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La salive est bien plus qu’un simple liquide destiné à humidifier la bouche. Produite par les glandes parotides, submandibulaires, sublinguales et par de nombreuses petites glandes salivaires, elle participe en permanence au maintien de la santé bucco-dentaire. L’Assurance Maladie indique que plus d’un litre de salive peut être produit en 24 heures.
Elle lubrifie les muqueuses, facilite la mastication, la déglutition et l’élocution, participe à la perception du goût et commence la digestion de certains aliments. Elle possède également une fonction protectrice majeure : elle neutralise une partie de l’acidité présente dans la bouche, élimine des débris alimentaires, limite la prolifération de certains micro-organismes et participe à la reminéralisation de l’émail. C’est pourquoi une diminution prolongée de la quantité de salive peut favoriser les caries dentaires, les gingivites et les candidoses buccales.
La sécheresse buccale ou xérostomie correspond à une sensation persistante de bouche insuffisamment humide. Elle est souvent associée à une baisse de la salive produite, mais les deux notions ne sont pas strictement synonymes. Une personne peut présenter une véritable hyposialie sans ressentir fortement la sécheresse ; inversement, une sensation de bouche sèche peut exister sans diminution mesurable du débit salivaire.
Cette distinction explique pourquoi le diagnostic ne repose pas uniquement sur le ressenti. Lorsque le problème devient chronique, le médecin recherche à la fois une cause susceptible de modifier le fonctionnement des glandes et des facteurs pouvant accentuer la sensation de bouche sèche.
Ce tableau récapitule les principales causes d’une bouche sèche :
La déshydratation est l’une des causes fréquentes et facilement identifiables de sécheresse buccale. Une hydratation insuffisante, une forte chaleur, un effort physique prolongé, de la fièvre, des diarrhées ou des vomissements peuvent réduire temporairement la quantité de salive. La bouche et la langue deviennent sèches, les lèvres peuvent se fendiller et une sensation de soif apparaît.
Lorsque la sécheresse est liée à une simple déshydratation, elle régresse normalement lorsque les pertes hydriques sont corrigées. Une bouche qui reste sèche alors que l’on boit suffisamment doit donc conduire à rechercher d’autres causes.
De nombreuses molécules peuvent provoquer une diminution de la production de salive comme effet secondaire. L’Assurance Maladie cite notamment les antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques, diurétiques, certains antihypertenseurs, antispasmodiques, antalgiques, médicaments antiparkinsoniens et anticholinergiques. Certains antihistaminiques peuvent également assécher la bouche.
Le risque peut augmenter lorsque plusieurs médicaments ayant cet effet sont associés, ce qui explique en partie pourquoi le problème est fréquent chez les personnes polymédiquées. Si une sécheresse apparaît après l’introduction ou l’augmentation d’un traitement, il faut en parler au médecin ou au pharmacien. Le médicament ne doit jamais être interrompu ou diminué de sa propre initiative. Une modification de dose, de répartition des prises ou un remplacement par une autre molécule peut parfois être envisagé médicalement.
Le stress peut provoquer une impression très nette de bouche sèche, notamment pendant une forte émotion ou un événement anxiogène. Ce phénomène est généralement de courte durée et disparaît après l’épisode de stress.
En revanche, une sécheresse de la bouche présente quotidiennement pendant plusieurs semaines ne doit pas être automatiquement attribuée à l’anxiété sans rechercher d’autres facteurs, notamment médicamenteux ou médicaux.
Le diabète, en particulier lorsqu’il est insuffisamment équilibré, peut s’accompagner d’une bouche sèche. En cas d’hyperglycémie importante, l’organisme élimine davantage de glucose dans les urines, ce qui augmente la diurèse et peut provoquer une déshydratation.
Une bouche sèche associée à une soif inhabituelle, des urines très fréquentes, une fatigue ou une perte de poids mérite donc un bilan. Une prise de sang permet notamment de mesurer la glycémie. Pour comprendre les autres manifestations de cette maladie, consultez notre dossier sur le diabète. Les symptômes seuls ne permettent toutefois pas de poser le diagnostic.
