La gazette

Les pleurs de mon bébé sont-ils normaux ?

Les pleurs « inexpliqués » du nourrisson peuvent constituer une véritable épreuve. Que faire devant ce bébé inconsolable ? On l’a pourtant nourri, bercé, changé… Une grande cause de désarroi et d’inquiétude chez les parents.

Quand considérer que les pleurs du nourrisson sont inexpliqués ? Dans les années cinquante, les coliques du nourrisson ont été arbitrairement définies par une règle de trois :

  • pendant plus de 3 heures par jour,
  • au moins 3 jours par semaine,
  • pendant au moins 3 semaines.

Les réflexes à avoir : Tout d’abord, consulter le médecin, afin de vérifier l’absence de quelques pathologies ou circonstances susceptibles d’expliquer des pleurs (œsophagite, poussées dentaires…). Le médecin pourra ainsi faire un point sur le comportement à adopter.

 

Les pleurs de mon bébé sont-ils normaux ?

Un bébé normal pleure. Les pleurs ont tendance à augmenter à partir de la deuxième semaine de vie jusqu’à la sixième semaine avec un pic jusqu’à 3 heures de pleurs par jour. Par la suite, ils diminuent et se stabilisent vers l’âge de 4 mois. Ils se limitent alors à une heure par jour, en moyenne.

Certains pleurs sont alarmants, tels les pleurs paroxystiques aigus. Ces derniers sont heureusement rares, mais particuliers par :

  • leur début brutal,
  • leur intensité.

Ils requièrent une consultation médicale rapide afin de rechercher une pathologie évolutive (telle infection ou une hernie). Contactez votre médecin si votre bébé ne se conduit pas comme d’habitude, ne mange pas, ne dort pas, a de la fièvre, de la diarrhée ou vomit.

Des pleurs inexpliqués qui se poursuivent plusieurs jours durant des heures sont plus rares. En occident, les pleurs inexpliqués sont présents chez 10 à 30 % des nourrissons de moins de 3 mois selon les définitions utilisées. Les pleurs prédominent généralement en fin d’après midi et en début de soirée. Les accès de pleurs sont souvent imprévisibles et inattendus. Ils durent longtemps (de 35 minutes à deux heures). L’enfant semble souffrir et être inconsolable. Ces sessions de pleurs sont abusivement étiquetées « coliques » dans de nombreux travaux.

Les pleurs inexpliqués suivent la même courbe que les pleurs normaux. A 3 mois, 60 % des nourrissons qui en souffraient n’en ont plus. À 4 mois, cette statistique s’élève à 90 %. Plus de 95 % de ces enfants ne présentent aucune pathologie. Il n’existe pas de facteur augmentant le risque de pleurs inexpliqués. Par exemple, les bébés allaités ne font pas plus ni moins de « coliques » que les enfants nourris au biberon.

 

Quelles sont les raisons de ces pleurs inexpliqués ?

Certains pédiatres, en s’appuyant sur des études épidémiologiques et ethnologiques, pensent qu’il n’y a pas de cause particulière aux pleurs inexpliqués. Ce qui les différencie de pleurs considérés comme « normaux » ne serait que la durée des pleurs en réponse à une situation donnée. De ce fait, il faudrait surtout comprendre pourquoi l’enfant pleure plus longtemps plutôt que d’essayer d’expliquer ce qui les fait pleurer.

Les pleurs, chez l’enfant (comme chez tous les mammifères) sont un signal, un moyen de communiquer avec l’adulte, plutôt que le symptôme d’une pathologie. La spécificité humaine est que ces cris peuvent persister même après la correction du facteur déclenchant.

Pour certains chercheurs, notre mode de vie et de pensée occidental a sa part de responsabilité dans les pleurs inexpliqués du nourrisson. En effet, même si les habitudes sont en train de changer, le maternage « à distance » a longtemps été valorisé.

