La gazette

Problèmes émotionnels et troubles fonctionnels

Problèmes émotionnels et troubles fonctionnelsfemme mal tete

Les émotions et le médecin.

Habituellement les émotions sont plutôt considérées comme étant du domaine des psychologues. Pourtant elles sont à l’interface entre l’aspect psychique et le fonctionnement physiologique du corps. C’est pourquoi  le médecin devant un patient souffrant de symptômes, physiques ou fonctionnels inexpliqués, l’aborde souvent d’un point de vue global, en tenant compte de son fonctionnement émotionnel .(A)

  1. On remarque qu’un simple entretien mené avec empathie et accepté avec confiance et authenticité par le patient peut  permettre de libérer des émotions qu’il retenait inconsciemment, en exprimant un vécu difficile.
  2. L’interrogatoire concernant le mode de vie de la personne, son histoire personnelle et familiale, les évènements marquants, en plus des antécédents médicaux, lui fait parfois prendre conscience de la nature de ses émotions  et éventuellement l’aide à clarifier les évènements ou les contextes qui seraient déclenchants ou catalyseurs.
  3. Enfin un traitement adapté pour les symptômes fonctionnels ou organiques présents permet d’aider le corps à vivre ce passage difficile.
  4. Ceci après avoir éliminé les pathologies graves nécessitant une prise en charge spécifique évidemment.

Les recherches scientifiques contribuent à souligner l’importance des émotions

  • Les émotions et le développement affectif et psychique.(B) (C)

Les recherches en psychologie permettent de dire que l’émotion est un appel, une tentative de communication avec l’entourage. Elle peut se traduire par un comportement.

  1. Si l’appel a été entendu et compris, une réponse adaptée permet à l’individu de se construire, de prendre conscience de lui-même et d’exprimer qui il est.Ceci est très important chez  le petit enfant qui est d’avantage dépendant de son entourage pour se construire.
  2. Une action de l’entourage qui ne tient jamais compte de l’état émotionnel de l’enfant crée en lui un conflit entre ce qu’il ressent de lui même et ce qu’il représente extérieurement. Il se sent dissocié, c’est le schéma corporel qu’il risque de garder en lui et qui conditionnera ses comportements même encore à l’âge adulte. Difficulté à s’exprimer, à entrer en relation, à gérer les difficultés, à faire des choix adaptés à ses besoins.
  3. Il reste en quelque sorte dépendant par rapport à son entourage et aux contextes de vie qu’il traverse, s’il n’est pas aidé pour modifier ce fonctionnement par la suite.
  • Emotions et neurosciences (D)

En neurobiologie on peut authentifier les mécanismes qui montrent que l’émotion fait le lien entre le psychisme et le corps physique et/ou les comportements. Au cours d’une scintigraphie cérébrale, avec injection de produits de contrastes, chez une personne à laquelle on fait ressentir différents types d’émotions, on constate l’impact de l’émotion sur le cerveau.

L’émotion à un impact  qui se traduit par l’activation de telle ou telle zone cérébrale  en fonction du type d’émotion ressentie. Le cerveau envoie une réponse au corps par l’intermédiaire du système nerveux (sympathique et parasympathique) qui entraîne une sécrétion hormonale avec une action biochimique sur le corps.

Cela entraîne une modification du fonctionnement physiologique : la peur peut donner des mains moites, des spasmes intestinaux,la honte une rougeur du visage).Le système immunitaire est perturbé.

Ceci  induit aussi chez la personne un type de comportement, selon son tempérament et selon l’intensité de l’émotion ressentie : fuite, lutte ou sidération et paralysie. (Ou sauts de joie si c’est une émotion positive pourquoi pas).

