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Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité – le TDAH

IMAGE ENFANTTrouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité : TDAH

Tout le monde a entendu parler du TDAH, faussement nommé « hyperactivité ». Ce trouble touche environ 3 à 5% des enfants de 6 à 12 ans ce qui représente 1 à 2 enfants par classe de 30 élèves. Pourtant il n’est pas toujours diagnostiqué. Il se caractérise par :

  • Des difficultés à se concentrer – Je suis très facilement distrait.
  • Une impulsivité marquée – J’agis avant de réfléchir / Je suis incapable d’attendre.
  • Une agitation incessante – Je bouge trop et je ne peux pas m’en empêcher.

La forme mixte réunit ces 3 signes mais il y a des formes avec un trouble de l’attention pur sans hyperactivité motrice et des formes où l’agitation prédomine.

C’est un trouble de nature neurobiologique

L’hypothèse d’un dysfonctionnement dopaminergique : la dopamine est un neurotransmetteur dont un des rôles est de fixer l’attention. Chez beaucoup d’enfants atteints de TDAH la dopamine est non seulement moins présente mais comporte aussi des anomalies au niveau de son récepteur.

C’est pourquoi la transmission de l’influx nerveux ne peut pas se faire correctement dans certaines zones du cerveau, notamment celles responsables du contrôle et de l’inhibition. Impossible de savoir quand il faut « freiner » ou déclencher une action. Comme sur une route sans panneaux de signalisation. Des modifications anatomiques au niveau du cervelet ont été étudiées par le Pr Berquin neuropédiatre à Lille.

L’étiologie est génétique. Des causes favorisantes peuvent exister dans la période néonatale : hypoxie, prématurité ou la consommation d’alcool ou tabac pendant la grossesse. Il y a peu d’arguments en faveur d’une cause affective ou éducative : on incrimine souvent à tort les parents.

C’est un trouble du comportement qui se manifeste depuis le plus jeune âge et en tous milieux (aussi bien en famille qu’à l’école). Dans les premiers mois ces enfants s’agitent, tourbillonnent ou pleurent sans cesse et sont inconsolables.

A l’âge scolaire où le bon élève doit être calme, attentif, réfléchi, ils sont agités, impulsifs, donc en conflit avec l’enseignant et en situation d’échec. Ou bien ils sont distraits, dans la lune et n’obéissent pas aux consignes. Souvent réprimandés ou punis à l’école comme à la maison ils ont un comportement de chenapan pour une psychologie de chérubin en fait. Accusés à tort de manquer de bonne volonté, de motivation ou de maturité ils sont dans une incapacité comportementale et non coupables d’une « faute morale ».

Le TDAH est souvent accompagné de troubles anxieux ou dépression et s’associe fréquemment à des troubles des apprentissages (dyslexie, dyscalculie), des troubles du sommeil  puis des troubles oppositionnels et des troubles des conduites. Parfois ces symptômes ne sont pas remarqués, principalement dans deux situations : quand l’enfant a peur (de la maîtresse par exemple) il se contrôle énormément ; ou bien les enfants précoces ou surdoués font « oublier » leur comportement par des résultats scolaires plus que satisfaisants.

A l’adolescence l’agitation a tendance à se calmer mais les troubles de l’attention persistent. Pour les enfants qui se sont beaucoup contrôlés par contre il peut y avoir une accentuation et une « explosion » des troubles oppositionnels et des conduites à risque y compris la consommation de substances : tabac , cannabis, alcool. C’est pourquoi il est nécessaire de faire le diagnostic et de commencer un traitement avant l’adolescence.

Le diagnostic du TDAH est principalement clinique

Il existe des tests pour évaluer les déficits de l’attention mais il ne sont pas spécifiques de cette maladie. C’est la diversité des sources et la convergence des observations (bulletin scolaires, avis des parents, entretien médical) qui permettent de poser le diagnostic.

Le traitement bien sûr doit comporter des entretiens psychologiques pour expliquer la maladie et le traitement, déculpabiliser, retrouver estime de soi. Un soutien psychothérapeutique plus prononcé si les angoisses sont importantes, voir une thérapie cognitivo-comportementale* pour apprendre à gérer les émotions et maitriser son comportement.

Une rééducation orthophonique et en psychomotricité sont à envisager selon la teneur des bilans. Un aménagement scolaire est souvent nécessaire (renforcer le cadre et les routines, mettre l’enfant au premier rang pour éviter les distractions, donner plus de temps pour les évaluations ou alléger le programme) à mettre en place avec le médecin scolaire. A noter que les activités sportives que l’on préconise souvent pour canaliser l’énergie sont sans effets notables. Pour les formes sévères les psychiatres prescrivent un traitement médicamenteux psychostimulant : la Ritaline ® (méthylpnénidate*) depuis 1996 en France (1954 en Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis ou dans les pays scandinaves).

Pourquoi utiliser un tel psychostimulant ?

C’est une amphétamine qui diminue la dégradation de la dopamine et donc contribue à en maintenir le taux suffisamment élevé. Ce traitement est donné à partir de 4 ans jusqu’à 18 ans voir 21 ans si besoin. Il doit être initié par un pédopsychiatre, un neuropédiatre ou un pédiatre hospitalier qui le renouvèle chaque année. Les adaptations des posologies peuvent être faites par le psychiatre ou le pédiatre libéral, ou par le médecin généraliste : elles tiennent compte de l’amélioration ou pas des symptômes, ou de l’apparition éventuelle d’effets secondaires (perte d’appétit surtout).

Un vrai TDAH réagit bien à ce traitement. En cas d’inefficacité, on peut remettre en cause le diagnostic.

Sources :

  1. Conférence du 5 juillet 2011 du Dr Wahl pédopsychiatre à Montmorency auteur du QUE SAIS JE sur l’hyperactivité aux éditions PUF.
  2. Association HyperSupers-TDAH France : www.tdah-france.fr

* La thérapie cognitivo-comportementale est une thérapie courte qui vise à développer une attitude différente face à ses peurs et angoisses de la vie quotidienne. L’enfant apprend à repérer ce qui le met en insécurité et est aidé à trouver les ressources pour se sentir plus détendu. Il adopte alors progressivement un autre comportement. Bien conduite cette thérapie semble participer à une amélioration du dysfonctionnement cérébral.

* Le CONCERTA ® est aussi du méthylphénidate, de libération plus progressive, sur une plus longue durée.
 


Auteur : Dr Brigitte DUFOUR

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

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