On avait à cœur d’offrir à l’enfant un meilleur sommeil en le laissant seul. On essayait de lui imposer des horaires, de ne pas le garder longtemps dans les bras, afin de ne pas le laisser prendre de « mauvaises habitudes ». En effet, un bébé pleurant beaucoup était (et est toujours) considéré comme difficile, capricieux ou manipulateur. C’est oublier la fonction de communication des pleurs et l’énergie que ceux-ci demandent à l’enfant.

Par ailleurs des études auraient montré que dans certaines cultures traditionnelles, les pleurs déclenchent une réponse quasiment immédiate de la mère : l’enfant est davantage porté, les enfants ne souffrent quasiment jamais de « coliques ».

 

Que faire pour les enfants pleureurs inexpliqués ?

Beaucoup d’approches ont été tentées. Sur le plan scientifique, elles sont parfois difficiles à évaluer. Pour chacune d’entre elles, on trouve facilement, au cas par cas, des témoignages d’efficacité comme des témoignages d’inefficacité.

Approche alimentaire : Sauf conseil médical, ne pas arrêter l’allaitement maternel ou artificiel et ne jamais le remplacer par des « laits » à base de plantes : ils peuvent entraîner des carences graves.

Les préparations sans lactose n’ont pas montré d’efficacité au cours des études. Les préparations à base de soja auraient une efficacité modérée, mais elles seraient susceptibles d’augmenter le risque d’allergies alimentaires. L’utilisation d’un lait sans protéine de lait de vache aurait montré une efficacité mais leur utilisation est limitée par le coût de ce type de lait et son goût particulier. Celui-ci entraîne parfois un refus de la part des enfants.

Pour les enfants allaités, on conseille parfois de donner des tisanes à base de fenouil, de mélisse… mais leur efficacité est peu étudiée et des cas de convulsions chez les nouveau-nés ont été rapportés après la consommation de tisane à base d’anis étoilé (badiane).

Approche médicamenteuse : Il n’existe pas de médicament pour traiter les pleurs inexpliqués du nourrisson. L’utilisation de médicaments est maintenant abandonnée : certains étaient inefficaces. Les autres avaient trop d’effets secondaires. Les probiotiques sont sans intérêt et ont de potentiels effets indésirables.

Massages, ostéopathie, psychologie ? Certains parents ont recours à une prise en charge par un ostéopathe. Encore une fois, les études, difficiles à mettre en place, ne sont pas concluantes. Ce qui ne veut pas dire qu’au plan individuel cette approche soit inefficace. Le plus souvent, la méthode utilisée est comportementale. Les parents observent qu’ils parviennent à calmer les pleurs de leur enfant en le berçant, par un tour en poussette, en voiture, par l’utilisation d’un porte bébé… Chaque enfant réagit différemment à ces techniques.

 

Mon bébé pleure trop, que faire en pratique ?

Calmer votre bébé repose sur des gestes simples : rechercher les inconforts ou causes de douleur, le porter, lui parler, le bercer, lui proposer le sein ou utiliser une tétine, donner un bain tiède, lui frotter doucement le ventre, le maintenir dans une ambiance apaisante, préserver son sommeil…

Ne vous affolez pas. Comprenez bien que cette période difficile n’aura qu’une durée limitée. Il est parfois difficile d’admettre qu’un comportement aussi fatiguant de son enfant ne repose pas sur un diagnostic précis. Mais vraisemblablement, votre enfant se porte bien !

Si vous êtes épuisé(e), confiez votre enfant à une personne de confiance quelques heures afin de pouvoir vous détendre et retrouver une certaine sérénité. Vous pouvez ensuite adopter différentes approches, tel que noter la durée des pleurs afin d’avoir une évaluation objective de leur efficacité.

N’hésitez à porter davantage votre bébé : il ne deviendra pas « capricieux » pour autant. Enfin, il est important de voir votre médecin traitant régulièrement. Ceci vous servira à éliminer une pathologie responsable de pleurs (même si cela est rare), mais aussi à faire le point sur la « stratégie » mise en place.

 


 

Auteur : Dr Marion Lagneau, gastroentérologue – Juillet 2019

Les pleurs de mon bébé sont-ils normaux ?