Entorse du poignet : comment la reconnaître et la soigner ?

Une personne qui se tient le poignet gauche car elle souffre d'une entore.

Une chute sur une main tendue, un faux mouvement au sport, un choc inattendu : l'entorse du poignet est l'une des blessures ligamentaires les plus fréquentes, tous âges et toutes activités confondus. Pourtant, elle est aussi l'une des lésions les plus souvent sous-estimées (et parfois mal soignées), avec des conséquences fonctionnelles durables à la clé.

En bref
L’entorse du poignet est une lésion des ligaments survenant le plus souvent après une chute sur la main tendue. Elle se manifeste par une douleur, un gonflement et une difficulté à mobiliser le poignet. Le diagnostic repose sur l’examen clinique et une imagerie pour éliminer une fracture. Le traitement associe repos, immobilisation par attelle et rééducation selon la gravité. La guérison varie de quelques semaines à plusieurs mois, et une prise en charge précoce est essentielle pour éviter les complications.
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Comprendre l'entorse du poignet

Ce traumatisme est une lésion ligamentaire causée par un étirement forcé ou une déchirure des ligaments qui stabilisent l'articulation du poignet. Ces ligaments relient entre eux les huit petits os du carpe, mais aussi le carpe au radius et aux métacarpiens formant un système de suspension précis et solidaire.

On distingue deux grandes catégories de ligaments au niveau du poignet :

  • Les éléments intrinsèques : ceux qui les os du carpe entre eux. Parmi eux, le ligament scapho-lunaire (reliant le scaphoïde au lunaire) et le ligament luno-triquétral sont les plus fréquemment touchés lors des entorses sévères.
  • Les structures extrinsèques, reliant le main au radius et aux métacarpiens. Moins souvent impliqués dans les entorses isolées, ils peuvent être atteints lors de traumatismes à haute énergie.

L’ampleur est variable. Une forme légère correspond à un simple étirement du ligament, sans rupture des fibres. Et lorsqu’elle est moyenne, elle implique une déchirure partielle. Une atteinte sévère correspond à une rupture complète du ligament, pouvant entraîner une fragilité de l'ensemble et un risque d’usure prématurée s'il n’y a pas de suivi correct.

Le terme « entorse » recouvre donc des réalités très différentes : d'une simple élongation qui guérit en quelques jours à une rupture ligamentaire nécessitant une intervention chirurgicale, l'éventail est large, ce qui justifie dans tous les cas un avis médical.

Bon à savoir : Contrairement à une entorse de la cheville, l'entorse du poignet implique une architecture anatomique particulièrement complexe, où ligaments intrinsèques et extrinsèques travaillent ensemble pour maintenir la cohérence des os du carpe. Comprendre cette mécanique est indispensable pour ne pas passer à côté d'une lésion grave.

Entorse du poignet : que faire immédiatement ?
Parlez à un médecin pour adopter les bons gestes dès les premières heures.

Les causes principales d'une entorse du poignet

Chute avec appui sur la main tendue

C'est le mécanisme le plus fréquent. Lors d'une chute, le réflexe naturel est d'amortir le choc en tendant les mains devant soi. Le poignet subit alors une hyperextension brutale, qui soumet les ligaments à une tension dépassant leur résistance élastique. Ce mécanisme – appelé FOOSH (Fall On an Outstretched Hand) dans la littérature médicale – est responsable de la très grande majorité des entorses, fractures et luxations du carpe.

Sports de contact, glisse et activités à risque

Le ski, le snowboard, le roller, le skate, le vélo, les arts martiaux, le handball, le rugby, l'escalade : toutes ces pratiques exposent le poignet à des chocs directs ou des torsions excessives. Les sports de raquette et la musculation peuvent également, par accumulation de microtraumatismes, fragiliser les structures ligamentaires jusqu'à provoquer une lésion sur un mouvement banal.

Mouvement brutal ou torsion excessive

Un vissage ou dévissage forcé, une torsion rapide du poignet lors d'une manipulation d'outil, ou un geste brusque lors d'une activité professionnelle peuvent suffire à provoquer une entorse. Ces mécanismes en torsion sont particulièrement susceptibles d'atteindre le ligament scapho-lunaire.

Accident domestique ou professionnel

Glisser dans les escaliers, butter contre un meuble, recevoir un objet lourd sur la main : les causes domestiques sont nombreuses. Sur le plan professionnel, les métiers du bâtiment, de l'artisanat et ceux impliquant des vibrations répétées sont davantage exposés.

