La gazette

Comment détecter le (véritable) trouble bipolaire ? 🎭

20h30. Après avoir passé une demi-heure à écrémer tout le catalogue de Netflix, vous vous êtes enfin mis d’accord sur la série que vous allez binge-watcher ce soir. Reste à commander le repas. Ça ne devrait pas poser problème, toute la journée, vous n’avez fait que penser à cette reluisante pizza 4 fromages du “meilleur italien de la capitale” ! Sauf que là, en scrollant les clichés hyper-zoomés des différentes spécialités disponibles, l’envie soudaine d’un “bon burger des familles” fait irruption… “Non mais, laisse tomber, je suis trop bipolaire !” me direz-vous ? Pas vraiment : vous avez juste changé d’avis 🙂

C’est vrai que dernièrement, on utilise à tord et à travers l’adjectif « bipolaire ». Pourtant, il s’agit d’une véritable pathologie psychiatrique aux conséquences lourdes.

Petit tour explicatif et illustré de ce qu’est (vraiment) le trouble bipolaire. D’après le DSM-5 (sorte de bible pour la psychiatrie), le trouble bipolaire se révèle chez les sujets jeunes, après la puberté. Il toucherait entre 1 et 4 % de la population française.

 

Comment savoir si je suis bipolaire ?

La maladie se caractérise par des changements dits “pathologiques” de l’humeur et de l’énergie. Celle-ci peut être augmentée (on parle de “manie”) ou diminuée (on parle de “dépression”). Si ces épisodes durent entre quelques jours à plusieurs semaines, il convient d’en parler à un médecin. Dans un premier temps, pourquoi ne pas penser à la téléconsultation ? MédecinDirect est peut-être pris en charge à 100 % par votre entreprise ou complémentaire santé : testez votre éligibilité 🙂

 

🧠 Le développement de manies

Sur le plan maniaque, on peut assimiler la personne à une véritable pile électrique vivante. Lors de ces accès, on est hyperactif et sensible à la moindre vexation, sans s’en rendre compte pour autant. Toute l’énergie est concentrée sur un objet, quitte à diminuer son temps de sommeil. Certaines personnes se sentent reposées après avoir dormi seulement 3h…

Pour illustrer ça, on vous conseille de voir (ou revoir) le film multi-récompensé Happiness Therapy (2012) avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. Notamment, la scène dans laquelle Pat (Bradley Cooper), tout juste rentré chez ses parents, se met à lire d’une traite un roman d’Ernest Hemingway, avant de le balancer par la fenêtre parce que “what the fuck ?!” et d’exposer à ses parents son point de vue, à 4h du matin…

On associe très fréquemment à la bipolarité des comportements à risques : prise de drogues, conduites sexuelles inconséquentes, achats compulsifs etc…

 

💫 Les pensées qui fusent

Une autre caractéristique des accès maniaques est l’accélération du cours de la pensée. Cela s’illustre entre autres par une appétence pour passer d’un sujet à l’autre très rapidement, enchaîner les jeux de mots et contrepèteries avec l’impression que “les idées fusent”. Si certaines personnalités du PAF vous viennent en tête, c’est normal…

Enfin, tout cela est parfois accompagné d’hallucinations. Dans un autre registre, Blue Jasmin (2013) de Woody Allen, peint une Kate Blanchet soumises à des hallucinations visuelles récurrentes.

 

👎 La dépression

Est-il nécessaire d’avoir eu un épisode dépressif caractérisé pour parler de trouble bipolaire ? Eh bien non. Pour simplifier, on distingue deux types de troubles bipolaires :

  • Le premier peut être évoqué dès lors qu’un épisode maniaque a été diagnostiqué,
  • Le second est plus subtil et nécessite d’avoir au moins vécu successivement un épisode dépressif et un épisode hypomaniaque (équivalent à un véritable épisode maniaque mais avec des conséquences socio-professionnelles moindres).

⚠️ Attention, toutefois, à ne pas confondre le trouble bipolaire avec le trouble cyclothymique. Le trouble cyclothymique est une sorte de forme “light” du trouble bipolaire de type 2. Le nombre de symptômes, leur durée ou encore leur sévérité ne sont pas suffisants pour affirmer un “véritable” épisode dépressif ou hypomaniaque.

 

Le trouble bipolaire est-il grave ?

Malheureusement, on estime que près de 15 % des personnes étant atteintes d’un trouble bipolaire se suicident. Les impacts de cette maladie sont palpables aussi bien sur le plan professionnel que personnel (3 fois plus de divorces). De fait, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) considère le trouble bipolaire comme faisant partie des 10 maladies les plus invalidantes et coûteuse pour la société. En effet, la symptomatologie et les différentes formes de “troubles bipolaires” rendent le diagnostic difficile : on évalue ainsi à 10 ans le retard diagnostique (et donc la mise en place d’un traitement adapté).

 

Quelles sont les origines du trouble bipolaire ?

Des pistes existent… Mais ça reste du domaine de la recherche.

🧬 Il semblerait qu’il y ait une forte composante génétique : les personnes ayant une apparenté au 1er degré (parent, fratrie) atteinte de ce trouble ont 10 fois plus de chances de le développer. Des événements traumatisants survenus dans l’enfance ou encore des facteurs de stress répétés pourraient être mis en cause.

 

Existe-t-il des traitements ?

Une hospitalisation peut être nécessaire en cas d’accès maniaque trop intense. Pour juguler la crise, on dispose d’un large arsenal thérapeutique efficace : anxiolytiques et sédatifs (comme les benzodiazépines qui permettent de calmer l’agitation). Comme traitement de fond, une molécule s’impose : il s’agit du lithium 🔋 (oui, comme la batterie de votre smartphone). Grâce à un subtil maniement chimique que seul maîtrise le psychiatre, on peut espérer une rémission symptomatique de la maladie et limiter le nombre de récurrences.

 


Auteur : Benjamin BARKAT (Externe hospitalier à l’APHP), relu par le Dr. Juan Sebastián SUAREZ VALENCIA

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