Spasticité : causes, symptômes et traitements

Personne allongée en position repliée sur elle-même dans un canapé, illustrant les contractures musculaires involontaires et la raideur caractéristiques de la spasticité

On estime à près de 12 millions le nombre de personnes atteintes de spasticité dans le monde. Il s’agit d’un symptôme neurologique, qui s’avère généralement être la conséquence d'une lésion du système nerveux central. La spasticité se manifeste par une raideur musculaire involontaire, des spasmes et des contractures qui peuvent profondément altérer le quotidien des personnes qui en sont atteintes.

En bref
La spasticité est un symptôme neurologique touchant 12 millions de personnes dans le monde, caractérisé par une raideur musculaire involontaire et vitesse-dépendante, des spasmes et des contractures. Elle résulte d'une lésion du système nerveux central, principalement due à un AVC, une sclérose en plaques, une lésion médullaire ou une paralysie cérébrale. Elle peut gêner la marche, les soins d'hygiène, le sommeil et provoquer des douleurs chroniques. Son évaluation repose sur des échelles cliniques standardisées (Ashworth, Penn). La prise en charge est individualisée : kinésithérapie, myorelaxants oraux, injections de toxine botulique (traitement pour les formes localisées) et pompe à baclofène intrathécal pour les formes sévères. L'objectif n'est pas de supprimer toute spasticité, mais d'en réduire uniquement la part gênante.
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Qu'est-ce que la spasticité ?

Définition

La définition de référence de la spasticité provient des travaux de Lance (1980), reprise par l'Inserm : il s'agit d'un « désordre moteur caractérisé par une augmentation vitesse-dépendante du réflexe d'étirement (hypertonie musculaire), associée à l'hyperexcitabilité de l'arc réflexe myotatique ». En termes simples : lorsqu'un muscle est étiré rapidement (par un mouvement passif de l'articulation), il se contracte de façon exagérée et involontaire, s'opposant de ce fait au mouvement. Cette résistance est d'autant plus marquée que l'étirement est rapide. La spasticité induit une hypertonie, peut être à l'origine de douleurs et de spasmes, et provoquer une impotence fonctionnelle des membres.

Spasticité, rigidité, dystonie : ne pas confondre

Il est important de distinguer la spasticité d'autres formes de troubles du tonus musculaire. La rigidité, observée dans la maladie de Parkinson, est une raideur constante, indépendante de la vitesse du mouvement. La dystonie se caractérise par des contractions soutenues qui imposent des postures anormales, souvent douloureuses. La spasticité, elle, est vitesse-dépendante : la résistance au mouvement augmente avec la rapidité de l'étirement, ce qui constitue sa signature clinique propre.

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Quelles sont les causes de la spasticité ?

Les principales étiologies sont les suivantes :

L'accident vasculaire cérébral (AVC)

L'AVC est l'une des causes de spasticité chez l'adulte. La destruction d'une zone du cortex moteur ou des voies corticospinales par un infarctus ou une hémorragie cérébrale prive les motoneurones spinaux du contrôle inhibiteur supérieur. La spasticité post-AVC apparaît généralement dans les premières semaines à mois suivant l'accident, et peut toucher le membre supérieur (poing fermé, bras fléchi) ou inférieur (pied en équin, genou en extension).

La sclérose en plaques (SEP)

La spasticité est présente à des degrés divers chez un grand nombre de patients atteints de sclérose en plaques, selon les données citées dans l'avis de la Commission de la Transparence de la HAS. Elle résulte des lésions démyélinisantes qui touchent les cordons moteurs de la moelle épinière et les voies corticospinales. Elle peut se manifester par une raideur des membres inférieurs, des spasmes nocturnes douloureux ou une sensation de jambes « en béton ». La spasticité dans la SEP est souvent fluctuante, aggravée par la fatigue, la chaleur ou les infections.

Les lésions médullaires

Après un traumatisme de la moelle épinière, certains patients développent une spasticité au-dessous du niveau de la lésion. Comme l'explique une étude publiée par l'Inserm, l'émergence de la spasticité post-médullaire est progressive et liée à plusieurs mécanismes :  

  • hyperexcitabilité des motoneurones,  
  • réduction de l'inhibition présynaptique et réciproque,  
  • et modifications intrinsèques des cellules nerveuses.  