Une sécheresse persistante de la bouche associée à des yeux secs doit faire rechercher certaines maladies auto-immunes, notamment la maladie de Sjögren (ou syndrome de Gougerot-Sjögren). Dans cette maladie, le système immunitaire s’attaque en particulier aux glandes lacrymales et salivaires, ce qui peut diminuer fortement leurs sécrétions. Des douleurs articulaires, une fatigue ou d’autres manifestations peuvent être associées.
Le syndrome peut être isolé ou associé à d’autres maladies auto-immunes telles qu’une polyarthrite rhumatoïde ou un lupus. Le diagnostic nécessite une véritable évaluation médicale et peut comporter des examens sanguins, une mesure du débit salivaire, une échographie des glandes ou, dans certaines situations, une biopsie des petites glandes salivaires.
L’Assurance Maladie mentionne notamment le diabète, la maladie rénale chronique, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer et l’infection par le VIH parmi les maladies pouvant être associées à une sécheresse buccale. Une chimiothérapie peut également provoquer une sécheresse buccale au cours du traitement.
La radiothérapie de la tête et du cou se révèle un cas particulier : lorsqu’elle atteint les glandes salivaires, elle peut provoquer une hyposialie importante et durable. Ces situations concernent cependant des contextes médicaux particuliers et ne doivent pas être envisagées systématiquement devant une bouche sèche isolée.
Le tabagisme et la consommation d’alcool peuvent accentuer la sensation d’assèchement et d’irritation buccale. Respirer principalement par la bouche est une autre cause fréquente, notamment pendant la nuit.
Un nez chroniquement bouché, des allergies, un ronflement ou certaines anomalies des voies respiratoires peuvent conduire à dormir la bouche ouverte. Si vous vous réveillez systématiquement avec la gorge et la langue sèches, surtout en présence de ronflements importants ou de fatigue au réveil, il peut être utile d’en rechercher la raison. Il est recommandé notamment de consulter lorsque la respiration buccale nocturne ou le ronflement sont persistants. Vous pouvez également consulter notre article consacré au ronflement et à ses causes.
Les manifestations ne se limitent pas à la sensation de soif. La langue peut devenir sèche, rouge ou pâteuse, les lèvres peuvent se fissurer et la bouche sembler collante. Une impression de brûlure ou d’irritation de la bouche peut apparaître, notamment avec les aliments épicés.
Le manque de salive peut également provoquer une dysgueusie, c’est-à-dire une modification du goût, ainsi que des difficultés à mastiquer ou à avaler. Lorsque l’assèchement est important, certaines personnes rencontrent aussi des problèmes d’élocution car les muqueuses sont moins bien lubrifiées.
À plus long terme, le risque de caries et de maladies des gencives augmente. La mauvaise haleine devient également plus fréquente, tout comme les candidoses buccales. Chez certaines personnes fragiles, les difficultés pour manger peuvent même contribuer à une diminution des apports alimentaires et à une perte de poids.
La production de salive diminue physiologiquement pendant le sommeil. C’est pourquoi une sécheresse légère au réveil peut survenir sans maladie. Elle devient plus marquée lorsque s’ajoutent une respiration par la bouche, un ronflement, une obstruction nasale, un air ambiant très sec, certains médicaments ou une consommation d’alcool le soir.
Dormir avec un humidificateur lorsque l’air de la chambre est très sec peut améliorer le confort. En revanche, se réveiller chaque nuit avec une sécheresse importante associée à des ronflements, des pauses respiratoires rapportées par l’entourage, des réveils fréquents ou une somnolence dans la journée peut justifier la recherche d’un trouble respiratoire du sommeil. Notre article sur l’apnée du sommeil détaille ces signes.
Un épisode ponctuel qui disparaît après avoir bu ou lorsque le contexte déclenchant cesse n’est généralement pas inquiétant. Une consultation devient pertinente lorsque la sécheresse revient quotidiennement, persiste malgré les mesures simples pendant plusieurs semaines ou commence à affecter l’alimentation, la parole, le sommeil ou la santé bucco-dentaire.
Une bouche très sèche associée à des signes de déshydratation sévère (confusion ou somnolence, malaise, urines très rares, incapacité à boire ou altération importante de l’état général) nécessite une prise en charge urgente. Dans ce contexte, il faut contacter le 15 ou le 112.
