La gazette

Allaitement maternel, l’essentiel

Allaitement maternel, l’essentielmedecindirect-femme-enceinte

Je suis enceinte, et je souhaiterais allaiter mon bébé, mais on entend tellement de choses différentes… J’ai peur d’avoir mal ou de ne pas avoir assez de lait. Comment doit-on s’y prendre pour que cela se passe bien ?

Comme vous, de plus en plus de femmes font le choix de l’allaitement pour leur bébé. Le lait maternel est en effet l’aliment le plus adapté pour le nourrisson et subvient à tous ses besoins jusqu’à 6 mois, puis en parallèle avec la diversification alimentaire. C’est aussi l’un des premiers facteurs de protection de la santé de l’enfant.

Pour faciliter la mise en place de l’allaitement, et limiter les éventuels désagréments (crevasses, engorgements par exemple), il est conseillé d’allaiter à la demande, de veiller à une bonne position du bébé au sein et à ce qu’il prenne bien le sein, de connaître les repères qui montrent que l’allaitement se passe bien, et se faire confiance.

Une de mes amies a allaité. Elle m’a dit que cela a bien marché pour elle parce qu’elle buvait beaucoup d’eau. Si je fais comme elle, aurai-je beaucoup de lait ?

Chaque situation est particulière, et il n’y a pas de recette toute faite. Chaque femme a une fonction lactation qui lui est propre, et chaque bébé a des besoins qui lui sont propres, mais aussi une façon bien à lui de les montrer. Il est donc difficile de faire d’un cas une généralité. On peut toutefois retenir la notion de loi de l’offre et de la demande : plus le bébé tète, et cela de façon efficace, plus sa mère aura de lait. A l’inverse, si les tétées sont espacées arbitrairement, ou si le bébé n’a pas une succion efficace, la stimulation sera moins importante, et la mère risquera d’avoir moins de lait (ou en tout cas, pas assez pour les besoins réels de son bébé).

Contrairement à une idée reçue, cela n’est pas en buvant plus d’eau qu’une mère peut augmenter sa lactation, mais en proposant le sein plus souvent au bébé, et en veillant à améliorer sa succion. D’accord, il suffit de donner le sein à la demande.

Mais comment savoir quand il demande ? Doit-on attendre qu’il pleure ?

Beaucoup de mères (et leur entourage !) pensent en effet qu’il faut attendre les pleurs pour proposer le sein. Or, la plupart des bébés montrent par d’autres signes qu’ils sont prêts à téter, bien avant les pleurs. Chaque mère apprend au fil du temps à repérer les petits signaux de son bébé : des mouvements de lèvres, de la langue, il cherche à téter ses poings, ou votre doigt qui caresse sa joue, …

Pour un certain nombre de bébés, en particulier lors des premières semaines d’apprentissage, le fait d’attendre les pleurs ne facilite pas une bonne prise du sein : un bébé qui pleure est plus crispé, et risque de prendre le sein de façon moins efficace voire plus douloureuse pour la maman. C’est pourquoi les premiers temps, on parle d’allaitement à l’éveil : quand bébé se réveille, on lui propose le sein, qu’il prendra ou non, en fonction de ses besoins. Une fois que la lactation est bien établie, on passe progressivement de l’allaitement à l’éveil à un allaitement à la demande (chaque mère ayant repéré au fil des semaines les signes de « demande » de son bébé), puis… « à l’amiable », les tétées pouvant parfois être différées chez un nourrisson de plusieurs mois.

Combien de fois par jour faut-il donner le sein ?

