La gazette

Les nouvelles drogues

Les nouvelles droguesMEDICAMENT

Les raves : pour que le rêve ne tourne pas au cauchemar. Information pour alerter les proches d’une possible prise de toxiques ou drogues : depuis que l’être humain existe, il a toujours cherché à exploiter les effets de certaines substances dites « psychoactives »: c’était d’abord pour oublier la peur, la douleur, la fatigue, pour les primitifs; puis, au fur et à mesure que l’on a su partager les connaissances (et méconnaissances), le désir de se déconnecter de la réalité ou d’augmenter ses sensations, et l’ignorance du danger des produits utilisés, a poussé de plus en plus de personnes à tester diverses molécules lors de soirées ou en solitaire. Une grande particularité de  ces substances, est de provoquer une addiction (dépendance physique et/ou psychique) qui est très difficile à traiter; s’y ajoute des effets physiques qui peuvent mettre d’un coup la vie en danger, et c’est particulièrement le cas, depuis quelques années, de certains produits détournés de leur emploi normal, utilisés uniquement pour s »éclater » par des personnes qui ont un comportement social banal par ailleurs.

Elles n’ont pas le sentiment de se droguer, et ne connaissent pas grand-chose souvent à ce qu’on leur vend sur place. C’est le nouveau danger de ces drogues, plus axées sur la recherche de sensations en groupe, et comme ce sont par ailleurs des médicaments puissants, le risque vital est grand. Dans cet article, seront volontairement laissées de côté les drogues « classiques », même si elles sont souvent associées, pour informer sur certains de ces nouveaux dangers qui remplissent les services d’urgence depuis quelques années.

La ketamine

La ketamine ® est un anesthésique; entre une dose contrôlée, employée par un anesthésiste muni  de quoi pallier à un problème respiratoire, et un usage détourné pour s’offrir des sensations anormales avec un risque mortel, la frontière est bien mince. Méfiance donc si vous entendez parler de Ket, Spécial K, Kit Kat, Keller, Vitamine K, Super acide et Super C lors de soirées, ou lorque vous entendez votre ado en parler.. Certains qui ont l’habitude de se droguer vont l’utiliser en injectable, mais en usage  » festif » elle sera surtout sniffée ou bue. Ses principaux effets sont hallucinogène, avec dissociations de personnalité, sensations atypiques (nombreuses descriptions de « near death experiences » d’habitude décrites par ceux qui se retrouvent en état de mort clinique avant d’être réanimés); cela prouve la dangerosité de ce produit utilisé hors de la pratique médicale. Elle induit aussi, en toute logique, des troubles neuro-musculaires et des dépressions respiratoires, sensations plutôt inconfortables mais l’effet anxiolytique et désinhibiteur fait que les jeunes oublient ces effets délétères et en redemandent.

Le surdosage peut causer une défaillance cardio-respiratoire avec risque de mort subite, convulsions. Les effets sont à leur maximum pendant 4 à 6 heures puis diminuent brusquement; cette « redescente sur terre » difficile risque de pousser à consommer d’autres produits psychoactifs (amphétamines, cannabis, alcool, ecstasy) en compensation. Ce que l’on appelle le flash-back (souvenir des sensations agréables uniquement, inscrit dans les circuits neuronaux et désir pulsionnel à ressentir le même plaisir) peut durer jusqu’à 12 mois ! Avec une amnésie des événements difficiles de la soirée. L’usage répété va entrainer rapidement dépendance psychique et accoutumance, donc une tendance à augmenter les doses, donc une aggravation du risque vital.

L’ectasy

L’ectasy ® est un vieux produit, une amphétamine, qui avait été abandonné pendant une longue période. Malheureusement il est redevenu à la mode depuis plusieurs années; il est couramment consommé dans un cadre festif, avec des consommateurs souvent assez bien insérés par ailleurs. Sa consommation concerne un nombre important de jeunes qui ont plus un profil de consommateurs de cannabis, mais pas de drogué tel qu’on se l’imagine. Outre l’ecstasy, ils consomment ou ont consommé de multiples autres produits, à la recherche de substances qui font déconnecter de la réalité, trop plate à leurs yeux. Pour ces consommateurs, l’ecstasy est associé à la fête et non pas au monde des drogues dites « dures ». Ils n’ont pas conscience qu’ils consomment une drogue dangereuse, que leur recherche des sensations fortes à tout prix démontre un tempérament addictif, c’est-à-dire qu’ils auront du mal à arrêter, et mettront leur vie en danger.

