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La révolution technologique et vos données de santé, faut-il s’inquiéter ? MédecinDirect fait son diagnostic

Mais que nous arrive-t-il ? Dans les révolutions technologiques que nous avons vécues ces dernières années, la révolution technologique qui touche notre santé est un élément à la fois inquiétant et passionnant.

Au quotidien les patients se connectent sur Internet, posent leurs questions sur des sites très populaires en sachant pertinemment que tout ce qui est écrit sur ce site fait l’objet d’une utilisation commerciale évidente. Le problème des données de santé n’est donc pas un véritable problème, mais ce sujet est avancé par tous comme une épée de Damocles et un risque élevé. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas être vigilant sur les données que l’on peut partager avec différents systèmes ou applications qui vous garantissent toutes la plupart du temps que vos données sont protégées.

Si la plupart des sites sont sérieux, vérifiez bien que dans les mentions légales ou les conditions d’utilisation du site ou des applications, il soit fait mention clairement d’une protection des données à caractère personnel ce qui vous garantira tout du moins que vos données ne serviront rien d’autre sans votre consentement. Il est aussi intéressant de constater que malgré tous les efforts de digitalisation qui ont été entrepris ces dernières années, il soit encore aussi compliqué de partager ses données de santé avec la personne que l’on souhaite.

Les données de santé

Regardez par exemple dans le domaine des analyses biologiques, nous recevons nos données sur papier, notre médecin reçoit les données en utilisant une messagerie sécurisée mais si l’on souhaite les partager avec une autre personne il nous faudra scanner le document reçu et l’envoyer par messagerie classique, qui elle, la plupart du temps, est non sécurisée. Dans le même ordre d’idées on attend toujours l’ordonnance électronique !

On fait donc des efforts considérables pour partager des données en mode sécurisé d’un côté et de l’autre on utilise une messagerie non sécurisée pour l’envoyer tout simplement à sa famille. Ce paradoxe est constant et généralisé, regardez par exemple chaque fois que vous voulez échanger avec votre médecin traitant ou un autre professionnel de santé, pas d’autre choix que d’utiliser une messagerie non sécurisée.

Cette sensation désagréable, que tout le monde n’est pas au diapason dans la sécurité des données est très perturbante pour beaucoup d’entre nous. D’un autre côté et à la décharge de beaucoup d’utilisateurs des nouvelles technologies, plus le système est complexe, plus il est détourné au profit de système plus simple. Il est difficile par exemple de demander à une personne âgée de se connecter en utilisant un « login », un mot de passe complexe, complété souvent par un système de sécurité additionnel, tel que celui utilisé pour se connecter à votre application bancaire.

Personne ne se traumatise plus de l’utilisation de votre emprunte digitale pour simplifier l’accès et la sécurisation de votre Smartphone parce que cela nous simplifie la vie. Mais dès que l’on touche à la santé, les pouvoirs publics ont pris l’habitude de vouloir sécuriser encore plus les systèmes au risque de les rendre inutilisables.

Le compromis entre risques et bénéfices est souvent mesuré par les usages qui vont être faits de l’outil.

Plus l’outil est complexe en terme d’accès, au travers d’un mot de passe complexe, d’accès hyper sécurisé, plus les usages seront minimisés et les usagers se détournent des systèmes, malgré le bénéfice évident qu’ils peuvent apporter. On le découvre aujourd’hui à tous les niveaux de la société digitale, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas sécuriser les systèmes mais il faut trouver le bon compromis qui n’empêche pas leur utilisation.

D’un autre côté, cette santé digitale offre quand même des bénéfices considérables grâce à la puissance des outils aujourd’hui développés. Et cette puissance ne va pas aller en diminuant, on le découvre tous les jours au travers d’exemples concrets. Je fais souvent la comparaison de notre « parcours santé » avec la voiture et si on regarde l’évolution de cette voiture au cours des 50 dernières années, on peut faire un parallèle amusant.

En effet il y a quelques années pour conduire une voiture il fallait vraiment de bonnes connaissances notamment dans la mécanique si on ne voulait pas rester en panne sur le bord de la route. Pas question de GPS, pas question de frein assisté ni de direction assistée. Le compromis sécurité était au minimum et le risque souvent au maximum. Les indicateurs des pouvoirs publics étaient le nombre de morts ou blessés sur les routes.

Mais les technologies ont permis des progrès considérables, la sécurité a été renforcée de façon très importante, nous avons tous maintenant un nombre de technologies embarquées important, mais qui restent pour la plupart totalement transparentes ou silencieuses pour le conducteur, vous ne savez même pas que vous aviez ce genre d’outils mais lorsque cela est nécessaire, cet outil fait son office et vous prévient en vous évitant souvent un danger imminent.

Les technologies ont permis des progrès considérables

Alors le parallèle avec la santé est très intéressant à plus d’un titre et les technologies qui arrivent sur le marché aujourd’hui nous permettent d’imaginer que notre santé sera probablement pilotée ou contrôlée de façon continue par un certain nombre d’outils et de technologies connectées en permanence et qui nous permettront de vérifier un grand nombre de paramètres santé et d’être averti si l’un ou l’autre des paramètres santé suivis montre une défaillance. De la même manière la voiture vous offre aujourd’hui un tableau de bord complet et tout à fait clair. Il vous remonte des informations synthétiques et en temps réel sur les conditions de conduite, les conditions extérieures, le trafic, l’état de vos pneus, l’état de vos freins, quel est le meilleur moment pour faire une révision ?

