La gazette

Glaucomes et médicaments

photo(7)Glaucomes et médicaments

Cet article est destiné à vous aider à mieux répondre à vos médecins traitants lorsqu’ils vous posent la question « Avez-vous un glaucome ? ». En effet tous les médicaments à effets atropiniques sont contre-indiqués dans certaines formes de glaucome, et, en l’absence de réponse claire, le médecin concerné préférera, à regret, l’abstention. Ces médicaments, très nombreux, sont appelés ainsi parce qu’ils peuvent entraîner, comme l’atropine, une mydriase (dilatation de la pupille).

Notions préliminaires

La consistance du globe oculaire est due à la présence de liquides : l’humeur vitrée (ou corps vitré) en arrière du cristallin, l’humeur aqueuse en avant. Chacun de nous peut, en plaçant deux doigts sur la paupière supérieure, apprécier  cette consistance : c’est elle qui correspond à la pression intra-oculaire, appelée improprement « tension oculaire ». Le corps vitré est fait une fois pour toutes ; par contre l’humeur aqueuse est constamment produite par les procès ciliaires, situés en couronne tout autour et un peu en arrière du cristallin (leur ensemble constitue le corps ciliaire) : elle doit donc impérativement être constamment résorbée ; elle se glisse d’abord entre le cristallin et l’iris, entre dans la chambre antérieure par la pupille, puis quitte cet espace au niveau du fond de l’angle que fait l’iris avec la cornée.

Tout obstacle à la circulation et/ou à la résorption de l’humeur aqueuse entraîne une élévation de la pression intra-oculaire avec souvent de très graves conséquences : c’est le cas lorsque l’iris vient combler le fond de l’angle irido-cornéen, lors d’une mydriase, et ce d’autant plus facilement que cet angle est étroit. D’où les précautions que prend le médecin dans la prescription des médicaments ayant des effets atropiniques.

ophtalmologie lunettes vueLes différents types de glaucome

Le plus répandu est le glaucome chronique dit aussi « à angle ouvert » : l’obstacle à la résorption se trouve APRES le fond de l’angle, la dilatation pupillaire n’entraîne pas d’augmentation de la pression, il n’y a donc aucune raison de s’interdire un atropinique. Ce type de glaucome est, dans la grande majorité des cas, traité par collyres, et à vie.

Vient ensuite le glaucome à angle étroit , ou par « fermeture de l’angle » générateur de glaucome aigu, bien connu, mais beaucoup plus rare que le glaucome chronique. Que ce soit à titre préventif (c’est l’idéal !) ou à titre curatif, son traitement est  toujours chirurgical (laser), et définitif. Ces deux types de glaucome se voient surtout après l’âge de 40 ans.

Enfin, il existe d’autres types de glaucomes  plus rares, qui en principe n’interfèrent pas avec le problème posé.

Comment faire en pratique ?

Vous avez demandé à votre ophtalmologiste (ou il vous a dit) de quel type de glaucome vous êtes atteint et vous avez mémorisé l’information, ou vous l’avez conservée sur un support écrit. Votre médecin traitant aura donc la réponse. Vous avez un doute, plusieurs cas sont donc possibles :

Premier cas :

  • vous avez un glaucome.
  • vous prenez pour cela un traitement collyre au long cours.
  • l’ophtalmologiste qui vous suit vous demande régulièrement de faire réaliser un champ visuel.

A ce stade, on peut être certain qu’il s’agit d’un glaucome chronique et le médecin pourra prescrire un atropinique sans hésiter. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est la réalité.

Deuxième cas :

Vous avez été opéré d’un glaucome par laser, préventivement ou à la suite d’une crise, et le traitement collyre a été de courte durée. Les deux yeux ont été opérés.

Sauf exception, il s’agit d’un glaucome à angle étroit, définitivement guéri. On est aussi tranquille que pour un glaucome  chronique ou un œil normal, et votre médecin peut prescrire un atropinique, sans aucun risque aussi.

Troisième cas :

Vous allez être opéré d’un glaucome, on vous a prévenu que le traitement collyre serait  de courte durée après l’intervention, et que vous serez ensuite considéré comme définitivement guéri.

Là, on peut être pratiquement certain qu’il s’agit d’un glaucome à angle étroit non traité, le risque d’effets secondaires est majeur tant que les deux yeux ne sont pas opérés, l’atropinique est formellement contre-indiqué.

Quatrième cas :

Vous n’avez pas consulté d’ophtalmologiste récemment. Vous pouvez risquer de faire un glaucome sans connaître ce risque, car les symptômes sont le plus souvent inexistants au début de cette affection, et il est impossible d’écarter la possibilité d’effets secondaires graves, surtout si vous avez plus de 40 ans, que vous êtes une femme, et que vous êtes hypermétrope (le haut des verres correcteurs donne un effet grossissant sur votre visage lorsqu’on vous regarde ou lorsque vous vous observez dans un miroir). L’hypermétrope a souvent en effet un angle irido-cornéen étroit.

En conclusion :

Ainsi, tout patient atteint de glaucome devrait  savoir de manière précise, ou pouvoir indiquer à qui lui demande, de quel type de glaucome il est atteint (indication sur une carte, ou sur le carnet de santé). En attendant que vous mémorisiez ou notiez cette information, j’espère que ces quelques exemples vous aideront à mieux comprendre ce problème et à mieux informer vos médecins traitants de votre dossier ophtalmologique.

Compte tenu de la grande fréquence de prescription des médicaments à effets atropiniques, et pas seulement pour des raisons de gêne visuelle (c’est l’âge moyen du début de la presbytie …), toute personne dépassant l’âge de 40 ans devrait faire pratiquer tous les 2 ou 3 ans au moins un examen ophtalmologique approfondi, comportant en particulier l’examen  du degré d’ouverture de l’angle irido- cornéen.

 


Auteur : Dr Robert
Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

 

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