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On estime qu'environ 1,6 million de Français vivent avec une maladie rénale chronique, dont la plupart ignorent leur état. En effet, l'insuffisance rénale peut avancer silencieusement, parfois pendant des années, sans provoquer le moindre symptôme perceptible. Et pourtant, lorsqu'elle est détectée trop tard, les conséquences sont lourdes : complications cardiovasculaires, anémie, altération du quotidien, et dans les cas les plus avancés, recours à la dialyse ou à une greffe de rein.
Le nombre total de patients en suppléance reste élevé, bien que l'incidence de nouveaux cas en dialyse diminue depuis 2017 grâce à une meilleure prévention. Comprendre ce trouble, ses origines et les leviers pour en ralentir la progression est un enjeu de santé publique majeur. Ce guide vous explique l'essentiel.
Qu'est-ce que l'insuffisance rénale ?
Causes et facteurs de risque de l'insuffisance rénale chronique
Symptômes de l'insuffisance rénale : quand s'inquiéter ?
Comment diagnostique-t-on l'insuffisance rénale ?
Traitements de l'insuffisance rénale : ralentir, protéger, suppléer
Vivre avec une insuffisance rénale chronique
L'avis des experts de MédecinDirect
Les reins sont deux organes en forme de haricot de 12 cm de long, situés de part et d'autre de la colonne vertébrale, dans la région lombaire. Leur rôle dépasse largement la simple élimination des déchets. Ils remplissent des fonctions multiples et vitales :
Chaque rein contient environ un million de néphrons (les unités filtrantes élémentaires) au sein desquels se trouvent les glomérules, petits capillaires semi-perméables où s'effectue la filtration. L'insuffisance rénale survient lorsque ces néphrons sont progressivement détruits, ce qui réduit la capacité de filtration globale.
Note : « La maladie rénale chronique est longtemps silencieuse. Il n'est donc pas rare qu'elle soit découverte par hasard, lors d’un bilan sanguin réalisé pour une autre raison ». Assurance maladie.
Il semble essentiel de distinguer ces deux entités cliniques, comme le rappelle Ameli.fr. L'insuffisance rénale aiguë (IRA) est un dysfonctionnement brutal et potentiellement réversible des reins, provoqué par une hémorragie sévère, une septicémie, une intoxication médicamenteuse ou une déshydratation intense. Avec un traitement adapté, la fonction rénale peut être restaurée. L'insuffisance rénale chronique (IRC), en revanche, est une diminution progressive, irréversible et durable du débit de filtration glomérulaire (DFG), persistant au-delà de trois mois.
L'insuffisance rénale chronique est une pathologie multifactorielle. Deux principales maladies sont, à elles seules, responsables de près d'un cas sur deux, selon l’Assurance maladie : le diabète de type 2 et l'hypertension artérielle. Ces deux pathologies endommagent progressivement les petits vaisseaux qui irriguent les glomérules, aboutissant à leur destruction silencieuse.
D’autres maladies peuvent aussi en être à l’origine. L’on distingue entre autres :
Certains facteurs peuvent être mis en cause dans la maladie :
Bon à savoir : le site Maladies rares infos services et le numéro 0 800 40 40 43 ont été mis à disposition pour les personnes souffrant de maladies rares (polykystose par exemple) qui souhaitent s’informer, parler librement et être écoutées.
Le dépistage systématique est recommandé par la HAS chez les personnes présentant un ou plusieurs des facteurs suivants :
L'insuffisance rénale chronique évolue en cinq stades de sévérité croissante, définis à partir du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe), calculé à partir du taux de créatinine sanguin. Le DFG normal d'un adulte jeune est d'environ 90 à 120 ml/min. Le tableau ci-dessous, basé sur la classification internationale reprise par l'Inserm et la HAS, permet de comprendre l'évolution de la maladie.
Un point clé à retenir : aux stades 1 et 2, la maladie peut être asymptomatique. C'est pourquoi la biologie (dosage de la créatinine, estimation du DFG, recherche d'albuminurie) est l’outil recommandé pour une détection précoce. À partir du stade 3 (selon évolution et comorbidité), une consultation chez un néphrologue est nécessaire pour adapter la prise en charge.
La maladie rénale chronique est souvent susceptible de passer inaperçue pendant des années. Comme le rappelle Ameli.fr, le fait d'uriner normalement ne donne aucune indication sur la qualité de filtration rénale : même à un stade évolué de l'insuffisance rénale, la diurèse peut rester normale.
Des signes peu spécifiques sont susceptibles d’apparaître en l’absence de diagnostic précoce :
Lorsqu’elle s’aggrave, cette maladie peut créer des complications telles que :
Lorsqu’elle est très importante, certains symptômes de l’insuffisance rénale peuvent fortement altérer le quotidien des personnes qui en souffrent (fatigue incessante, syndrome des jambes sans repos, nausées, somnolences, crampes, prurit de la peau, etc.).
Le diagnostic repose sur une prise de sang et une analyse d'urines, prescrits par le médecin traitant.
Pour confirmer le diagnostic d'IRC, les tests doivent être répétés dans les trois mois qui suivent, de préférence dans le même laboratoire. Une seule anomalie isolée ne suffit pas.
