La gazette

Mon enfant serait-il dyspraxique ?

IMAGE ENFANTMon enfant de 8 ans a du mal à faire les choses tout seul, serait-il dyspraxique ?

Bonjour Docteur,

Mon fils a 8 ans et demi il est en CE2. L’institutrice s’inquiète car il a de grosses difficultés en mathématiques, ne reconnait pas les chiffres, ne sait pas faire les opérations. Il n’est pas autonome en classe, a toujours besoin qu’on lui explique plusieurs fois les consignes. Hier lors d’exercices de danse rythmée, la maîtresse était étonnée de sa maladresse et de sa difficulté à suivre un rythme. Les autres se sont moqués de lui. Il n’aime pas dessiner ou écrire, il est très lent, fait beaucoup de fautes, il dit que ça lui fait mal à la main, nous sommes inquiets !

Bonjour madame, et comment se comporte votre fils à la maison ?

A la maison c’est vrai qu’il est parfois lent, surtout pour s’habiller le matin ou se déshabiller le soir, il n’arrive pas à défaire ses boutons ou ses lacets. Parfois j’ai l’impression qu’il fait exprès, il est un peu faignant. De même je dois lui couper sa viande au repas sinon on est là jusqu’au lendemain. Pour ses devoirs c’est son père qui l’aide car tout seul c’est trop difficile. Il est capable mais ne fait pas attention, un rien peut le distraire et le moindre effort l’angoisse. Pour aller s’amuser là il est toujours le premier, un peu turbulent d’ailleurs avec ses camarades.  

A-t-il eu un examen médical ?

Il a toujours été en bonne santé, c’est pourquoi nous ne nous sommes pas inquiétés jusqu’à présent et pensions qu’il fallait lui laisser le temps de grandir, ne pas lui mettre la pression. Mon amie a un fils du même âge qui a un peu le même genre de difficultés. Il est suivi par un neuropsychologue et un psychomotricien pour un trouble dyspraxique, qu’est ce que cela veut dire ?

La dyspraxie est un trouble neurodéveloppemental (1) qui entraîne des « difficultés dans la planification et l’exécution de séquences motrices orientées vers un but » (2, 3)

L’enfant sait ce qu’il veut obtenir, il sait l’imaginer, mais ne peut pas réaliser la succession des gestes nécessaires pour y parvenir. Dans la dyspraxie les gestes sont malhabiles, inconstants dans leur réalisation. Chaque nouveau geste doit être appris. Le geste ne devient jamais automatique et nécessite toujours un contrôle volontaire, une attention très soutenue qui entraîne une fatigue accrue et souvent méconnue.

L’enfant ne peut pas faire deux tâches simultanément : tellement concentré sur ce qu’il est en train de faire qu’il ne peut pas entendre ce qu’on lui dit, ni se concentrer sur autre chose. Il ne peut pas se concentrer sur l’orthographe d’un mot en même temps qu’il écrit par exemple.

A cela peuvent s’ajouter de troubles du regard : difficultés à fixer un objet, à le poursuivre dans son déplacement, à explorer l’espace. Les réalisations motrices ou graphiques sont informes, brouillonnes, médiocres, malgré sa bonne volonté (4).

La dyspraxie est une anomalie « non visible » qui, si elle est intense, peut constituer un réel handicap.

Le diagnostic de dyspraxie est difficile à poser, nécessite un bilan auprès d’une équipe thérapeutique pluridisciplinaire avec des tests spécifiques

Le trouble dyspraxique ne doit pas être du à un retard mental, un retard moteur, à une atteinte neurologique lésionnelle ou à un déficit sensitif ou sensoriel (acuité visuelle). Ce n’est pas un trouble du développement psychoaffectif,  une insuffisance d’apprentissage ou un trouble du comportement (5). C’est pourquoi il est nécessaire de faire des examens psychologiques (psychométriques), neurologiques, de psychomotricité, orthophonie aussi, pour en faire le diagnostic. Parfois d’autres symptômes peuvent être intriqués (dyslexie, troubles de l’attention, hyperactivité, grande anxiété ou blocage émotionnel) sans qu’on puisse vraiment discerner l’origine première des troubles.

Il existe différents types de dyspraxie 

  • Dyspraxie de l’habillage : enfiler ses vêtements, faire ses lacets ou boutonner est une épreuve.
  • Dyspraxie gestuelle : n’arrive pas à reproduire un geste, utiliser les objets à bon escient (couteau, fourchette, ciseau, règles).
  • Dyspraxie constructive : difficultés à poser les opérations, reproduire des figures géométriques ou des cartes de géographie.
  • Dyspraxie constructive visuo-spatiale : Difficulté à se repérer dans la feuille, sur un tableau, le haut et le bas de la page et pour mémoriser ce qu’on a vu, ou pour reproduire un modèle. Trouble dans la représentation du nombre et son utilisation (quantité, manipulation, calculs). En lecture : confusion de lettres dans leur forme (h/n/r et dans leur orientation p/q d/b). Saute des mots, des lignes (quand les textes sont trop longs). Lenteur pour retrouver des informations dans un livre, un cours etc..

En général s’ajoutent

  • Une difficulté d’organisation : désordre, brouillon, l’enfant oublie ou perd régulièrement son matériel, a du mal à gérer son cahier de texte, son cartable, son casier, sa table de travail. Difficulté à enregistrer des informations nouvelles et à évoquer des informations plus anciennes.
  • Une fatigabilité : beaucoup d’efforts de concentration (pour contrôler ses mouvements par exemple) épuisent rapidement.

Le regroupement de toutes les observations dans les actes de la vie scolaire et familiale permet de faire apparaître les capacités et les difficultés. Celles-ci nécessitent un accompagnement et des aides spécifiques.

  • Pour être autonome dans la vie quotidienne,
  • Pour aider à l’intégration sociale et développer une meilleure estime de soi.
  • Pour certains apprentissages scolaires (aménagements scolaires : allègement des consignes, les reformuler oralement, aides aux repères visuels, matériel adapté, aide humaine) (6)

C’est pourquoi je vous conseille de voir votre médecin qui vous orientera pour faire un bilan. Le médecin scolaire aidera ensuite à évaluer les aides nécessaires  pour la scolarité de votre fils.

Sources :

  1. En lien avec le développement neurologique de l’enfant.
  2. BRETON (S)  LEGER (F) : Mon cerveau ne m’écoute pas : comprendre et aider l’enfant dyspraxique, Montréal, éditions du CHU sainte justine 2007 .
  3. PANNETIER (E) : La dyspraxie, une approche clinique et pratique, Mont réal, éditions du CHU sainte Justine 2007.
  4. APF : Comprendre et aider les enfants et adolescents dyspraxiques. www.apf.fr
  5. VAIVRE DOUVRET 2007.
  6. Circulaire n° 2010-038 du 16/03/2010 du Ministère de l’éducation nationale ; préparation de la rentrée 2010 : priorités de l’année scolaire 2010-2011.

Auteur : Dr Brigitte DUFOUR

Conflits d’intérêts : L’auteur n’a pas transmis de conflits d’intérêts concernant les données diffusées dans cette interview ou publiées dans la référence citée. Cet article est issu d’une expérience de terrain, il existe d’autres produits, et d’autres protocoles de prise en charge.

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