La spasticité spinale se caractérise par des spasmes en flexion ou en extension, souvent déclenchés par des stimuli mineurs (contact, pression, infection urinaire).

La paralysie cérébrale

La paralysie cérébrale est l’une des causes de spasticité chez l'enfant. Elle résulte d'une lésion cérébrale survenue avant, pendant ou juste après la naissance. Selon les recommandations de la HAS sur la rééducation et la paralysie cérébrale, la spasticité musculaire est l'un des principaux contributeurs au développement de limitations articulaires et de déformations orthopédiques durables si elle n'est pas traitée pendant la croissance.

Autres étiologies

D'autres pathologies neurologiques peuvent engendrer une spasticité :

  • Traumatisme crânien grave, avec lésion des voies motrices ;
  • Sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot) ;
  • Myélopathies cervicales (compression médullaire chronique par arthrose ou hernie discale);
  • Maladies héréditaires spastiques (paraplégie spastique héréditaire).

Symptômes et retentissement de la spasticité

La spasticité se manifeste de façon variable selon la localisation et la sévérité de la lésion neurologique. Les signes les plus fréquents sont :

  • Hypertonie musculaire : les muscles sont anormalement contractés au repos ou lors des mouvements passifs
  • Spasmes musculaires : contractions soudaines, involontaires, souvent douloureuses, survenant spontanément ou déclenchées par un stimulus
  • Contractures et rétractions : raccourcissement progressif des muscles et des tendons, ce qui limite l'amplitude articulaire
  • Clonus : succession de contractions et relâchements rythmiques d'un muscle lors d'un étirement maintenu
  • Signe de Babinski : extension du gros orteil lors de la stimulation plantaire (généralement signe indirect d'atteinte du faisceau pyramidal)
  • Syncinésies : mouvements parasites involontaires d'un membre lors des mouvements volontaires d'un autre.

Impact sur la vie quotidienne

Comme l’on peut s’en douter, la spasticité a un retentissement concret, quotidien et multidimensionnel pour ceux qui en souffrent. Elle est susceptible de :

  • gêner la marche (pied en équin, cisaillement des jambes),  
  • rendre difficiles les soins d'hygiène (contracture en flexion du coude ou du poignet, poing fermé),  
  • altérer le sommeil par des spasmes nocturnes,  
  • provoquer des douleurs chroniques dans certains cas.  

Elle complique également les activités professionnelles, la conduite, et les interactions sociales. Il est donc important que l’évaluation de son retentissement prenne en compte à la fois la qualité de vie au repos, lors des soins, et dans les activités personnelles, familiales et sociales.

Bon à savoir : il est important de noter que la spasticité n'est pas toujours uniquement délétère. Chez certains patients, notamment après une lésion médullaire ou certaines atteintes neurologiques, un certain degré de spasticité des membres inférieurs peut contribuer à la stabilité lors de la station debout ou même aider à la marche. C'est pourquoi l'objectif du traitement n'est pas de supprimer toute spasticité, mais de réduire uniquement celle qui est douloureuse ou gênante, tout en préservant le tonus musculaire utile au fonctionnement quotidien.

Les facteurs aggravants

Plusieurs facteurs peuvent aggraver temporairement la spasticité. Leur prise en charge permet souvent d'améliorer les symptômes sans qu'il ne soit nécessaire d'intensifier le traitement antispastique. Parmi les principaux facteurs figurent :

  • les infections, en particulier les infections urinaires, fréquentes chez les personnes présentant une lésion médullaire ;  
  • les escarres, les plaies cutanées ou toute douleur mal contrôlée (fracture, douleur articulaire, ongle incarné, etc.) ;  
  • la constipation et la rétention urinaire ;  
  • la fièvre, la fatigue importante et le stress ;  
  • l'exposition au froid ou les variations importantes de température.

Comment évalue-t-on la spasticité ?

