Qu'est-ce que le syndrome de l'intestin irritable ? Comment soulager les symptĂŽmes ? đŸŒ¶

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Qu'est-ce que le syndrome de l'intestin irritable ? Comment soulager les symptĂŽmes ? đŸŒ¶

Aujourd’hui, vous allez croiser 5, 10, 100, 1 000 personnes. Avez-vous un seul instant imaginĂ© que la moitiĂ© d’entre eux a prĂ©sentĂ© au moins un symptĂŽme abdominal gĂȘnant dans la semaine passĂ©e ? Si vous partez en voyage, il en sera ainsi dans tous les pays du monde.On estime Ă  11 % en moyenne la fraction de la population mondiale prĂ©sentant des troubles digestifs atypiques, nommĂ©s « troubles fonctionnels intestinaux », ou « colopathie fonctionnelle ». Les divers troubles dont se plaignent les gens ressemblent-ils aux vĂŽtres ?

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Les symptĂŽmes de colopathie fonctionnelle

On peut lister :

  • Douleurs abdominales ou des crampes diffuses ou localisĂ©es
  • Ballonnement abdominal aprĂšs les repas ou souvent en fin de journĂ©e avec l’impression d’ĂȘtre enceinte
  • Gargouillements
  • Emission de gaz
  • Transit perturbĂ© : diarrhĂ©e ou constipation, parfois alternance des Ă©pisodes de constipation et de diarrhĂ©
  • PrĂ©sence mucus dans les selles

Les plus gĂȘnants sont les gaz. Le plus inquiĂ©tant, la douleur. 7 fois sur 10, c’est elle qui incite Ă  consulter tant son caractĂšre profond, rĂ©current semble cacher un ennemi potentiel.

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Troubles fonctionnels : qu’est-ce que cela veut dire ?

Les troubles Ă©tiquetĂ©s fonctionnels ont une caractĂ©ristique commune. Ce sont toujours des douleurs chroniques dont la durĂ©e excĂšde 3 mois, continues ou non. Elles durent souvent plusieurs annĂ©es. Pas question d’évoquer des troubles fonctionnels devant une douleur aiguĂ« rĂ©cente. Si c’est aigu et rĂ©cent, une maladie organique doit ĂȘtre recherchĂ©e avant tout. Ceux que l’on Ă©tiquette « fonctionnels » sont gĂȘnĂ©s dans leur vie quotidienne, parfois trĂšs gĂȘnĂ©s, mais ne sont pas considĂ©rĂ©s comme porteurs d’une « vraie » maladie. Ces troubles constituent pourtant la premiĂšre cause de consultation en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, et entre le tiers et la moitiĂ© des consultations d’un gastroentĂ©rologue. Les modalitĂ©s des douleurs et leurs profils Ă©volutifs sont variables d’une personne Ă  l’autre.

Intensité des douleurs

En matiĂšre de troubles fonctionnels, trĂšs mal ne veut pas dire trĂšs grave. Souffrir d’une douleur chronique (mĂȘme intense, mĂȘme gĂȘnant la vie courante) ne signifie pas que l’on est atteint d’une maladie grave.

Localisation des douleurs

Si c’était simple, une douleur au niveau du creux de l’estomac tĂ©moignerait d’une maladie gastrique. En haut Ă  droite, ce serait la vĂ©sicule, et en bas, l’intestin. Alors, plus besoin de mĂ©decins ! Sauf qu’en matiĂšre de douleurs abdominales, l’endroit d’une douleur n’est pas un indicateur fiable de l’organe ou de la rĂ©gion qui souffre. La douleur et sa lĂ©sion d’origine sont rarement superposĂ©es ! On dit de la douleur digestive qu’elle peut ĂȘtre rĂ©fĂ©rĂ©e, c’est-Ă -dire se manifester dans une zone sans aucun rapport avec l’organe responsable. Ainsi, les douleurs de rate peuvent faire mal seulement dans l’épaule gauche, les douleurs de vĂ©sicule peuvent bloquer la respiration, les douleurs pancrĂ©atiques font parfois seulement mal dans le dos


‍Des expĂ©riences de stimulations douloureuses dĂ©montrent le caractĂšre voyageur des symptĂŽmes. Une expĂ©rience consistant Ă  gonfler des ballonnets dans l’intestin a montrĂ© que la douleur peut se projeter loin, jusqu’en dehors de l’abdomen, soit vers le thorax, soit vers la rĂ©gion lombaire. Et non seulement la douleur est de projection variable, mais chez une mĂȘme personne elle n’est pas reproductible. Cela veut dire que si vous rĂ©alisez plusieurs fois la mĂȘme stimulation douloureuse, la personne peut avoir une fois mal Ă  droite et l’autre fois Ă  gauche.Il y toujours une localisation lĂ©gĂšrement prĂ©fĂ©rentielle : le creux Ă©pigastrique, c’est-Ă -dire en regard de l’estomac. Une explication possible : Ă  ce niveau, juste en arriĂšre de l’estomac, se trouve le « plexus solaire », lieu de convergence d’une grande partie des nerfs digestifs, centre nĂ©vralgique ou transitent tous les influx nerveux entre le tube digestif et la moelle Ă©piniĂšre puis le cerveau. Bien qu’un peu majoritaires en projection de l’estomac, les douleurs abdominales fonctionnelles se rĂ©partissent cependant sur tout le territoire abdominal.