Quels sont les symptômes d'une entorse du poignet ?

Les signes varient selon l’ampleur de l'atteinte, mais un ensemble d’indices cliniques permet de l'identifier.

Douleur immédiate ou progressive

Dans les formes aiguës, les maux apparaissent au moment du traumatisme. Elle peut être localisée sur le dos du poignet, sur le bord radial (côté pouce) ou cubital (côté auriculaire), selon le ligament atteint. Dans certains cas, la souffrance peut s'installer progressivement dans les heures suivant le choc.

Gonflement de l'articulation du poignet

Un œdème réactionnel apparaît généralement dans la première heure suivant le traumatisme. Plus le gonflement est rapide et important, plus la lésion ligamentaire est susceptible d'être grave.

Difficulté à bouger le poignet ou à saisir des objets

La mobilité active est réduite, notamment en extension et en flexion. La prise en main d'un objet (même léger) peut devenir douloureuse.

Sensation d'instabilité

Dans les cas sévères avec rupture ligamentaire, le patient peut ressentir une sensation de « dérobement » ou de « lâchage » du poignet lors des mouvements. Ce signe doit alerter sur une possible atteinte du ligament scapho-lunaire ou luno-triquétral.

Ecchymoses

Des hématomes peuvent apparaître dans les heures ou jours suivant le traumatisme, témoignant d'une hémorragie ligamentaire ou sous-cutanée. Leur présence ne préjuge pas à elle seule de la gravité.

Le diagnostic d'une entorse au poignet

Examen clinique

Le diagnostic repose avant tout sur l'examen clinique réalisé par un médecin ou un chirurgien orthopédiste. Il comprend l'interrogatoire (mécanisme du traumatisme, douleurs, antécédents), l'inspection (gonflement, ecchymose, déformation), la palpation des reliefs osseux et des interlignés articulaires, et la réalisation de tests spécifiques.

Parmi les manœuvres diagnostiques, le test de Watson (compression du scaphoïde lors d'un mouvement de déviation cubitale) est caractéristique d'une instabilité scapho-lunaire. Le test du « ballottement luno-triquétral » explore l'intégrité du ligament luno-triquétral.

Radiographie pour éliminer une fracture

La radiographie standard du poignet de face et de profil est systématiquement prescrite pour éliminer une fracture du carpe, notamment du scaphoïde. Cette fracture, fréquente dans les chutes sur main tendue, peut être difficile à voir sur les clichés initiaux et ne doit pas être confondue avec une simple entorse bénigne.

Imagerie complémentaire pour évaluer la gravité

Lorsque les douleurs persistent au-delà de quelques semaines malgré un traitement médical bien conduit, ou lorsqu'une instabilité est suspectée à l'examen clinique, des examens complémentaires peuvent être indiqués pour évaluer la gravité des lésions ligamentaires (IRM, arthroscanner, arthroscopie du poignet).

Traiter une entorse du poignet

Les gestes immédiats à adopter

Dans les premières heures suivant le traumatisme, les recommandations ont évolué. Le protocole RICE (Rest, Ice, Compression, Elevation), longtemps considéré comme la référence, est aujourd'hui jugé insuffisant et partiellement dépassé. Il a été remplacé par le protocole PEACE & LOVE, publié en 2020 dans le British Journal of Sports Medicine et adopté par les kinésithérapeutes du sport, qui intègre à la fois la phase aiguë et la réhabilitation progressive.

Les principes clés à retenir pour la phase immédiate :

  • Protection : limiter les mouvements douloureux sans imposer un repos total. La mobilisation précoce et progressive est désormais encouragée dès que la douleur le permet ; elle favorise la cicatrisation ligamentaire.
  • Élévation : maintenir le poignet surélevé au-dessus du niveau du cœur dans les premières 24 à 48 heures pour réduire efficacement le gonflement.
  • Éviter les anti-inflammatoires et la glace systématiques : l'inflammation est une réponse naturelle et nécessaire à la guérison des tissus. Bloquer systématiquement ce processus (par la glace ou les AINS) peut ralentir la cicatrisation. La glace reste utile ponctuellement pour soulager la douleur aiguë, mais ne doit pas être appliquée en continu. Elle ne doit jamais être posée directement sur la peau.
  • Compression : un bandage élastique en légère compression aide à contenir l'œdème, sans serrer excessivement.