Le traitement dépend d’abord de la cause. Boire régulièrement de petites quantités d’eau est utile lorsque l’hydratation est insuffisante et permet également d’humidifier temporairement les muqueuses. Lorsque les glandes salivaires fonctionnent encore, mâcher un chewing-gum sans sucre ou sucer un bonbon sans sucre peut stimuler la sécrétion. La mastication des aliments elle-même stimule également la salivation.
Il est conseillé de limiter l’alcool, le tabac, les boissons très caféinées ainsi que les aliments très secs, salés, acides ou épicés lorsqu’ils accentuent les symptômes. La nuit, un humidificateur peut améliorer le confort lorsque l’air est sec. Les boissons sucrées ou acides ne sont pas forcément une bonne solution pour humidifier la bouche, car elles augmentent parallèlement le risque de caries dentaires.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, des substituts salivaires ou lubrifiants buccaux sous forme de sprays ou de gels peuvent être proposés. Leur action reste temporaire et ils ne reproduisent pas toutes les propriétés protectrices de la salive naturelle. Dans certaines situations particulières, un traitement stimulant la sécrétion salivaire peut être envisagé médicalement.
Enfin, l’hygiène bucco-dentaire doit être particulièrement rigoureuse : brossage au moins deux fois par jour avec un dentifrice fluoré et nettoyage interdentaire régulier. Les bains de bouche contenant de l’alcool sont à éviter lorsqu’ils accentuent l’assèchement.
Les mesures dites « naturelles » les plus utiles sont en réalité très simples : boire régulièrement, stimuler la mastication, éviter le tabac et l’alcool, humidifier l’air ambiant et maintenir une bonne hygiène de la bouche.
Il faut cependant être prudent avec les solutions très acides, par exemple le citron utilisé de façon répétée pour faire saliver. Dans le PNDS (Protocole national de diagnostic et de soins) consacré à la maladie de Sjögren publié sur le site de la HAS, les jus de citron et d’agrumes sont décrits comme généralement mal tolérés et potentiellement délétères pour une denture déjà fragilisée. Une bouche sèche chronique ne doit donc pas conduire à multiplier les remèdes maison sans en identifier la cause.
Une sécheresse de la bouche qui persiste ne doit pas être réduite à un simple « manque d’eau ». L’une des premières choses à vérifier est la liste complète des traitements, car la xérostomie est un effet indésirable de nombreux médicaments courants. Il faut ensuite rechercher le contexte : une soif intense associée à des urines abondantes peut orienter vers une hyperglycémie, tandis qu’une bouche sèche accompagnée d’urines rares peut évoquer une déshydratation ; une sécheresse des yeux associée peut évoquer un syndrome de Gougerot-Sjögren ; une bouche particulièrement sèche au réveil fait davantage penser à une respiration buccale ou à un trouble respiratoire nocturne. Cette analyse permet d’éviter deux erreurs fréquentes : boire des quantités excessives d’eau sans effet ou arrêter seul un médicament que l’on pense responsable.
Il faut également prendre au sérieux les conséquences dentaires d’un manque de salive prolongé. La salive constitue une défense naturelle contre l’acidité, les caries et certaines infections de la bouche. Lorsqu’elle diminue, protéger les dents devient donc une partie entière du traitement : brossage fluoré, surveillance dentaire rapprochée si nécessaire et limitation des boissons sucrées ou acides. Si la gêne empêche de manger correctement, perturbe le sommeil, entraîne des difficultés pour avaler ou s’accompagne de caries répétées, il est préférable de ne pas attendre. Un bilan simple permet souvent d’identifier un médicament, une maladie ou un facteur de mode de vie sur lequel il est possible d’agir.
Les informations de cet article sont fondées sur des données scientifiques publiées et des recommandations institutionnelles. Elles ne remplacent pas l'évaluation d'un médecin, seul à même d'apprécier votre situation personnelle. Si vous vous reconnaissez dans les situations décrites, consultez un professionnel de santé.
Sources
Comprendre la sécheresse buccale
Pourquoi ai-je la bouche sèche en permanence ? Les causes possibles
Quels symptômes peuvent accompagner la bouche sèche ?
Bouche sèche la nuit : quelles sont les causes possibles ?
Quand consulter un médecin pour une bouche sèche ?
Comment faire passer la bouche sèche ?
Peut-on soigner naturellement la bouche sèche ?
L’avis des experts de MédecinDirect
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