Nous pouvons imaginer que demain nous embarquerons un certain nombre de technologies qui comme dans la voiture, remonteront des informations sur notre santé en temps réel et nous avertiront de problèmes éventuels qui pourraient survenir.

Le parallèle est donc tout trouvé avec la santé et sans se tromper beaucoup, nous pouvons imaginer que demain nous embarquerons un certain nombre de technologies qui comme dans la voiture, remonteront des informations sur notre santé en temps réel et nous avertiront de problèmes éventuels qui pourraient survenir. Notre GPS santé sera notre capacité à se mouvoir dans « notre » parcours de santé personnalisé (tout le monde n’a pas envie de suivre le même chemin !), trouver les bons interlocuteurs, les bons spécialistes, le bon réseau etc. Le tableau de bord de notre santé remontera un certain nombre d’informations cruciales et uniquement nécessaires à la bonne conduite de sa santé.

Mais si la voiture a progressé de façon considérable ces dernières années, même si la santé a fait des bonds extraordinaires grâce aux progrès médicaux, on s’aperçoit au quotidien que dans le domaine de la santé digitale nous n’en sommes qu’au tout début. C’est donc une opportunité exceptionnelle – des transformations digitales ont déjà touché d’autres domaines depuis quelques années, la banque, l’automobile, les services de toute sorte (livraison par exemple)- qui nous permet de penser que la santé va profondément se transformer pour permettre à l’homme de progresser à la fois dans sa manière de prévenir les accidents de santé et de les traiter rapidement si toutefois ils survenaient.

On s’aperçoit au quotidien que dans le domaine de la santé digitale nous n’en sommes qu’au tout début

Comme avec l’automobile, les changements sont toujours compliqués à gérer et à faire accepter, parfois imposés par la puissance publique (la ceinture de sécurité, la limitation de vitesse etc.), mais qui reviendrait aujourd’hui en arrière ? Qui se passerait de l’antipatinage, de l’aide au freinage, de l’aide au parking, du GPS… ? Comme dans l’automobile il faut des innovateurs qui peuvent faire changer la perspective et la vision qu’ont les utilisateurs de leur santé, les convaincre d’adopter les bons systèmes, la bonne conduite à tenir, faire en sorte que les outils de prévention soient omniprésents pour travailler en anticipation plus qu’en traitement, éviter l’accident plutôt que de le réparer. Notre corps et notre santé sont des machines complexes que nous ne savons pas forcément conduire de la meilleure façon qui soit, c’est pourquoi beaucoup de développements aujourd’hui sont tournés vers l’aide à une meilleure compréhension de notre état, de l’environnement, et plus généralement de tout ce qui peut agir sur l’amélioration de notre état…de santé.

Comme avec l’automobile, les changements sont toujours compliqués à gérer et à faire accepter, parfois imposés par la puissance publique (la ceinture de sécurité, la limitation de vitesse etc.), mais qui reviendrait aujourd’hui en arrière ? Qui se passerait de l’antipatinage, de l’aide au freinage, de l’aide au parking, du GPS… ?

Par ailleurs plus nous agissons en amont du problème, plus grande est notre capacité à se prendre en charge.

Psychologiquement plus nous sommes dans la prévention, plus nous considérons que c’est un acte volontaire, moins nous considérons que c’est à la société de le prendre en charge. A l’inverse, en cas d’accident, qui n’était pas un acte volontaire, la prise en charge par la puissance publique et la gratuité de cette prise en charge ne fait aucun doute dans l’esprit des gens. Beaucoup de choses sont à considérer de façon très différente quand la santé est vu sous l’angle de la prévention plutôt que du traitement. Les médecins comme l’ensemble des professionnels de santé, n’ont pas été formés dans un but de prévention mais plus dans la prise en charge et le traitement d’un symptôme.

Il faut donc réformer aussi notre manière de voir les choses, peut-être ne pas considérer qu’une visite chez son médecin est une visite conduite par un état pathologique mais aller voir son médecin quand on est en bonne santé, faire en sorte qu’il dispense les bonnes attitudes de prévention, ce serait probablement plus profitable à la société et à nos concitoyens.

Dans une interview récente, Jacques Attali, mentionnait que le XXIe siècle sera le siècle de l’orientalisation de la médecine, dans la mesure où les outils que nous aurons et qui sont développés aujourd’hui nous permettront d’agir véritablement en amont des problèmes et si toutefois ses problèmes arrivaient, d’agir beaucoup plus rapidement pour éviter des dommages plus importants.

Alors faut-il s’inquiéter de tout cela? Faut-il avoir peur des évolutions technologiques qui vont toucher notre santé ? Comment va évoluer notre environnement santé ?

Positivons ! Chaque (r)évolution doit inclure son lot d’éducation, d’explications, elle doit rassurer car elle peut inquiéter, elle doit promouvoir les bénéfices de la transformation digitale qui vont accompagner notre santé demain.

La majeure partie des développements technologiques sont absolument remarquables, ils vont apporter un confort et une qualité de vie en bonne santé que nos parents et nos grands-parents n’auraient probablement jamais imaginés. Je reste personnellement convaincu qu’il faut être à la fois prudent sur la sélection des outils qui nous sont proposés aujourd’hui, mais aussi totalement ouvert sur les possibilités nouvelles qu’ils nous apportent. Demain nous ne nous poserons plus la question, c’est certain.

Francois Lescure

La révolution technologique et vos données de santé, faut-il s’inquiéter ? MédecinDirect fait son diagnostic