Les traitements médicaux de l'entorse du poignet

  • Antalgiques : le paracétamol en prise régulière est recommandé en première intention pour la douleur. Les AINS (ibuprofène, etc.) peuvent être envisagés ponctuellement pour soulager une douleur intense, mais ne doivent pas être utilisés de manière systématique au risque de perturber les mécanismes naturels de réparation tissulaire. Leur usage doit être discuté avec un médecin.
  • Attelle ou orthèse de poignet : la mise en place d'une attelle maintenant le poignet en position neutre est la mesure clé de protection dans la phase aiguë. Sa durée dépend de la gravité de la lésion ligamentaire : de quelques jours pour les cas bénins à plusieurs semaines pour les formes modérées à graves. L'attelle peut être thermoformée sur mesure.
  • Rééducation avec un kinésithérapeute : indispensable dans les entorses modérées à graves. Elle vise à récupérer la mobilité articulaire, renforcer les muscles péri-articulaires et travailler la proprioception du poignet. Sans rééducation, le risque de récidive et d'instabilité chronique est significatif.
  • Intervention chirurgicale : réservée aux cas graves (rupture complète du ligament scapho-lunaire notamment) ou aux formes chroniques douloureuses avec instabilité persistante. L'arthroscopie du poignet permet de suturer ou réinsérer le ligament rompu. Les suites post-opératoires comprennent une immobilisation de 6 à 8 semaines suivie d'une rééducation intensive.

Durée de la guérison : combien de temps dure une entorse du poignet ?

La durée de récupération dépend directement de la sévérité de l'atteinte ligamentaire.


Grade

Description

Durée de récupération estimée

Grade I (bénigne)

Étirement ligamentaire sans rupture

1 à 2 semaines

Grade II (modérée)

Déchirure partielle des fibres ligamentaires

3 à 6 semaines

Grade III (grave)

Rupture complète du ligament

3 à 6 mois (avec ou sans chirurgie)

Instabilité chronique

Séquelle d'entorse non traitée

Traitement spécialisé, durée variable

Tout doute sur la gravité d'une entorse du poignet justifie une consultation médicale.

Quand consulter en urgence ?

Certains signes doivent conduire à une consultation médicale rapide, voire aux urgences :

  • Douleur intense empêchant tout mouvement du poignet
  • Gonflement rapide et important dans la première heure
  • Déformation visible de l'articulation du poignet
  • Douleur à la tabatière anatomique (creux entre le pouce et le radius), signe évocateur d'une fracture du scaphoïde
  • Sensation d'instabilité ou de « poignet qui lâche »
  • Fourmillements ou engourdissements dans les doigts (peuvent évoquer une compression du nerf médian dans le canal carpien)
  • Douleur persistant au-delà de 10 jours malgré le repos et les antalgiques

Une téléconsultation peut permettre d'évaluer rapidement la situation et d'orienter vers les examens adaptés si nécessaire, notamment pour distinguer une entorse bénigne d'une fracture occulte ou d'une rupture ligamentaire.

Pour en savoir plus sur les autres traumatismes ligamentaires courants, consultez nos articles sur l'entorse de la cheville, l'entorse du doigt et l'entorse du genou.

Prévenir les récidives et renforcer le poignet

Après une entorse du poignet, la prévention des récidives repose sur trois axes :

  • Le renforcement musculaire : sous supervision d'un kinésithérapeute, des exercices de renforcement des muscles extenseurs et fléchisseurs du poignet, ainsi que des exercices de stabilisation isométrique, améliorent la protection dynamique de l'articulation.
  • Le travail proprioceptif : la proprioception (capacité du poignet à percevoir sa position dans l'espace et à se stabiliser automatiquement) est souvent altérée après une entorse. Des exercices sur plateau instable ou avec bandes élastiques permettent de la restaurer.
  • L'équipement préventif : lors des activités sportives à risque (ski, snowboard, roller, sports de contact), le port de protège-poignets ou de straps préventifs réduit significativement le risque de récidive en limitant l'amplitude des mouvements extrêmes.

L'avis des experts de MedecinDirect

La lésion du ligament scapho-lunaire est particulièrement complexe, car elle peut passer inaperçue pendant plusieurs semaines alors que l'articulation se dégrade progressivement. Ignorer le diagnostic expose le patient à de potentielles complications. Il est donc conseillé de consulter dès lors qu'une douleur persiste plusieurs jours après un choc.