  • De l’émotion au symptôme : Un des fonctionnements possible (E) (F) (G)
  1. Si la personne en réponse à l’émotion émise est rassurée, par son entourage, ou par sa propre faculté, selon ses ressources,  tout redevient normal. Des systèmes de régulation se mettent en place, un sentiment de sécurité et de confiance en soi et de bien être se fait sentir.
  2.  Le cas contraire peut bien sûr se produire : l’émotion qui se manifeste n’est pas prise en compte, la situation perdure, l’entourage est hostile, incompréhensif, indifférent ou répond de manière inadaptée.
  3. Ou/et la personne elle-même a des antécédents de vécus difficiles qu’elle n’a pas pu gérer, qui remontent bien souvent à l’enfance. Elle n’a pas pu développer un système de régulation du stress satisfaisant dans ce contexte et cela s’est accentué avec l’accumulation d’autres expériences dans sa vie adulte.
  4. Un état de stress s’installe alors et s’amplifie, il y a comme un emballement du système de régulation qui devient inefficace Ceci induit un manque de confiance en elle-même, le sentiment d’être en insécurité et de ne pas pouvoir gérer certaines situations.
  5. Ceci peut aboutir soit à des comportements irréfléchis, d’ordre pulsionnel (trouble du comportement alimentaire, tabagisme, éthylisme), où à la longue à de vrais désordres fonctionnels, se portant sur certains organes. Jusqu’à en faire une vraie pathologie. Avec un état dépressif souvent latent.
  • Plusieurs maladies ou symptômes sont connues pour avoir une forte intrication avec le psychisme : spasmophilie, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique ou encéphalite myalgique, syndrome de l’intestin irritable.La recherche continue à en affiner les mécanismes..(H)
  • D’autres  maladies sont de plus en plus reconnues comme influencées par le stress: parodontites, psoriasis, polyarthrite rhumatoïde, maladie de Raynaud et bien d’autres?
  • Dans ces maladies (30 à 60% des maladies globalement?) un cercle vicieux s’installe avec le stress et doit être enrayé.

Il est donc nécessaire pour un grand nombre de maux d’envisager, au delà de l’aspect physiologique, l’aspect psychique et le contexte de vie de la personne contribuant à son état émotionnel.

  1. Surtout lorsque les symptômes, sans être graves sont invalidants
  2. avec un impact sur la qualité de vie
  3. et lorsque les traitements classiques ne sont pas satisfaisants

Si vous souffrez de tels symptômes, vous pourriez préparer l’entretien avec votre médecin en commençant à vous poser les bonnes questions afin de l’aider au mieux à vous comprendre. Il pourra ainsi vous accompagner vers une meilleure compréhension de votre mal être et vous orienter si nécessaire vers des pratiques complémentaires qui vous conviendront le mieux. (psychothérapie(s), homéopathie, acupuncture, ostéopathie et autre).

Il tient compte de la nature et de l’intensité de vos symptômes, de votre type de fonctionnement, appuyé par un examen clinique et des examens complémentaires. Il s’agit d’établir en quelque sorte un projet de soin individualisé, modifiable selon votre évolution, vous permettant petit à petit d’améliorer la gestion de vos émotions et de votre santé.

Bibliographie ;

(A) STEWART M,BROWN J.B, DONNER A et al. : The impact of patient-centered care on outcomes / J Fam Pract 2000; 127: 1592-1622.

(B) MELLIER D : L’émotion chez le bébé, un lien entre corporéité et sociabilité / L’esprit du temps Champs psychosomatique 2006/1;41:111-127

(C) LEMAITRE V La consultation thérapeutique auprès d’un bébé, de l’observation à la métaphore / Médecine et hygiène/Devenir 2002 Volume 22/101-119.

(D) DROSSMAN DA Brain Imaging and its implications for studying centrally targeted treatments in IBS : a primer for gastroenterologists. Gut 2005;54:569-573.

(E) DROSSMAN DA : Gastrointestinal illness and biopsychosocial model / Psychom Med 1998; 60:258-267.

(F) ENGEL G : The clinical application of the biopsychosocial model / Am J Psychiatry 1980;137:535-544.

(G) SUNDERLAND M : Un enfant heureux / Editions Pearson 2006

(H) CATHEBAS P Troubles fonctionnels et somatisation / Comment aborder les symptômes médicalement inexpliqués      MASSON 2006


Auteur : Brigitte Dufour

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

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