L'évaluation de la spasticité est une étape importante avant toute décision thérapeutique. Elle est généralement réalisée par un neurologue ou un médecin de médecine physique et de réadaptation (MPR), en collaboration avec le kinésithérapeute et, selon les besoins, d'autres professionnels de la rééducation. Plusieurs outils cliniques standardisés permettent d'en mesurer la sévérité, le retentissement fonctionnel et les objectifs de traitement :

  • Échelle d'Ashworth modifiée (MAS) : elle mesure la résistance au mouvement passif sur une échelle de 0 (absence d'hypertonie) à 4 (rigidité importante). C'est l'outil le plus utilisé en pratique clinique, même s'il ne distingue pas toujours la spasticité d'autres causes de raideur.
  • Score de Penn : il évalue, par auto-évaluation, la fréquence des spasmes musculaires par heure, sur une échelle de 0 à 4 ; il est particulièrement utilisé chez les patients blessés médullaires.
  • Échelles fonctionnelles : la Mesure d'Indépendance Fonctionnelle (MIF) et la SCIM (Spinal Cord Independence Measure), particulièrement utilisée chez les personnes présentant une lésion médullaire, permettent d'apprécier les conséquences de la spasticité sur l'autonomie.
  • Évaluation de la douleur : des outils comme l'échelle visuelle analogique (EVA) ou le questionnaire DN4 peuvent être utilisés lorsqu'une douleur, notamment neuropathique, est associée.

L'IRM cérébrale ou médullaire ne mesure certes pas directement la spasticité, mais peut aider à identifier la lésion neurologique responsable. Enfin, l'électromyographie (EMG) ou l'échographie peuvent être utilisées pour guider avec précision les injections de toxine botulique.

Traitements de la spasticité : une approche au cas par cas

Il n'existe pas de traitement universel de la spasticité. La prise en charge est individualisée, adaptée à la cause, à la localisation et aux objectifs du patient. Trois grands types d'interventions peuvent être combinés selon les situations.

La kinésithérapie : un bon pilier de la prise en charge

Les étirements musculaires réguliers, pratiqués quotidiennement, maintiennent la souplesse articulaire et préviennent les rétractions. Toutefois, la kinésithérapie ne se substitue pas aux autres traitements, mais conditionne leur efficacité : une injection de toxine botulique sans programme de rééducation associé est susceptible de perdre une grande partie de son bénéfice.

Les médicaments : agir sur la raideur musculaire

Lorsque la spasticité est diffuse (c'est-à-dire qu'elle touche de larges groupes musculaires), des médicaments myorelaxants pris par voie orale peuvent être prescrits. Ils réduisent le tonus musculaire, mais nécessitent un ajustement progressif de la dose pour éviter les effets secondaires, notamment la somnolence. Leur prescription et leur surveillance relèvent du médecin spécialiste.

La toxine botulique : pour les spasticités localisées

Lorsque la spasticité se concentre sur un ou quelques muscles précis (par exemple le pied en équin après un AVC, ou la main fermée dans la paralysie cérébrale), des injections de toxine botulique directement dans les muscles cibles peuvent être envisagées. L'effet dure environ 3 mois (cela dépend de chaque patient) et les injections sont renouvelables. Il s'agit d'un traitement de grade A selon l'ANSM, ce qui signifie que son efficacité est solidement établie par les données scientifiques.

La pompe implantable : pour les formes les plus sévères

Dans les cas de spasticité chronique sévère et diffuse résistant aux traitements antispastiques oraux ou ne les tolérant pas, une pompe programmable peut être implantée chirurgicalement dans la région abdominale. Elle délivre en continu du baclofène (Lioresal®) directement dans l'espace intrathécal, au contact du liquide céphalorachidien, à des doses nettement inférieures à la voie orale, ce qui améliore l'efficacité tout en limitant les effets secondaires systémiques. Ce dispositif nécessite un suivi médical régulier.

Vivre avec la spasticité : adaptation et accompagnement

Au-delà des traitements médicaux, la gestion de la spasticité au quotidien passe par un ensemble de stratégies que les patients et leurs aidants peuvent s'approprier :

  • Maintenir une routine d'étirements réguliers, matin et soir, pour prévenir les rétractions
  • Adapter l'environnement : aides techniques, barres d'appui, lève-personnes, siège adapté
  • Surveiller et traiter rapidement les facteurs aggravants : infections urinaires, constipation, douleurs
  • Travailler avec une équipe pluridisciplinaire : médecin MPR (médecine physique et réadaptation), kinésithérapeute, ergothérapeute, infirmière spécialisée
  • Maintenir une activité physique adaptée : la sédentarité est susceptible d’aggraver la spasticité et les rétractions

Les associations de patients jouent un rôle précieux dans le partage d'expériences et l'accès aux droits (MDPH, prestation de compensation du handicap, etc.).

