : ils seront envoyés dans des zones polypathologiques pour soigner leur(s) pathologie(s) adjacentes

 

Comment l’équipe soignante se protège t-elle du COVID-19 ?

Ça évolue beaucoup selon les jours, selon les dernières recommandations de l’ARS, de la HAS de l’OMS bien sûr. En ce moment :

  • dans un service classique (type zone polypathologique), on se protège par le port de masques chirurgicaux tout le long de la journée
  • s’il y a des tests à faire en zone COVID-19, on porte des masques FFP2 dits de type “canard” pour pour aller en chambre avec un équipement casaque, charlotte, sur-chaussures, gants et lunettes de protection.

 

Qu’as-tu observé en terme de symptômes ?

Initialement, un patient peut-être asymptomatique. Dans 90 %, le COVID-19 est sous forme bénigne, il peut même passer inaperçu. Mais il peut aussi y avoir des formes graves avec des symptômes de détresse respiratoire initiaux ou qui vont découler au fur et à mesure du développement de la maladie et de la virose. Les symptômes évoluent tout au long de la maladie, mais ils sont assez répétitifs et sont pratiquement les mêmes pour les patients :

  • un symptôme pseudo grippal
  • de la fièvre
  • une toux plutôt sèche
  • une altération de l’état général
  • un essoufflement respiratoire (une dyspnée)
  • éventuellement des détresses respiratoires qui peuvent s’ajouter à cela.

Chez les patients testés positifs au COVID-19, les symptômes peuvent stagner et se résorber classiquement en une dizaine de jours. Dans d’autres cas, aux alentours du 7e jour, ça peut s’aggraver et donner d’autres syndromes respiratoire plus aigüs.

 

C’est vrai que des gens perdent l’odorat et le goût ?

C’est vrai qu’en France il y a des patients qui perdent l’odorat et le goût. Malgré tout, ça reste un syndrome viral et pseudo grippal, donc est-ce que l’effet de l’inflammation des cils respiratoires et de la muqueuse nasale peut entrainer une anosmie et une perte du goût ? Sans doute.

 


Propos recueillis par Alexia Orny – Content Manager chez MédecinDirect

NDLR : Nous remercions Geoffrey pour le temps qu’il nous a accordé entre deux gardes mouvementées en cette période de pandémie.

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