La gazette

Hypertension artérielle : quels traitements ?

Directement liée à 13 % des décès dans le monde chaque année, l’hypertension artérielle est le premier motif de consultation en médecine générale. Environ 15 millions de personnes sont hypertendues en France, soit 30 % des adultes et 50 % des personnes de plus de 65 ans. Au-delà d’un simple facteur de risque, elle est aussi une véritable maladie chronique.

Le mode de vie, à savoir la sédentarité et l’alimentation trop riche en graisse et en sel, est la première cause d’hypertension. Même si elle ne se guérit pas, elle se soigne très bien grâce à des traitements efficaces qui permettent aujourd’hui de vivre plus longtemps sans complication handicapante.

 

Qu’est-ce que la tension artérielle ?

Le cœur est un muscle qui se contracte 50 à 80 fois par minute au repos. À chaque contraction, il est capable d’envoyer le sang dans tout le corps via les artères. Une pression suffisante est nécessaire pour atteindre les plus petits vaisseaux, que l’on appelle des capillaires, aux endroits les plus éloignés du corps, du cuir chevelu vers les orteils.

Comme les artères sont capables de se contracter et de se dilater, elles envoient le sang de façon pulsatile dans tout le corps. On peut d’ailleurs percevoir ce phénomène quand on prend le pouls. La tension artérielle est donc la mesure de la pression qui règne à l’intérieur des artères.

 

Est-ce que la tension artérielle change ?

La tension artérielle varie tout au long de la journée. Elle diminue par exemple pendant le sommeil et le repos ou dans un environnement chaud. Elle monte en revanche au cours de l’activité physique, lorsque l’on ressent des émotions soudaines ou dans un environnement froid.

Lorsque la tension artérielle est trop forte dans les artères pendant trop longtemps, elle peut être dangereuse car elle fatigue le cœur et créé des lésions graves sur les parois des artères. À terme elle augmente donc le risque d’accidents cardiovasculaires.

 

Quelle est la valeur normale de la tension artérielle ?

La valeur normale de la pression artérielle est de 120/80 mmhg :

  • Le premier chiffre correspond à la pression maximale lorsque le cœur se contracte pour expulser le sang (la systole)
  • Le deuxième chiffre correspond à la pression minimale lorsque le cœur se relâche pour recevoir le sang (la diastole)

On parle d’hypertension artérielle au-delà de 140/90 lorsque la mesure est faite au cabinet médical et au-delà de 135/85 lors d’une auto-mesure à la maison ou en pharmacie.

 

Comment bien prendre sa tension artérielle ?

Au moins une fois par an, il est important de contrôler votre tension artérielle chez votre médecin traitant. Si elle est trop élevée en consultation, il est indispensable de la vérifier en auto-mesure. L’effet blouse blanche, c’est-à-dire le stress de la consultation, ou le moment de la journée pouvant fausser les résultats, il est préférable de :

  • Vous munir d’un appareil d’auto-mesure de préférence avec un brassard au bras
  • Mesurer au calme 3 jours de suite, 3 fois le matin et 3 fois le soir à 2 minutes d’intervalle, toujours au même bras
  • Toujours s’installer confortablement à une table et se détendre quelques minutes avant la mesure

En notant les résultats, vous pourrez ainsi donner des mesures fiables à votre médecin. En cas de discordance importante entre le cabinet et l’auto-mesure, une Mesure Ambulatoire de la Pression Artérielle (MAPA) peut vous être proposée.

 

Quels sont les risques de l’hypertension artérielle ?

L’hypertension artérielle abime les artères de façon irréversible. Pour résister à la pression du sang, leur paroi s’épaissit diminuant ainsi le flux sanguin. Les risques principaux sont alors :

  • L’accident vasculaire cérébral
  • L’infarctus du myocarde
  • L’artérite des membres inférieurs
  • L’insuffisance cardiaque
  • L’angine de poitrine
  • La maladie d’Alzheimer
  • La dissection aortique
  • L’insuffisance rénale
  • Les lésions des yeux

Au départ un simple facteur de risque cardiovasculaire, l’hypertension peut avoir des conséquences multiples sur le cœur, les artères, les reins, ou le cerveau.

 

Quels sont les médicaments de l’hypertension artérielle ?

L’hypertension artérielle est une maladie chronique qu’il n’est pas possible de guérir. Cependant, un traitement médicamenteux bien toléré et efficace permet de la stabiliser.

