La gazette

Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ? Comment soulager les symptômes ?

Aujourd’hui, vous allez croiser 5, 10, 100, 1 000 personnes. Avez-vous un seul instant imaginé que la moitié d’entre eux a présenté au moins un symptôme abdominal gênant dans la semaine passée ? Si vous partez en voyage, il en sera ainsi dans tous les pays du monde.

On estime à 11 %  en moyenne la fraction de la population mondiale présentant des troubles digestifs atypiques, nommés  « troubles fonctionnels intestinaux », ou « colopathie fonctionnelle ». Les divers troubles dont se plaignent les gens ressemblent-ils aux vôtres ?

 

Les symptômes de colopathie fonctionnelle

On peut lister :

  • Douleurs abdominales ou des crampes diffuses ou localisées
  • Ballonnement abdominal après les repas ou souvent en fin de journée avec l’impression d’être enceinte
  • Gargouillements
  • Emission de gaz
  • Transit perturbé : diarrhée ou constipation, parfois alternance des épisodes de constipation et de diarrhé
  • Présence mucus dans les selles

Les plus gênants sont les gaz. Le plus inquiétant, la douleur. 7 fois sur 10, c’est elle qui incite à consulter tant son caractère profond, récurrent semble cacher un ennemi potentiel.

 

Troubles fonctionnels : qu’est-ce que cela veut dire ?

Les troubles étiquetés fonctionnels ont une caractéristique commune. Ce sont toujours des douleurs chroniques dont la durée excède 3 mois, continues ou non. Elles durent souvent plusieurs années. Pas question d’évoquer des troubles fonctionnels devant une douleur aiguë récente. Si c’est aigu et récent, une maladie organique doit être recherchée avant tout. Ceux que l’on étiquette « fonctionnels » sont gênés dans leur vie quotidienne, parfois très gênés, mais ne sont pas considérés comme porteurs d’une « vraie » maladie. Ces troubles constituent pourtant la première cause de consultation en médecine générale, et entre le tiers et la moitié des consultations d’un gastroentérologue. Les modalités des douleurs et leurs profils évolutifs sont variables d’une personne à l’autre.

Intensité des douleurs

En matière de troubles fonctionnels, très mal ne veut pas dire très grave. Souffrir d’une douleur chronique (même intense, même gênant la vie courante) ne signifie pas que l’on est atteint d’une maladie grave.

Localisation des douleurs

Si c’était simple, une douleur au niveau du creux de l’estomac témoignerait d’une maladie gastrique. En haut à droite, ce serait la vésicule, et en bas, l’intestin. Alors, plus besoin de médecins ! Sauf qu’en matière de douleurs abdominales, l’endroit d’une douleur n’est pas un indicateur fiable de l’organe ou de la région qui souffre. La douleur et sa lésion d’origine sont rarement superposées ! On dit de la douleur digestive qu’elle peut être référée, c’est-à-dire se manifester dans une zone sans aucun rapport avec l’organe responsable. Ainsi, les douleurs de rate peuvent faire mal seulement dans l’épaule gauche, les douleurs de vésicule peuvent bloquer la respiration, les douleurs pancréatiques font parfois seulement mal dans le dos…

Des expériences de stimulations douloureuses démontrent le caractère voyageur des symptômes. Une expérience consistant à gonfler des ballonnets dans l’intestin a montré que la douleur peut se projeter loin, jusqu’en dehors de l’abdomen, soit vers le thorax, soit vers la région lombaire. Et non seulement la douleur est de projection variable, mais chez une même personne elle n’est pas reproductible. Cela veut dire que si vous réalisez plusieurs fois la même stimulation douloureuse, la personne peut avoir une fois mal à droite et l’autre fois à gauche.

