La gazette

Les téléconsultations prennent leur essor en France : Imaginer, diversifier et réussir sa carrière médicale, un interview avec le Dr Manteau

Les téléconsultations prennent leur essor en France. Une nouvelle forme d’exercice qui inquiète parfois, mais qui séduit aussi certains médecins. Le point avec le Dr Thierry Manteau, médecin généraliste à Courbevoie, qui travaille pour la plateforme « MédecinDirect ».

  • Un exercice complémentaire
  • Une forme de consultation particulière
  • D’importants garde-fou

Comment s’organisent les médecins qui réalisent des téléconsultations ?

Dr Manteau médecin généraliste sur MédecinDirect - plateforme de téléconsultations

Il s’agit d’une activité complémentaire à leur exercice habituel. Les médecins de notre équipe travaillent en libéral, à l’hôpital, en clinique ou encore dans des institutions comme l’établissement français du sang. Nous employons actuellement six médecins généralistes, ainsi que des spécialistes. Ils assurent chacun leur tour une permanence pour répondre aux questions des patients qui sont envoyées soit par téléphone, soit par mail. De deux à trois médecins se répartissent ainsi chaque jour les différents créneaux horaires.

Qu’est-ce qui plaît dans cette forme d’exercice ?

De travailler de façon un peu innovante, tout en apportant une réponse aux problèmes d’accès aux soins. Beaucoup de mes confrères trouvent aussi intéressant d’exercer en dehors du contact direct avec les patients. C’est une forme d’exercice complémentaire, dans le sens où une réponse par mail nous laisse le temps de faire quelques recherches. On peut d’ailleurs y voir une forme d’auto-formation. Ensuite, en l’absence d’examen clinique, il faut savoir faire parler le patient, parler au conditionnel, explorer les différentes éventualités et se montrer exhaustif sans être angoissant. C’est un juste milieu qu’il faut atteindre pour aider le patient. Ça passe par exemple par des tournures de phrase spécifiques.

Pourquoi les patients viennent-ils vous consulter ?

On peut distinguer, schématiquement, deux types de profils. D’abord une population un peu plus âgée, qui vient chercher un deuxième avis ou des éclaircissements. On intervient à ce moment-là en complément, après une première consultation en cabinet. Ensuite, une autre catégorie, peut-être plus jeune, avec un problème particulier et question précise : « Est-il nécessaire de consulter ? » À ce moment, on écoute, on donne les éventuels signes à surveiller et on oriente si besoin vers un professionnel de santé. Mais il s’agit le plus souvent de rassurer.

Quelles sont les demandes médicales les plus courantes ?

C’est très varié. Les sujets de psychiatrie et de dermatologie reviennent régulièrement. Pour les problèmes de peau, on travaille par exemple à partir des photos que peuvent prendre les patients. La qualité est souvent suffisante pour donner une bonne orientation diagnostique et pour que notre dermatologue puisse avancer sur la prise en charge. Nous avons par ailleurs obtenu en octobre dernier l’autorisation de faire des prescriptions. Typiquement, un patient peut ainsi nous contacter un vendredi soir pour une infection urinaire. L’interrogatoire est le même que lors d’une consultation classique. Ça nous permet d’orienter le patient vers des examens complémentaires ou d’assurer directement un traitement.

Quelle réponse donnez-vous à ceux qui voient dans ces téléconsultations une ubérisation de la santé ?

En l’absence de garde fou, le risque serait effectivement avéré. Mais il faut rappeler que notre modèle est transparent. Le site affiche la signature de chaque médecin, son numéro d’inscription à l’Ordre. Il y a également une charte d’utilisation de la télémédecine. Nous ne sommes pas là pour faire de l’ubérisation ou du renouvellement d’ordonnance à tout va. Il n’y a pas de contradiction avec l’exercice de médecin traitant. Nous sommes d’ailleurs beaucoup à être installés et l’objectif n’est pas de faire une autoconcurrence. Il s’agit d’assurer un nouveau service dans une problématique d’accès aux soins qui est de plus en plus importante, mais pas de faire du remplacement. On ne fait par exemple pas de certificats médicaux ou de lettre pour un spécialiste. On ne cherche pas non plus à recruter une « armada » de médecins pour les mettre en concurrence. Notre modèle cherche au contraire à capitaliser sur une équipe et des recrutements de qualité.


Cet article a été réalisé par le journaliste Fabien Nizon. En mars 2017, Monsieur Nizon a interviewé le Dr Manteau au sujet des nouvelles formes de travail par les médecins, notamment sur les consultations médicales à distance (les téléconsultations médicales).

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