Actuellement, 8 familles de médicaments sont disponibles avec des mécanismes d’action qui ne sont pas les mêmes mais qui peuvent être complémentaires :

  • Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine (ARA II) (candesartan, eprosartan, irbesartan, losartan…) : en général bien tolérés, ils permettent d’agir contre une substance très active qui provoque la contraction des artères
  • Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) (benazepril, captopril, cilazapril, enalapril, fosinopril, imidapril…) : en provoquant une action favorable sur les artères et sur le cœur ils permettent de diminuer la tension artérielle
  • Les inhibiteurs de la rénine (IDR) (aliskirene) : en bloquant une substance produite par le rein (la rénine), il favorise le relâchement des artères
  • Les bêtabloquants (acebutolol, atenolol, betaxolol, bisoprolol, carteolol…) : ils réduisent la fréquence et la force des contractions cardiaques ainsi que l’activité du système nerveux
  • Les diurétiques thiazidiques et apparentés (cicletanine, indapamide, hydrochlorothiazide) : en agissant sur le rein ils permettent de diminuer la tension artérielle. Ils sont habituellement associés à d’autres médicaments
  • Les inhibiteurs calciques (ICA) (dihydropyridines, diltiazem, verapamil) : en assouplissant les artères, ils favorisent leur relâchement
  • Les antihypertenseurs centraux (clonidine, methyldopa, moxonidine, rimenidine) : ils agissent sur les commandes du cerveau de l’hypertension (moins utilisés car ils ont plus d’effets indésirables)
  • Les alpha bloquants (prazosine, urapidil) : ils agissent directement sur les artères mais peuvent provoquer des baisses de tension en position debout

D’après la fédération de cardiologie, sur les 15 millions de personnes hypertendues en France, 11 millions prennent un traitement et moins de 6 millions ont une hypertension contrôlée à 140/90.

 

Quels sont les effets indésirables des traitements ?

Comme tous les autres médicaments, les médicaments antihypertenseurs peuvent avoir des effets indésirables qu’il est difficile de prévoir à l’avance :

  • Une toux chronique avec les IEC qui disparait avec l’arrêt du traitement
  • Une hypotension artérielle ou des vertiges en lien avec un traitement trop fort
  • Une baisse de la libido ou des troubles de l’érection en lien avec les antihypertenseurs centraux ou les diurétiques
  • Des œdèmes de cheville avec les inhibiteurs calciques

Si vous ressentez un symptôme nouveau avec votre traitement, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin qui vous aidera à savoir si cela vient de votre traitement ou de l’hypertension en elle-même par exemple.

 

Quelles sont les associations d’antihypertenseurs possibles ?

Le choix de votre traitement peut évoluer en fonction de votre état de santé, mais aussi de l’efficacité et des effets indésirables que vous pouvez ressentir.

En général, votre médecin commencera toujours par un seul médicament parmi les cinq classes recommandées en première intention:

  • Les diurétiques thiazidiques
  • Les bêtabloquants
  • Les inhibiteurs calciques (ICA)
  • Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC)
  • Les antagonistes de l’angiotensine II (ARAII)

En cas de de réponse insuffisante au bout d’un mois, une bithérapie, c’est-à-dire l’association de deux médicaments peut être proposée :

  • Un bêtabloquant avec un diurétique thiazidique ou un inhibiteur calcique
  • Un ARA II avec un diurétique thiazidique ou un inhibiteur calcique
  • Un IEC avec un inhibiteur calcique ou un diurétique thiazidique
  • Un diurétique thiazidique avec un bêtabloquant, un ARA II ou un IEC
  • Un inhibiteur calcique avec un bêtabloquant, un ARA II ou un IEC

 

Hypertension artérielle : schéma des associations possibles d’antihypertenseurs (source HAS)

Schéma des associations possibles d’antihypertenseurs (source HAS)

 

L’association de plusieurs classes thérapeutiques permet d’augmenter l’efficacité.

 

Comment savoir quel traitement me correspond ?

Chaque hypertension est unique et ne ressemble pas à une autre. Seul votre médecin traitant ou votre cardiologue peuvent vous prescrire un traitement adapté à votre cas. Il est très fréquent de devoir essayer plusieurs médicaments avant de trouver celui qui vous conviendra le mieux en termes d’efficacité et de tolérance. Chez plus d’une personne hypertendue sur deux, on associe deux, voire trois familles de médicaments différentes pour contrôler la tension artérielle.

La maladie évoluant tout au long de la vie, n’hésitez pas à ajuster régulièrement votre traitement par un suivi régulier chez votre médecin traitant environ tous les 3 mois.

 

Doit-on prendre un traitement toute sa vie ?

Prendre un traitement quotidien contre l’hypertension permet de vivre plus longtemps sans conséquence handicapante. Même si le choix du traitement s’est simplifié ces dernières années, la plus grande difficulté reste d’admettre qu’il doit être poursuivi sans arrêt. Seule la prise régulière du traitement permet d’éviter les complications de l’hypertension.

 

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Auteur : Dr Claire Lewandowski, psychiatre – 19 décembre 2018

Hypertension artérielle : quels traitements ?