Il y toujours une localisation légèrement préférentielle : le creux épigastrique, c’est-à-dire en regard de l’estomac. Une explication possible : à ce niveau, juste en arrière de l’estomac, se trouve le « plexus solaire », lieu de convergence d’une grande partie des nerfs digestifs, centre névralgique ou transitent tous les influx nerveux entre le tube digestif et la moelle épinière puis le cerveau. Bien qu’un peu majoritaires en projection de l’estomac, les douleurs abdominales fonctionnelles se répartissent cependant sur tout le territoire abdominal.

Ancienneté des douleurs

Sachez que, paradoxalement, plus une douleur identique dure depuis longtemps, moins elle a de chances d’être grave. « Plus vos troubles sont présents depuis longtemps, plus c’est rassurant ! ». Le raisonnement médical est aussi du bon sens : une maladie grave ne se manifeste pas sous la forme d’un symptôme répétitif, non ou peu évolutif sauf en intensité, durant tant de mois voire d’années, et sans altération de l’état général du patient.

 

Message médical prioritaire aux patients se plaignant de douleurs abdominales

Des symptômes intestinaux se rencontrent dans toutes les maladies digestives. On parle de troubles fonctionnels seulement sous certaines conditions :

  • Un critère de fréquence : symptômes au moins trois jours par mois sur les trois derniers mois
  • Une notion de durée : depuis au moins au moins 12 semaines, même non consécutives
  • Surtout, absence de symptômes alarmants

Il n’y a donc pas de :

  • saignement dans les selles
  • altération de l’état général
  • fièvre

 

Message du médecin : traquez les signes d’alerte

Si un seul des signes de la liste ci-dessous est associé à vos troubles, consultez impérativement votre médecin, il faudra probablement réaliser des examens :

Les signes d’alerte :

  • Âgé(e) de plus de 45-50 ans
  • Saignements par l’anus
  • Changement inhabituel de transit intestinal
  • Perte de poids
  • Anémie

 

Les facteurs de colopathie

On ne connait pas de cause mais on évoque plusieurs pistes de recherche :

  • Une contractilité trop importante des viscères
  • Une sensibilité de l’intestin à la distension
  • Certains modes de vie semblent favoriser les manifestations fonctionnelles : anxiété, stress, dépression, manque d’activité physique
  • L’alimentation : erreurs diététiques, consommation insuffisante de fibres, intolérance à certaines catégories d’aliments
  • Un épisode infectieux digestif comme une gastroentérite peut déclencher l’apparition de douleurs fonctionnelles

Les recherches actuelles s’orientent dans 2 directions. D’une part, les nombreux nerfs présents tout au long du tube digestif dont l’importance apparait un peu plus chaque jour (le cerveau abdominal). D’autre part, le rôle de la flore intestinale (le microbiote) et de sa composition. Il ne faut pas oublier que le ventre ne contient pas que des viscères. De plus, le tube digestif est assez peu douloureux. On estime que plus de la moitié des douleurs abdominales ne provient pas de l’intérieur du ventre, mais des muscles, des nerfs, voire du dos.

 

Traitement des troubles fonctionnels intestinaux

En matière de traitement de colopathie fonctionnelle :

  • Guérison : rare
  • Soulagement : oui

 

1) L’objectif des traitements

À défaut de pouvoir agir sur la cause, la prise en charge des colopathies vise à diminuer l’impact des troubles et leur retentissement sur la vie quotidienne. Le traitement est adapté aux symptômes de chaque patient. Il comporte :

  • Des médicaments
  • Des conseils alimentaires et d’hygiène de vie

 

2) Les médicaments de la colopathie

On parle de médicaments à visée symptomatique. Ils agissent sur les manifestations cliniques mais pas sur la cause puisqu’on ne la connait pas. Peuvent être prescrits, seul ou en combinaison :

  • Antispasmodique, diminuant la contractibilité des muscles intestinaux, et luttant contre les spasmes musculaires
  • Absorbants intestinaux (médicaments contenant du charbon, de l’argile) pour absorber les gaz, et fixer en excès l’eau en cas de selles diarrhéiques
  • Médicaments constipants comme le lopéramide en cas de diarrhée
  • Laxatifs en cas de constipation
  • Traitement antidépresseur ou anxiolytique est parfois ajouté