Ancienneté des douleurs

Sachez que, paradoxalement, plus une douleur identique dure depuis longtemps, moins elle a de chances d’ĂȘtre grave. « Plus vos troubles sont prĂ©sents depuis longtemps, plus c’est rassurant ! ». Le raisonnement mĂ©dical est aussi du bon sens : une maladie grave ne se manifeste pas sous la forme d’un symptĂŽme rĂ©pĂ©titif, non ou peu Ă©volutif sauf en intensitĂ©, durant tant de mois voire d’annĂ©es, et sans altĂ©ration de l’état gĂ©nĂ©ral du patient.

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Message médical prioritaire aux patients se plaignant de douleurs abdominales

Des symptĂŽmes intestinaux se rencontrent dans toutes les maladies digestives. On parle de troubles fonctionnels seulement sous certaines conditions :

  • Un critĂšre de frĂ©quence : symptĂŽmes au moins trois jours par mois sur les trois derniers mois
  • Une notion de durĂ©e : depuis au moins au moins 12 semaines, mĂȘme non consĂ©cutives
  • Surtout, absence de symptĂŽmes alarmants

Il n’y a donc pas de :

  • saignement dans les selles
  • altĂ©ration de l’état gĂ©nĂ©ral
  • fiĂšvre

Message du médecin : traquez les signes d'alerte

Si un seul des signes de la liste ci-dessous est associĂ© Ă  vos troubles, consultez impĂ©rativement votre mĂ©decin, il faudra probablement rĂ©aliser des examens :Les signes d’alerte :

  • ÂgĂ©(e) de plus de 45-50 ans
  • Saignements par l’anus
  • Changement inhabituel de transit intestinal
  • Perte de poids
  • AnĂ©mie

Les facteurs de colopathie

On ne connait pas de cause mais on Ă©voque plusieurs pistes de recherche :

  • Une contractilitĂ© trop importante des viscĂšres
  • Une sensibilitĂ© de l’intestin Ă  la distension
  • Certains modes de vie semblent favoriser les manifestations fonctionnelles : anxiĂ©tĂ©, stress, dĂ©pression, manque d’activitĂ© physique
  • L’alimentation : erreurs diĂ©tĂ©tiques, consommation insuffisante de fibres, intolĂ©rance Ă  certaines catĂ©gories d’aliments
  • Un Ă©pisode infectieux digestif comme une gastroentĂ©rite peut dĂ©clencher l’apparition de douleurs fonctionnelles

Les recherches actuelles s’orientent dans 2 directions. D’une part, les nombreux nerfs prĂ©sents tout au long du tube digestif dont l’importance apparait un peu plus chaque jour (le cerveau abdominal). D’autre part, le rĂŽle de la flore intestinale (le microbiote) et de sa composition. Il ne faut pas oublier que le ventre ne contient pas que des viscĂšres. De plus, le tube digestif est assez peu douloureux. On estime que plus de la moitiĂ© des douleurs abdominales ne provient pas de l’intĂ©rieur du ventre, mais des muscles, des nerfs, voire du dos.

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Traitement des troubles fonctionnels intestinaux

En matiĂšre de traitement de colopathie fonctionnelle :

  • GuĂ©rison : rare
  • Soulagement : oui

1) L'objectif des traitements

À dĂ©faut de pouvoir agir sur la cause, la prise en charge des colopathies vise Ă  diminuer l’impact des troubles et leur retentissement sur la vie quotidienne. Le traitement est adaptĂ© aux symptĂŽmes de chaque patient. Il comporte :

  • Des mĂ©dicaments
  • Des conseils alimentaires et d’hygiĂšne de vie

2) Les médicaments de la colopathie

On parle de mĂ©dicaments Ă  visĂ©e symptomatique. Ils agissent sur les manifestations cliniques mais pas sur la cause puisqu’on ne la connait pas. Peuvent ĂȘtre prescrits, seul ou en combinaison :

