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Histoire de faire de vieux os

Histoire de faire de vieux os RADIO

La plupart d’entre nous atteindront largement l’âge de 65 ans, et c’est heureux. Seulement voila…chez les plus de 65 ans, la chute constitue très souvent une cause de mortalité immédiate ou à court terme, à une entrée dans la dépendance. Ce sont ainsi près de 8.000 personnes de plus de 65 ans qui décèdent chaque année en France suite à une chute. Et si une chute ne provoque pas forcement le décès immédiat, elle peut engendrer de sérieuses complications dont, soulignons le encore une fois, l’entrée dans la dépendance. La fracture de la hanche est (trop) fréquemment incriminée dans les causes de complication de la chute. Sources ministérielles sur les accidents mortels : « Le taux de mortalité, bas entre 5 et 14 ans, culmine au-delà de 75 ans : 122 pour 100.000, et même 584 pour 100.000 après 85 ans. Les deux-tiers des décès (12.069) sont survenus chez des personnes âgées de 75 ans ou plus. Les blessures provoquées par les accidents mortels sont principalement situées au niveau de la hanche (24%) et de la tête (21%). Dans 1 cas sur 2, il s’agit d’une fracture, et dans 1 cas sur 4, d’une atteinte des organes internes. La cause la plus fréquente des accidents est la chute (60% des causes connues de décès par Accident Vasculaire Cérébral) ». Or, l’ostéoporose est souvent montrée du doigt dans ce type de fracture.

Quels conseils simples peut-on donner pour éviter pareil destin ?

Cela tient en un mot: la prévention ! Voici quelques-unes des mesures simples et efficaces de prévention de la fracture du col du fémur:

A tout âge…

Tout d’abord, si vous êtes vous-même immédiatement concerné, ou si vous pouvez accéder au lieu de vie d’un parent cher, d’un voisin âgé, n’hésitez pas à vérifier ce qui au sol pourrait rapidement devenir un obstacle pour des pieds pas aussi faciles à relever qu’à vingt ans… Cela ne coûte pas grand chose ou rien, et c’est pourtant une mesure bien utile. Ensuite, et c’est fondamental, la marche quotidienne sera une prévention très efficace, pour plusieurs raisons, et notamment :

  • entretien de la musculature,
  • renforcement des os,
  • maintien de l’équilibre et de l’assurance à la marche.

Selon l’HAS (Haute Autorité de santé, chacun devrait s’astreindre à trente à soixante minutes de marche par jour pour une hygiène minimale du squelette. L’os est un tissu vivant. Pour vivre, il est nécessaire qu’il dispose de l’ensemble des nutriments nécessaires à sa survie et à son entretien. Il est plus que probable que nous ne connaissions pas tout aujourd’hui des nutriments utiles au métabolisme de l’os. Mais nous pouvons tout de même en citer certains. Le calcium est évidemment le nutriment essentiel de l’os. On le trouve dans notre alimentation. Ce sont les produits laitiers qui contiennent le plus de calcium. Néanmoins, il ne faut pas négliger d’autres sources de calcium, et en particulier certains légumes et fruits. Les ressources issues d’eaux minérales sont aussi citées.

A propos du végétarisme, un article paru le 7 juillet 2006 dans Le Généraliste disait: « De récentes études indiquent qu’il n’existe pas de différence de densité osseuse entre végétariens et non-végétariens. L’explication tient sans doute au fait qu’un grand nombre d’aliments sources de protéines végétales (céréales, légumineuses) ainsi que les fromages, ont beau être riches en calcium, ils ont aussi une charge potentielle acide rénale élevée. Dans ces conditions d’acidose chronique, les végétariens pourraient être autant victimes d’ostéoporose que les non-végétariens ». Donc, beaucoup de calcium dans le végétarisme, mais mal fixé car en milieu acide, si l’on se réfère à cet article. Cette notion d’acidose est importante.