Sources

 

Les informations de cet article sont fondées sur des données scientifiques publiées et des recommandations institutionnelles. Elles ne remplacent pas l'évaluation d'un médecin, seul à même d'apprécier votre situation personnelle. Si vous vous reconnaissez dans les situations décrites, consultez un professionnel de santé.  

FAQ

Retrouvez ici les réponses aux questions que vous pourriez vous poser

Comment savoir si on a une entorse au poignet ?
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Une entorse du poignet se manifeste typiquement par une douleur à l'articulation apparaissant après un traumatisme (chute, torsion, choc), accompagnée d'un gonflement plus ou moins rapide et d'une difficulté à mobiliser le poignet. La douleur est souvent aggravée par la préhension d'objets ou les mouvements d'extension et de flexion. Dans les formes graves, une sensation d'instabilité ou de "poignet qui lâche" peut être ressentie. Cependant, les seuls symptômes cliniques ne permettent pas de distinguer avec certitude une entorse d'une fracture, ni d'évaluer la gravité des lésions ligamentaires. Une douleur localisée à la tabatière anatomique, au dos du poignet ou sur le bord cubital doit conduire à une consultation médicale pour un examen clinique et une radiographie. L'IRM ou l'arthroscanner seront prescrits si une lésion ligamentaire sévère est suspectée.
Quelle est la différence entre une entorse et une fracture du poignet ?
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L'entorse correspond à une lésion des ligaments (structures qui relient les os entre eux) sans atteinte osseuse. La fracture implique une rupture de la continuité d'un os. Les deux peuvent survenir simultanément lors d'un même traumatisme. Cliniquement, elles sont difficiles à distinguer sans imagerie : une fracture non déplacée peut se manifester de façon aussi discrète qu'une entorse, tandis qu'une entorse grave peut être aussi douloureuse qu'une fracture. C'est pourquoi une radiographie est systématiquement indiquée après tout traumatisme significatif du poignet, pour ne pas manquer une fracture du scaphoïde - os qui, en cas de fracture non diagnostiquée, peut évoluer vers une nécrose osseuse. Si la radio est normale mais que la douleur persiste, une IRM doit être demandée.
Peut-on bouger le poignet en cas d'entorse ?
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Dans les formes bénignes, une mobilité partielle et indolore est possible et ne contre-indique pas la guérison. En revanche, forcer les mouvements douloureux dans les premiers jours aggrave l'inflammation et retarde la cicatrisation ligamentaire. Pour les entorses modérées à graves, l'immobilisation par attelle est recommandée pendant la phase aiguë, précisément pour mettre les ligaments au repos et permettre leur cicatrisation dans de bonnes conditions. Après la phase d'immobilisation, la mobilisation progressive (sous supervision d'un kinésithérapeute) est indispensable pour récupérer l'amplitude articulaire complète et éviter la raideur résiduelle. La règle générale : si un mouvement est douloureux, il ne faut pas le forcer. La douleur est un signal de protection à respecter.
Faut-il toujours immobiliser une entorse du poignet ?
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L'immobilisation n'est pas systématique pour toutes les entorses. Pour les entorses bénignes avec simple étirement ligamentaire, un bandage élastique de soutien et une réduction des activités douloureuses peuvent suffire. Pour les entorses modérées à graves, une attelle de poignet maintenant l'articulation en position neutre est en revanche nécessaire pour protéger les ligaments en cours de cicatrisation. La durée d'immobilisation est décidée par le médecin en fonction de la gravité de la lésion et de l'évolution clinique. Une immobilisation trop courte expose à une récidive ou à une cicatrisation incomplète. Une immobilisation trop longue peut entraîner une raideur articulaire et une amyotrophie. Le sevrage progressif de l'attelle, accompagné d'une rééducation, est l'approche recommandée pour les formes modérées.
Quand reprendre le sport après une entorse du poignet ?
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La reprise sportive doit être conditionnée par trois critères : la disparition des douleurs au repos et à l'effort, le retour à une mobilité complète ou quasi-complète du poignet, et la récupération d'une force de préhension comparable au côté sain. Pour une entorse bénigne, la reprise peut intervenir en 2 à 3 semaines. Pour une entorse modérée, il faut généralement attendre 6 à 8 semaines. Pour les formes graves opérées, la reprise sportive n'est envisageable qu'après 4 à 6 mois. Le port d'un strapping ou d'une orthèse de sport préventive est recommandé lors des premières séances de reprise pour protéger le ligament encore en cours de maturation. Une reprise trop précoce est la principale cause de récidive et d'instabilité chronique.
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