Souvent, au démarrage de l’allaitement, on tourne autour de 8 à 12 tétées par jour, et ce rythme diminue au fil du temps. Mais il ne s’agit là que d’une moyenne. Le rythme des tétées va être différent d’une femme à l’autre, d’un bébé à l’autre. Il est en tout cas le plus souvent irrégulier, avec des tétées plus ou moins espacées en fonction des jours et même du moment de la journée…y compris la nuit les premiers temps. Il faut aussi savoir que beaucoup de mères observent des périodes où leur bébé a des besoins beaucoup plus intenses, et augmente le nombre de tétées de façon significative, à tel point que certaines femmes pensent parfois ne plus avoir de lait. Il s’agit en général de périodes d’adaptation (que certains appellent « poussée de croissance ») : il suffit de continuer de proposer le sein en suivant cette nouvelle demande (certes plus intense, mais c’est transitoire), pour retrouver un rythme plus paisible en 2-3 jours, le temps parfois nécessaire pour que la lactation de la mère s’adapte aux besoins de son bébé.

Il est également important de savoir qu’il n’y a pas d’intervalle minimum à respecter entre deux tétées. Plutôt que de consulter la montre, il est plus utile d’observer ce que le bébé montre. Les seins n’étant pas gradués (heureusement !), il est parfois difficile de savoir si le bébé a eu « son compte » à la tétée précédente. S’il semble être en demande peu de temps après la tétée, il n’y a pas de risque à le remettre au sein. Contrairement à un nourrisson au biberon, le nourrisson allaité va réguler sa façon de téter en fonction de ses besoins : s’il a besoin de reprendre du lait, il va téter activement ; s’il a besoin de réconfort, il va « tétouiller » différemment. Les mamans apprennent vite à faire la différence. Un tout petit ne va pas au sein que pour combler une demande alimentaire, il y va aussi pour retrouver ses repères, et combler un besoin de succion ou de réassurance (sans que cela lui donne de « mauvaises habitudes » !).

Et au bout de combien de temps faut-il arrêter la tétée ?

La durée des tétées est elle aussi déterminée par l’enfant plus que par la montre, et peut varier d’un moment de la journée à l’autre… Il est en tout cas important de ne pas interrompre arbitrairement la tétée, afin de s’assurer que le bébé prenne ce dont il a besoin, la composition du lait variant sensiblement en cours de tétée. Il suffit de lui faire confiance. On attend en général que le bébé lâche le sein de lui-même. On lui propose alors le deuxième sein, et « il en dispose ». Si le bébé ne lâche pas le sein, on peut lui proposer le deuxième quand on n’entend plus de bruits de déglutitions réguliers sur le premier sein.

Certains bébés prennent les deux seins à chaque tétée ou à certaines tétées. D’autres n’en prennent qu’un par tétée, mais au fil du temps, il peut arriver qu’ils aient besoin du deuxième sein à certaines tétées, voire toutes les tétées.

Mais s’il reste parfois longtemps au sein, il ne risque pas de me faire des crevasses ?

Ce n’est pas la durée de la tétée qui peut être à l’origine de douleurs, mais une position ou une succion inadaptée. En effet, afin de favoriser une bonne stimulation de la lactation de la mère, une bonne prise de poids du bébé, mais aussi d’éviter douleurs, crevasses et engorgements, il est important que la mère et l’enfant aient une position adaptée, qui va faciliter une prise du sein optimale pour le bébé. La mère s’installe confortablement, le dos bien soutenu, et peut s’aider d’accoudoirs ou coussins pour poser les bras, d’un coussin pour aider à soutenir le bébé, éventuellement d’un marchepied pour éviter de creuser le dos si l’assise est haute.

Le bébé aussi doit être bien installé, afin de pouvoir téter efficacement : il est bien callé contre maman, son ventre tout contre le corps de sa mère (il n’est pas tourné vers le plafond comme s’il prenait le biberon), il n’est pas « tordu » mais bien face au sein, et sa tête est légèrement défléchie (son menton n’est pas rentré dans le cou), ce qui va lui permettre une grande ouverture de bouche. Il est positionné de telle sorte que le mamelon de la maman pointe vers son palais (et non vers le fond de la bouche, ce qui peut signifier que sa tête est trop fléchie).