Les laxatifs

Les laxatifs méritent un chapitre spécial. Ils se répartissent en plusieurs classes selon leur mode d’action. Pour un traitement de régularisation de transit prolongé, le traitement est choisi parmi ces différentes classes de laxatifs :

  • Les laxatifs osmotiques (à base de PEG ou de lactulose) : ils ramollissent les selles par appel d’eau dans l’intestin
  • Les laxatifs de lest (à base de fibres, de son, d’ispaghul) : ils augmentent de volume en présence d’eau et modifient le volume et la consistance des selles. Attention : les prendre à distance des autres médicaments
  • Les laxatifs lubrifiants (à base de paraffine) : ils facilitent l’émission des selles en lubrifiant et ramollissant le contenu de l’intestin. Ils ne sont pas digérés et sont peu absorbés. Attention : risque de suintement rectal en cas de traitement chronique
  • Les laxatifs en suppositoires par voie rectale : ils déclenchent le réflexe de la défécation (émission des selles). Attention : l’utilisation prolongée de suppositoires de glycérine est irritante, il existe d’autres suppositoires moins agressifs sur prescription médicale

Effet indésirable commun à tous les laxatifs : la diarrhée. En cas de diarrhée, diminuer la dose journalière ou le prendre un jour sur 2.

Attention à l’automédication : de nombreux traitements de constipation peuvent être achetés sans ordonnance. Attention particulièrement aux médicaments à base de « plantes » : ce sont, pour la majorité, des laxatifs stimulants la sécrétion intestinale d’eau et d’électrolytes et présentant des effets indésirables généraux (risque ionique notamment). En pratique : tous les traitements de constipation en comprimés contiennent des ingrédients irritants pour le colon et ne doivent être pris que ponctuellement.

 

3) L’alimentation

Il n’y a pas de régime type de colopathie. Il est important d’enrichir son alimentation en fibres de façon modérée et régulière (sans quoi des ballonnements peuvent s’aggraver) et de boire beaucoup d’eau (afin de faciliter leur efficacité).

Chaque personne peut écarter les aliments qu’il a identifié comme responsables de ses troubles, sachant que ces aliments déclencheurs ne sont pas les mêmes pour tous. Par exemple, certains aliments favorisant la fermentation sont souvent mal tolérés (haricots secs, haricots blancs, choux…). Se méfier aussi de ce qui introduit du gaz dans le tube digestif (boissons gazeuses, chewing-gum, alimentation précipitée). Il est possible de tenter durant quelques jours un test d’éviction du lactose (contenu dans le lait, les fromages, fromages blancs, crèmes desserts). En effet, de nombreux adultes digèrent mal le lactose. Après une semaine sans lactose, en cas d’amélioration, réintroduire petit à petit les différents aliments, et tester la dose que vous supportez. Dans tous les cas d’intolérance au lactose, il reste possible de manger des yaourts, car les bactéries du yaourt digèrent le lactose à votre place. Les recherches se portent actuellement vers la composition des différents aliments en composés fermentescibles (les FODMAPs), dont font partie plusieurs aliments contenant du gluten.

Attention : il ne faut pas multiplier les restrictions alimentaires, cela génère des déséquilibres alimentaires et des carences.

 

Soutien auprès d’une association de patients

APSSII – Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable

Adresse postale : 178, rue des renouillers Secrétariat du Pr Sabaté, Service d’hépato-gastro-entérologie, Hôpital Louis Mourier- 92700 Colombes

Adresse courriel : secretariat@apssii.org

 


Auteur : Dr Marion Lagneau, Gastroentérologue et Directeur Médical MédecinDirect – 7 janvier 2019

Qu’est-ce que le syndrome de l’intestin irritable ? Comment soulager les symptômes ?