Second nutriment essentiel : la vitamine D. Elle favorise, entre autre, l’absorption intestinale du calcium et sa fixation sur l’os. Il est également à souligner l’effet bénéfique de la vitamine D sur nos muscles. Les cellules musculaires possèdent un récepteur à la vitamine D, responsable d’une augmentation de surface des fibres musculaires. Par ailleurs la vitamine D, augmente la présence de calcium utilisé pour la bonne contraction musculaire. Une petite partie seulement de nos ressources en vitamine D est constituée par notre alimentation. Selon T. Souccar et le Dr Jean-Paul Curtay, on trouve principalement de la vitamine D par ordre décroissant dans l’huile de foie de morue, le hareng cru, le saumon, les sardines en boîte, le thon en boîte, les céréales, les œufs de poule, le beurre, le foie de bœuf, le foie de veau, le lait. Mais inutile d’espérer trouver dans l’alimentation la seule source de vitamine D : pour couvrir les apports quotidiens, il faudrait manger 20 sardines, ou 22 œufs par jour ! En fait, près de 90% de la vitamine D est synthétisée dans notre peau à partir du 7-déhydrocholestérol, sous l’action des UVB du soleil qui devient le troisième acteur de notre pièce. Vient alors naturellement cette question : combien de temps devons-nous laisser notre peau au soleil chaque jour ? Répondre à cette question ici est malheureusement impossible, vu le nombre de paramètres dont il faut tenir compte : latitude, horaire d’exposition, facteurs personnels de risque… Dans la littérature, on parle souvent d’un minimum de 15 à 30 minutes d’exposition solaire journalière. Mais il vaut mieux se fier à l’avis d’un médecin pour connaître le temps d’exposition optimal approprié à son cas. Certaines études sont actuellement en cours tendant à démontrer une carence en vitamine D chez bon nombre de personnes relativement âgées qui se sont cassé récemment un os. La question ainsi soulevée est donc de savoir s’il faut assez systématiquement doser le taux sanguin de vitamine D chez les personnes d’un certain âge pour ensuite proposer une éventuelle supplémentation. Débat à suivre… Le mieux est d’en parler à votre médecin traitant. Des études ont par ailleurs été réalisées pour savoir dans quels cas donner de la vitamine D en supplément, adjointe ou non à du calcium. Il importe naturellement de s’en référer au corps médical pour voir si une telle supplémentation est indiquée. Car dans ce domaine comme dans d’autre, le mieux est parfois l’ennemi du bien. La prise indue de calcium et vitamine D peut entrainer des pathologies comme par exemple de favoriser les lithiases rénales (calculs rénaux). Donc, mieux vaut éviter une automédication. Mais l’os n’est pas fait que de calcium. Il contient entre autre du phosphore. Mais pas besoin de s’étendre sur le phosphore qui fait très exceptionnellement défaut dans notre organisme. Par contre, les protéines qui jouent un rôle prépondérant dans la structure de l’os, dont ils composent la matrice, sorte de filet sur lequel se déposent le calcium et le phosphore, peuvent faire l’objet de carences. Il faut y veiller. Notre principale source de protéines est traditionnellement animale, même s’il est vrai que les ressources protéinées végétales peuvent apporter leur contribution à cet apport protéique de l’os.

Certains auteurs évoquent d’autres éléments qui peuvent influencer la vie de l’os. Si le calcium, les protéines et la vitamine D sont le trépied de la lutte contre l’ostéoporose, certains micronutriments seraient également protecteurs : les phytoestrogènes (soja), la vitamine C (stimulant la formation osseuse), la vitamine E (anti-inflammatoire), la vitamine K (impact sur l’ostéocalcine), voire les polyphénols (effet protecteur démontré chez l’animal). Attention aussi au ratio Oméga 6 /  Oméga 3 : s’il est trop élevé, le risque de déminéralisation de la hanche est accru. Mais tout ceci demande à être vérifié. Après avoir passé en revue certains éléments favorables au maintien d’un os de qualité, on peut énumérer quelques éléments qui contrarient la bonne organisation de notre tissu osseux: La trop grande maigreur, quantifiable par l’Indice de Masse Corporelle (IMC), le tabagisme, l’alcoolisme, l’abus de café, diminuent la résistance de l’os. A éviter donc si vous voulez faire de vieux os.

Et puis, il y a l’âge, pardi ! Et bien d’autres circonstances qui peuvent altérer la qualité de l’os, comme par exemple, les problèmes de thyroïde, les antécédents familiaux d’ostéoporose et de fractures, la ménopause précoce, etc… qui sont autant d’éléments à prendre en compte dans le risque fracturaire mais qui ne peuvent s’effacer par la simple modification de nos comportements et habitudes de vie.

Et pour nos cadets… La Haute Autorité de Santé (HAS) le martèle : la prévention de l’ostéoporose passe avant tout par des mesures hygiéno-diététiques visant à obtenir la constitution d’une masse osseuse aussi importante que possible dans les deux premières décennies de la vie, puis à lutter contre les facteurs de risque de perte osseuse modifiables. C’est entre 11 et 13 ans chez la fille et entre 13 et 17 ans chez le garçon que le gain de masse osseuse est le plus important (respectivement 13 et 11 %). L’exercice physique joue un rôle prépondérant dans l’établissement du pic de masse osseuse chez l’enfant et l’adolescent (sport avec contrainte osseuse directe). Chacun devrait s’y astreindre, trente à soixante minutes de marche par jour faisant partie de l’hygiène minimale du squelette.

En conclusion : L’ostéoporose, dont la prévalence augmente avec le vieillissement de la population, est qualifiée « d’épidémie silencieuse ». Et elle est notamment le lit de bon nombre de fractures du col du fémur, qui peuvent entrainer le décès, ou la dépendance. Des moyens simples et efficaces existent qui peuvent être mis en œuvre par le commun des mortels pour éviter une tragédie : éliminer les obstacles à la marche sur le lieu de vie, avoir de bons apports en calcium, vitamine D, protéines et sans doute vitamine C et E et d’autres, s’exposer modérément au soleil, éviter de fumer, de boire trop d’alcool, de consommer trop de café, mais aussi et surtout, et c’est le commun dénominateur à tout âge de la vie, faire de l’exercice, ré-gu-lière-ment.

En résumé, sportez vous bien ! 

Pour plus d’information sur ce(s) médicament(s), nous vous recommandons de consulter le site de l’ANSM –> http://ansm.sante.fr


Auteur : Dr Ph Vassart

Conflits d’intérêts : l’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

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