L’avis des experts de MédecinDirect

La spasticité peut être réduite, ses complications prévenues, et l'autonomie du patient préservée bien plus longtemps qu'on ne le croit. La clé, c'est d'agir tôt et de fixer des objectifs précis avec le patient. La toxine botulique a changé la pratique en neurologie et en MPR. Pour les spasticités focales, elle apporte des résultats souvent spectaculaires, sans les effets secondaires systémiques des traitements oraux. Mais un point d’attention est toutefois à noter : la toxine botulique ne remplace pas la kinésithérapie, les deux se complètent. Et n'oublions pas que toute aggravation brutale d'une spasticité connue doit déclencher une recherche active de cause nociceptive.

 

Les informations de cet article sont fondées sur des données scientifiques publiées et des recommandations institutionnelles. Elles ne remplacent pas l'évaluation d'un médecin, seul à même d'apprécier votre situation personnelle. Si vous vous reconnaissez dans les situations décrites, consultez un professionnel de santé.    

FAQ

Retrouvez ici les réponses aux questions que vous pourriez vous poser

La spasticité peut-elle disparaître spontanément ?
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La spasticité ne disparaît pas spontanément dans la grande majorité des cas, car la lésion neurologique qui la cause est généralement permanente. Elle peut toutefois s'améliorer partiellement, notamment dans les semaines suivant un AVC, au gré de la récupération neurologique spontanée (plasticité cérébrale). L'objectif du traitement n'est pas toujours de supprimer toute spasticité, mais de réduire celle qui est gênante, en préservant la raideur résiduelle utile à la fonction.
La toxine botulique est-elle douloureuse ?
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Les injections de toxine botulique dans les muscles spastiques sont réalisées avec des aiguilles fines et sont généralement bien tolérées. Une légère douleur lors de la piqûre est possible, mais l'inconfort reste limité. Le guidage par EMG ou échographie, utilisé pour cibler précisément les muscles, nécessite un petit bourdonnement sur la peau ou une pression, sans douleur significative. La prescription relève d'un spécialiste (neurologue, médecin MPR). Selon les recommandations de l'ANSM, c'est un traitement de grade A pour la réduction locale de la spasticité.
Quelle est la différence entre spasticité et spasme ?
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La spasticité et le spasme sont deux manifestations distinctes mais liées. La spasticité désigne l'augmentation permanente du tonus musculaire, vitesse-dépendante, présente en permanence et qui augmente lors des mouvements rapides. Le spasme, lui, est une contraction musculaire soudaine, intense, involontaire et transitoire, qui survient souvent spontanément ou déclenchée par un stimulus (contact, mouvement, douleur). Les spasmes peuvent durer de quelques secondes à plusieurs minutes et sont souvent très douloureux. Les deux phénomènes coexistent fréquemment chez un même patient spastique, notamment dans les lésions médullaires ou la sclérose en plaques. Ils peuvent être traités par les mêmes médicaments antispastiques, bien que les spasmes sévères puissent nécessiter des médicaments spécifiques.
La spasticité peut-elle survenir chez l'enfant ?
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Selon les données de la HAS, la paralysie cérébrale est la première cause de handicap moteur chez l'enfant, et la spasticité en est la manifestation prédominante. Elle touche préférentiellement les membres inférieurs (diplégie spastique) ou l'ensemble du corps (quadriplégie). Chez l'enfant, la spasticité est particulièrement préoccupante car elle interagit avec la croissance musculo-squelettique et peut entraîner des déformations orthopédiques durables (pied valgus-équin, scoliose, luxation de hanche) si elle n'est pas traitée précocement. Le traitement chez l'enfant fait appel aux mêmes approches que chez l'adulte : kinésithérapie intensive, appareillage, toxine botulique et parfois baclofène intrathécal.
Existe-t-il des traitements non médicamenteux efficaces contre la spasticité ?
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Plusieurs approches non médicamenteuses ont démontré leur efficacité en complément des traitements médicaux : la kinésithérapie ; l'électrostimulation fonctionnelle (FES) qui stimule les muscles antagonistes pour réduire la spasticité et améliorer la marche ; la balnéothérapie (piscine chauffée), qui favorise la relaxation musculaire grâce à la flottaison et la chaleur, etc. Ces approches, associées lorsque nécessaire aux traitements médicamenteux, permettent d'améliorer les capacités fonctionnelles, de limiter les complications et de préserver autant que possible l'autonomie du patient.
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