Les effets :

  • crampes musculaires, risque de rhabdomyolyse (destruction des cellules musculaires), déshydratation rapide, tachycardie et hypertension artérielle : l’ensemble de ces effets explique le nombre de morts par consommation d’ectasy ® + déshydratation aggravée par la danse non-stop (c’est un dopant) que l’on recense chaque année. Quand les victimes se retrouvent en réanimation, la tâche des médecins va se trouver compliquée par le fait que l’amphétamine n’est pas pure dans les comprimés, et que l’on ne sait pas ce que les trafiquants ont rajouté.
  • effets comportementaux : crises de paniques, agressions contre soi-même ou les autres, troubles de la coordination et de la vigilance
  • effets psychiques : l’excitation et la « forme » du début laissent place à un grand vide intérieur qui peut durer plusieurs jours, avec tristesse, difficultés relationnelles. Cela arrive quelle que soit la dose et la fréquence, donc dès la première prise.Il y a un risque majeur pour les personnalités fragiles qui ne supportent pas les aléas du quotidien, de se précipiter sur une nouvelle prise, pour retrouver l’euphorie initiale. La dépendance est très vite là….

Comment faire?

Les soirées rave, très surveillées, ne sont pas seules responsables. Ces produits circulent de plus en plus dans des soirées privées, axées sur la recherche de « sensations plaisir », pour partager l’amour et un sentiment de force, avec musique et danse, mais surtout diverses drogues. Au lieu de partager l’amour, ils partagent des drogues qui ne disent pas leur nom, et certaines se font violer sans s’en souvenir (à rechercher maintenant en cas de viol aux souvenirs flous). Les promoteurs de ces soirées sont d’excellents commerciaux, et vont attirer des recrues non méfiantes par une présentation très attractive. A l’heure actuelle des alarmes sont tirées au sujet des drogues analogues et de nouvelles drogues de synthèse. Les drogues analogues sont issues du « génie chimique » des producteurs clandestins, avec la possibilité de synthétiser ces drogues chez soi, et malheureusement en partie grâce à internet. Par exemple, le MDMA, amphétamine listé comme stupéfiant, va être modifié par des apprentis sorciers qui peuvent sortir une molécule dérivée encore plus dangereuse, ou l’associer à d’autres et faire un cocktail mortel en toute inconscience (ou pas…). Dans des soirées « rave » des saisies de produits ont mis en évidence des mélanges entre le MDMA et des produits chimiques analogues (MDE, MBDB…) ou des mélanges avec d’autres composants (kétamine, atropine, amphétamines…). De nouvelles drogues de synthèse ont fait leur apparition dans les « smart shops » de Londres et Amsterdam. Des produits y sont présentés sous des dénominations trompeuses, pour la police mais surtout pour les consommateurs :« écodrugs », « smart-pills », « energy drinks », « boissons stimulantes», dont certains sont préparés à base de plantes potentiellement toxiques. Les saisies douanières montrent une large augmentation du trafic lié à ses substances nouvelles, souvent associées à l’ectasy ®, vendues éventuellement comme tel. Les effets de ces nouvelles « smart drugs » sont similaires voire plus dangereux que ceux de l’ecstasy ou des amphétamines « classiques ».

La seule protection : ne pas se laisser tenter par des noms accrocheurs, refuser toute proposition de pilule avec un ‘ tu vas voir, c’est super! », et informer régulièrement les jeunes sur les dangers physiques de ces produits, en évitant les discours moralisateurs, qu’ils pourraient être tentés de transgresser… Réapprenons nous-même à apprécier les loisirs festifs sans aides artificielles, même si l’on a des problèmes, l’exemple positif laisse toujours une petite trace…


Auteur : Dr Cazivassilio Denise

Conflits d’intérêts : l’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données publiées dans les références citées. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

 

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