La gazette

Entorse de la cheville ? Adoptez le réflexe « G-R-E-C »

L’entorse de la cheville est la lésion traumatique la plus fréquente. On dénombre environ 6000 cas d’entorses par jour en France. Si elle est sans gravité dans la plupart des cas, elle peut parfois s’accompagner d’un arrachement osseux, nécessitant une prise en charge spécifique. Il convient donc d’en faire le diagnostic et de la traiter le plus précocement possible. Cela évite les conséquences à long terme, notamment l’instabilité chronique qui entraînera des entorses à répétition.

 

L’entorse de la cheville, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit du fameux « Je me suis tordu la cheville ». Cette notion populaire correspond à une lésion du ligament latéral externe, composé de 3 faisceaux tendus entre le péroné et le pied : faisceau antérieur, faisceau moyen et faisceau postérieur. Ces faisceaux permettent le maintien du pied dans sa position fonctionnelle. Une entorse de la cheville peut aller de la simple distension ligamentaire à la rupture complète de ce ligament.

Lors d’une entorse, un ou plusieurs de ces faisceaux s’étendent de manière inappropriée et peuvent se rompre. Le morceau d’os sur lequel ils étaient attachés peut être arraché, dans des cas extrêmes.

NB : les lésions des autres ligaments de la cheville (ligament latéral interne notamment) entraînent inévitablement une fracture de la cheville.

 

La bonne réaction : « G-R-E-C »

Afin de limiter les complications secondaires et réduire le temps de cicatrisation, il convient d’appliquer le plus rapidement possible un protocole nommé G-R-E-C :

  1. Glaçage (par des glaçons ou tout autre moyen de refroidissement à appliquer au niveau de la lésion)
  2. Repos (arrêt de l’activité physique, décharge de l’articulation par des cannes béquilles mais appui autorisé en fonction de la douleur)
  3. Elévation de l’articulation (permet de diminuer l’œdème)
  4. Contention par bandage élastique (strapping) ou attelle avec des compartiments latéraux gonflables.

 

Dois-je me rendre aux urgences pour réaliser une radiographie ?

Lorsque vous êtes victime d’une entorse, une consultation auprès d’un médecin est nécessaire. Elle permet d’envisager une prise en charge diagnostique, thérapeutique et rééducative optimale.

S’il vous est impossible de prendre appui sur votre pied ou de faire 4 pas consécutifs, un bilan radiologique s’impose. Il est donc préférable de vous rendre rapidement dans un service d’urgences.

Dans tous les autres cas, une consultation avec votre médecin est suffisante. C’est lui qui, à l’issue d’un examen clinique, jugera de la nécessité de réaliser une radiographie en fonction de critères spécifiques appelés « critères d’Ottawa » :

  • douleur à la palpation d’une malléole
  • incapacité de faire 4 pas (immédiatement après le traumatisme ou lors de l’examen)
  • douleur à la base du 5e métatarsien
  • douleur au niveau du scaphoïde du tarse (os du pied).

La radiographie permettra de mettre en évidence une éventuelle lésion osseuse associée (entorse grave). Dans le cas d’une entorse simple, la radiographie sera normale.

 

Quelles sont les possibilités thérapeutiques ?

Les possibilités thérapeutiques sont dépendantes du niveau de gravité de l’entorse :

  • en cas d’entorse bénigne, le protocole G-R-E-C doit être poursuivi pendant 3 à 7 jours selon l’intensité et l’évolution de la douleur. Un traitement antalgique de palier 1 ou 2 sera proposé. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens n’ont pas démontré d’efficacité supérieure. Cependant, ils peuvent être utilisés comme appoint ou en cas d’allergie aux autres antalgiques. Les pommades anti-inflammatoires permettent une diminution de l’œdème et de la douleur. 15 à 21 jours de contention par strapping seront nécessaires.
  • en cas d’entorse grave, un avis orthopédique sera nécessaire. Une opération chirurgicale peut parfois être nécessaire. En l’absence d’indication chirurgicale, le traitement est le même que pour une entorse bénigne. Cependant, une immobilisation plâtrée sera proposée pendant 6 semaines. Dans ce cas, des injections de traitement anti-coagulant seront prescrites afin d’éviter les complications de type phlébite.

 

Une rééducation par un kinésithérapeute est-elle nécessaire ?

Les différentes études ont démontré les bénéfices de la rééducation secondaire dans la prise en charge de l’entorse de la cheville. Les éléments suivants seront pris en compte lors d’un bilan initial :

  • la douleur
  • l’œdème
  • la mobilité
  • la force
  • la stabilité fonctionnelle
  • l’impact sur les activités de la vie quotidienne

Les techniques de rééducation seront axées sur l’amélioration de ces différents aspects. La rééducation « proprioceptive » améliore la stabilité et lutte contre l’une des conséquences principales de l’entorse de cheville : l’instabilité chronique de cheville (entorses à répétition).

 

Quand pourrai-je reprendre le sport ?

Il est préférable de demander avis à votre médecin ou votre kinésithérapeute avant d’envisager une reprise de l’activité physique. Contrairement à une idée reçue, des délais de cicatrisation sont à respecter. Cela vaut même dans le cadre d’une entorse bénigne (entre 2 et 3 semaines). Dans le cas d’une entorse grave, la reprise d’une activité sportive sollicitant l’articulation ne peut être envisagée que 2 à 3 mois après le traumatisme initial. On conseille alors d’opter pour une protection de la cheville par contention légère.

 

Pour aller plus loin :

Site de l’Assurance Maladie : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/entorse-cheville

 


Auteur : Dr Mathieu Flandin, médecin généraliste – Juin 2019

Entorse de la cheville ? Adoptez le réflexe « G-R-E-C »