Des examens complémentaires (ECBU, échographie rénale, etc.) peuvent être réalisés dans le but de rechercher la cause de la maladie, d’évaluer l’atteinte rénale (une biopsie rénale est souvent utile dans certains cas) et de rechercher d’éventuelles répercussions sur l’organisme.
La prise en charge de l’insuffisance rénale chronique consiste à traiter les maladies en cause, à adopter des mesures destinées à protéger les reins et à traiter les complications. Les soins sont assurés par le médecin traitant, en coordination avec les spécialistes (néphrologue, endocrinologue, cardiologue, etc.) et dépendent de facteurs comme :
Bon à savoir : chaque patient a son propre parcours de soins et un programme d’accompagnement adapté peut être proposé. Chez les patients atteints de maladie rénale chronique, notamment lorsqu'elle est liée au diabète ou accompagnée d'une albuminurie, certains médicaments dits néphroprotecteurs (IEC, ARA2, inhibiteurs de SGLT2 et, dans certaines situations, finérénone) permettent de ralentir significativement la progression de la maladie et de diminuer le risque cardiovasculaire.
Selon Ameli.fr, la prise en charge repose sur trois axes complémentaires.
Le premier élément est de contrôler les facteurs qui aggravent la maladie rénale :
L'alimentation joue un grand rôle dans la préservation de la fonction rénale. Elle doit donc être variée, équilibrée et suffisante pour permettre aux patients de conserver un bon état nutritionnel. Il est toutefois recommandé de :
Bon à savoir : les restrictions en protéines, potassium ou phosphore ne sont pas systématiques et doivent être adaptées au stade de la maladie et au patient et ne pas conduire à des évictions alimentaires inutiles, voire pénalisantes.
Par ailleurs, exercer une activité physique régulière est un élément indispensable pour réduire le risque cardiovasculaire et la dégradation de la fonction rénale. Cette activité doit néanmoins être adaptée à l’âge et à la condition physique de la personne concernée.
Lorsque le DFG tombe en dessous de 15 ml/min (stade 5), la fonction rénale ne peut plus assurer les besoins vitaux de l'organisme. Deux options sont proposées au patient, dans le cadre d'une décision médicale partagée :
La HAS précise qu'un troisième choix peut être présenté au patient : la prise en charge conservatrice sans suppléance, option qui peut être retenue chez certaines personnes âgées ou fragiles, en accord avec l'équipe médicale. Son objectif est de mettre en place, à domicile, des soins dont le but sera d’améliorer la qualité de vie du patient et de prolonger autant que possible sa vie.
L'IRC est une maladie chronique qui nécessite un suivi au long cours. Il est donc important qu’une équipe pluridisciplinaire se forme autour du patient : néphrologue, médecin traitant, cardiologue, diabétologue, diététicien, infirmier et, si besoin, psychologue et tabacologue. Les mesures recommandées au quotidien (selon l’état physique du patient) sont :
La détection précoce reste la meilleure arme contre la progression silencieuse de la maladie.
Il arrive que certains patients apprennent à 55 ou 60 ans qu'ils ont perdu la moitié de leur fonction rénale, alors même qu’ils n’avaient pas le moindre symptôme depuis des années : l’insuffisance rénale chronique est donc l’une des maladies silencieuses par excellence. Le rein est un organe d'une grande plasticité : il peut compenser la perte de nombreux néphrons sans que l'organisme n’en ressente les effets immédiats. C'est à la fois une force et un danger. Une force, parce que le corps tient longtemps. Un danger, parce que la prise de conscience arrive souvent trop tard pour pouvoir changer l'évolution naturelle de la maladie. Il est important de proposer un dépistage annuel de créatinine et d'albuminurie à tous les patients diabétiques et hypertendus, même asymptomatiques.
Il est également important de retenir que l'insuffisance rénale n'est pas une fatalité. Si elle est détectée tôt, si la tension artérielle est contrôlée, si le diabète est équilibré, si les anti-inflammatoires sont évités, on peut vivre des décennies avec une maladie rénale chronique sans jamais atteindre le stade de la dialyse. Le nouveau parcours de soins de la HAS va dans ce sens : il formalise le rôle du médecin traitant dans le dépistage et la coordination, en lien avec le néphrologue.
Les informations de cet article sont fondées sur des données scientifiques publiées et des recommandations institutionnelles. Elles ne remplacent pas l'évaluation d'un médecin, seul à même d'apprécier votre situation personnelle. Si vous vous reconnaissez dans les situations décrites, consultez un professionnel de santé.
Sources
1. Inserm – Dossier complet sur l'insuffisance rénale
2. Ameli.fr – Maladie rénale chronique : définition et causes
3. Agence de la biomédecine du don à la vie – Observatoire de la maladie rénale chronique
4. Ameli.fr – Maladie rénale chronique : symptômes, diagnostic et évolution
5. Ameli.fr – Traitement de la maladie rénale chronique
6. Ameli.fr – Vivre avec une maladie rénale chronique
7. Ameli.fr Médecin – Dépistage et prise en charge de la MRC (données épidémiologiques 2025)
8. HAS – Guide du parcours de soins – Maladie rénale chronique de l'adulte (MRC), 2023
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