  • Antispasmodique, diminuant la contractibilitĂ© des muscles intestinaux, et luttant contre les spasmes musculaires
  • Absorbants intestinaux (mĂ©dicaments contenant du charbon, de l’argile) pour absorber les gaz, et fixer en excĂšs l’eau en cas de selles diarrhĂ©iques
  • MĂ©dicaments constipants comme le lopĂ©ramide en cas de diarrhĂ©e
  • Laxatifs en cas de constipation
  • Traitement antidĂ©presseur ou anxiolytique est parfois ajoutĂ©

Les laxatifs

Les laxatifs mĂ©ritent un chapitre spĂ©cial. Ils se rĂ©partissent en plusieurs classes selon leur mode d’action. Pour un traitement de rĂ©gularisation de transit prolongĂ©, le traitement est choisi parmi ces diffĂ©rentes classes de laxatifs :

  • Les laxatifs osmotiques (Ă  base de PEG ou de lactulose) : ils ramollissent les selles par appel d'eau dans l'intestin
  • Les laxatifs de lest (Ă  base de fibres, de son, d’ispaghul) : ils augmentent de volume en prĂ©sence d'eau et modifient le volume et la consistance des selles. Attention : les prendre Ă  distance des autres mĂ©dicaments
  • Les laxatifs lubrifiants (Ă  base de paraffine) : ils facilitent l'Ă©mission des selles en lubrifiant et ramollissant le contenu de l'intestin. Ils ne sont pas digĂ©rĂ©s et sont peu absorbĂ©s. Attention : risque de suintement rectal en cas de traitement chronique
  • Les laxatifs en suppositoires par voie rectale : ils dĂ©clenchent le rĂ©flexe de la dĂ©fĂ©cation (Ă©mission des selles). Attention : l’utilisation prolongĂ©e de suppositoires de glycĂ©rine est irritante, il existe d’autres suppositoires moins agressifs sur prescription mĂ©dicale

Effet indésirable commun à tous les laxatifs : la diarrhée. En cas de diarrhée, diminuer la dose journaliÚre ou le prendre un jour sur 2.

‍Attention Ă  l’automĂ©dication : de nombreux traitements de constipation peuvent ĂȘtre achetĂ©s sans ordonnance. Attention particuliĂšrement aux mĂ©dicaments Ă  base de « plantes » : ce sont, pour la majoritĂ©, des laxatifs stimulants la sĂ©crĂ©tion intestinale d’eau et d’électrolytes et prĂ©sentant des effets indĂ©sirables gĂ©nĂ©raux (risque ionique notamment). En pratique : tous les traitements de constipation en comprimĂ©s contiennent des ingrĂ©dients irritants pour le colon et ne doivent ĂȘtre pris que ponctuellement.

3) L'alimentation

Il n’y a pas de rĂ©gime type de colopathie. Il est important d’enrichir son alimentation en fibres de façon modĂ©rĂ©e et rĂ©guliĂšre (sans quoi des ballonnements peuvent s’aggraver) et de boire beaucoup d’eau (afin de faciliter leur efficacitĂ©).Chaque personne peut Ă©carter les aliments qu’il a identifiĂ© comme responsables de ses troubles, sachant que ces aliments dĂ©clencheurs ne sont pas les mĂȘmes pour tous. Par exemple, certains aliments favorisant la fermentation sont souvent mal tolĂ©rĂ©s (haricots secs, haricots blancs, choux...). Se mĂ©fier aussi de ce qui introduit du gaz dans le tube digestif (boissons gazeuses, chewing-gum, alimentation prĂ©cipitĂ©e). Il est possible de tenter durant quelques jours un test d’éviction du lactose (contenu dans le lait, les fromages, fromages blancs, crĂšmes desserts). En effet, de nombreux adultes digĂšrent mal le lactose. AprĂšs une semaine sans lactose, en cas d’amĂ©lioration, rĂ©introduire petit Ă  petit les diffĂ©rents aliments, et tester la dose que vous supportez. Dans tous les cas d’intolĂ©rance au lactose, il reste possible de manger des yaourts, car les bactĂ©ries du yaourt digĂšrent le lactose Ă  votre place. Les recherches se portent actuellement vers la composition des diffĂ©rents aliments en composĂ©s fermentescibles (les FODMAPs), dont font partie plusieurs aliments contenant du gluten.

‍Attention : il ne faut pas multiplier les restrictions alimentaires, cela gĂ©nĂšre des dĂ©sĂ©quilibres alimentaires et des carences.

Soutien auprùs d’une association de patients

APSSII - Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable

‍Adresse postale : 178, rue des renouillers SecrĂ©tariat du Pr SabatĂ©, Service d’hĂ©pato-gastro-entĂ©rologie, HĂŽpital Louis Mourier- 92700 Colombes

Email : secretariat@apssii.org

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Auteur : Dr Marion Lagneau, Gastroentérologue et Directeur Médical MédecinDirect

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EN BREF