Une fois la maman et le bébé confortablement installés, on peut inviter le bébé à prendre le sein en lui caressant le nez ou la lèvre du haut avec le mamelon (sur lequel peut éventuellement perler une goutte de lait). Un bébé qui prend correctement le sein ouvre grand la bouche (comme un bâillement), a sa langue abaissée par-dessus la gencive inférieure, prend la plus grande partie possible de l’aréole dans sa bouche (de façon asymétrique : il prend plus d’aréole en bas qu’en haut), a les lèvres bien ourlées (et non pincées), et son menton est tout contre le sein (si ce n’est pas le cas, c’est qu’il a la tête trop fléchie). Il existe différentes positions (madone, madone inversée, en « ballon de rugby », allongée,…),

chaque duo mère-enfant ayant ses préférées. La meilleure préparation à l’allaitement, c’est de voir des bébés au sein, en rencontrant des femmes de l’entourage qui allaitent, et en consultant des documents apportant des repères, comme par exemple le guide de l’allaitement maternel, sur le site Internet de l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé).

Au-delà des premiers jours, il n’est pas normal que les mises au sein soient douloureuses. Il est alors important que la mère rencontre un professionnel ou une personne ressource en allaitement afin d’améliorer la position et la prise du sein. Comment être sûre que mon bébé ne manque pas de lait ? Un bébé qui reçoit suffisamment de lait est un bébé en bonne santé, qui prend du poids régulièrement, qui a un bon tonus, et qui remplit bien ses couches ! Il mouille au moins 6 couches « bien lourdes » par jour, a des selles liquides ou molles, jaune d’or (parfois vertes) et souvent grumeleuses, au moins une fois par jour le premier mois.

Passé le premier mois, si certains bébés continuent à avoir une selle à chaque tétée, d’autres peuvent avoir des selles qui s’espacent tous les 2-3 jours, voir plus, ce qui ne pose pas de problème s’il prend bien du poids et ne semble pas gêné (s’il a l’air douloureux, si son ventre est gonflé, ou au-delà de 6 jours sans selles, il est conseillé de consulter votre médecin). Il est conseillé de contrôler le poids quelques jours après la sortie de maternité, afin de s’assurer du bon démarrage de l’allaitement, sans attendre la visite du 1er mois. Cela peut se faire auprès de votre médecin, d’une sage-femme, ou de la puéricultrice de Pmi du secteur.

Le premier mois, si un bébé passe son temps à dormir (avec très peu de périodes d’éveil calme), ou au contraire ne semble jamais serein, s’il ne mouille pas au moins 6 couches bien lourdes par jour, et n’a pas de selles tous les jours, il est important de faire le point avec votre médecin. Si la prise de poids est un peu juste, il sera nécessaire de relancer la lactation : en augmentant le nombre de tétées, en proposant le sein dès que bébé s’éveille (ou s’il dort longtemps dès qu’il commence à bouger dans son sommeil), en améliorant si besoin la position et la prise du sein, en proposant en systématique le 2ème sein voire en faisant plusieurs « allers-retours » sur les 2 seins (en changeant de sein quand on ne l’entend plus déglutir), et d’autres conseils personnalisés auprès d’une personne ressource en allaitement. Il faudra aussi contrôler régulièrement le poids de votre bébé.   Je retiens donc, Docteur, qu’il est conseillé d’allaiter à la demande (et même à l’éveil les premiers temps), de faire attention à la position et la bonne prise du sein par le bébé, de surveiller son comportement, ses urines, ses selles et son poids.

Y a-t-il autre chose d’important ?

Oui ! Il faut vous faire confiance, et faire confiance à votre bébé qui saura vous guider. Et si vous rencontrez une difficulté, il ne faut pas rester seule : il est nécessaire de consulter


Auteur : Dr Duclos Christelle

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge. 

 

Allaitement maternel, l’essentiel